Monde

Mener une thérapie de la lumière face aux intentions du pouvoir russe

Jean-Sylvestre Mongrenier, mis à jour le 20.03.2017 à 0 h 00

Il est essentiel de prendre conscience de la gravité des menaces que la Russie fait peser sur les frontières Est de l'Europe et nos démocraties, renforcer la solidarité politique, diplomatique et militaire avec nos alliés.

©WeDoData

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La Russie ne constitue pas un bouclier contre le djihadisme et son intervention militaire en Syrie vise à dominer le Moyen-Orient, en alliance avec le régime chiite-islamique de Téhéran. Vladimir Poutine voudrait aussi détourner l’attention de l’agression contre l’Ukraine. En vérité, cette «guerre hybride» constitue un révélateur géopolitique. L’idée directrice de la grande stratégie russe vise à reconstituer un bloc de puissance dans l’espace post-soviétique, une sorte d’«URSS new-look» aux couleurs de l’eurasisme, préalable à la domination politique et militaire de l’Europe. Ce révisionnisme géopolitique en acte est lourd de menaces sur la stabilité de notre continent.

Il consiste à remettre en cause par la force armée les frontières internationalement reconnues d’un Etat souverain, membre de l’ONU et du Conseil de l’Europe. On comprend qu’au-delà du cas ukrainien, l’action russe a pour objectif l’affaiblissement, puis la désintégration de l’Union européenne et de l’Alliance atlantique, les deux piliers sur lesquels reposent la paix et la liberté du continent européen. Si tel était le cas, le slogan d’«Europe des nations» par lequel Moscou entend rallier démagogues et nationalistes de tous acabits se révèlerait bien vite une illusion mortifère. Les nationalismes rivaux déchireraient l’Europe en alliances et contre-alliances avec, au bout d’un certain temps, de possibles guerres interétatiques. Avec sa domination militaire, pense-t-on à Moscou, la Russie serait le maître et le gendarme de l’Europe. Pour le plus grand malheur des peuples européens, l’ordre international péniblement mis en place après 1945, ensuite étendu à l’est de l’ancien «rideau de fer», à l’issue de la Guerre froide, serait mis à bas. Une telle rupture marquerait la fin d’une longue période de paix entre les nations.

La menace porte également sur les conditions d’existence de régimes politiques fondés sur la liberté et sur la destinée de sociétés civiles autonomes. Vladimir Poutine et la classe dirigeante russe ont consciemment engagé leur pays sur la voie de l’autoritarisme, et les libertés conquises à l’époque de Gorbatchev et Eltsine ont été méthodiquement comprimées, puis détruites. Les hommes qui dirigent la Russie savent que leur projet de domination de l’Europe, vue comme une petite péninsule de l’Eurasie, implique la remise en cause du règne de la loi, des libertés fondamentales et de la libre expression des citoyens. Aussi les cyberattaques russes et la guerre psychologique visent-elles les principes et valeurs fondateurs des démocraties libérales. L’ingérence dans le débat politique et le processus électoral des Etats-Unis donne une idée précise des menaces qui pèsent sur les élections à venir en Europe, plus particulièrement en France et en Allemagne. L’espionnage et la constitution de dossiers compromettants (les «kompromat») servent à intimider, à faire chanter ou à écarter des personnalités politiques hostiles aux manœuvres russes.

Parallèlement, la manipulation des réseaux sociaux ouvre de nouveaux champs d’action et démultiplient les effets de la vieille «désinformation». Le mensonge systématique, l’appel aux affects et le nihilisme véhiculés par cette guerre psychologique sont par essence destructeurs de la raison et de l’esprit civique.  

L’homme qui présidera aux destinées de la France, une puissance de premier rang soucieuse de maintenir les équilibres mondiaux, devra penser et agir en fonction des graves menaces sur la stabilité géopolitique de l’Europe et de la possible subversion des démocraties libérales. Le maintien des sanctions internationales à l’encontre de Moscou, en bonne intelligence avec nos alliés, marquera le refus d’entériner la destruction des règles de juste conduite et du droit international.

Lesdites sanctions s’insèrent dans un dispositif d’endiguement de la Russie, cette dernière étant engagée dans la conquête et la prise de contrôle de territoires qui ne lui appartiennent pas (la Crimée et une partie du Donbass, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, ôtées à la Géorgie, ainsi que la Transnistrie, en Moldavie). La participation continue de la France au renforcement de la posture de défense de l’OTAN, sur l’axe Baltique-mer Noire, contribuera également à la défense de la paix en Europe. A plus long terme, il appartiendra au président français de contribuer à la négociation d’un grand partenariat continental avec l’allié britannique, à la sauvegarde du lien transatlantique (Etats-Unis, Canada) et, avec l’Allemagne, à la formation d’une «Union européenne de sécurité de défense». Enfin, de simples contre-mesures ne suffiront pas à emporter la victoire dans la guerre psychologique que mène le Kremlin. Il faudra mener une thérapie de la lumière quant aux intentions du pouvoir russe, à la réalité de la société russe (bien éloignée du modèle traditionnel exalté par ailleurs) et aux accointances de l’eurasisme avec l’islamisme. L’époque et ses menaces requièrent une stratégie haute: la vertu et les valeurs d’une «civilisation de la personne» envers et contre un autoritarisme liberticide et subversif.

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