Tech & internet

Généraliser un service civique numérique

Séraphin Alava, mis à jour le 19.03.2017 à 23 h 53

Nous pourrions ainsi permettre la construction d'un contre-discours sur le web, contrant les discours xénophobes, racistes, haineux existant.

©WedoData

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Au moment où notre monde vit des tensions et des craintes multiples, le cyberespace est perçu comme la face obscure de nos problèmes. Pourtant Internet est aussi le nouvel espace de notre citoyenneté et de la défense des valeurs républicaines. Face au terrorisme, à la haine, à la peur, aux mensonges, un service civique numérique peut être pour la jeunesse une aventure civique culturelle et éducative.

Dans notre début de XXIe siècle, il y a de par le monde trois questions fondamentales que devront traiter tous les gouvernements et qui détermineront pour longtemps notre capacité humaine à vivre en paix. Ces trois questions essentielles transnationales, internationales et globales sont: l’écologie, la pauvreté et le terrorisme.

Durant les dernières quinze dernières années, les attentats dans le monde ont augmenté de 600%. D’après l’observatoire des inégalités, la France compte en 10 ans un million de pauvres en plus. Durant les 30 dernières années, notre planète a connu les plus importantes hausses de température qu’elle n’ait jamais connu depuis près de 1400 années. Nous sommes donc face à des enjeux fondamentaux qui peuvent faire imploser les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité qui soudent notre vivre ensemble.

Face à la montée de la violence, aux discours d’embrigadement et de haine, nos sociétés humaines ont principalement utilisé l’arme de la répression. Cette violence se déploie sur le Net avec facilité et malgré les efforts des états pour repérer et interdire les sites de haine et les sites terroristes, le combat semble perdu d’avance. Google estime à 600.000 les pages référencés dans le monde ciblant des sites violents, radicaux, terroristes. En 2015 Twitter a fermé 360.000 comptes à contenus terroristes. YouTube visionne chaque jour 150.000 vidéos à la recherche de vidéos choquantes, violentes ou faisant l’apologie du terrorisme. Ce travail de repérage et de suppression est colossal. Il y a environ 350 millions de photos publiées chaque jour sur Facebook, et à 500 millions de tweets postés sur Twitter. 820 000 nouveaux sites Internet sont mis en ligne chaque jour. Le 7éme continent qu’est l’Internet est devenu un espace culturel, social, politique, économique, stratégique qu’il est urgent d’habiter pour ne pas le laisser coloniser par les forces obscures de la violence, de la haine, de la xénophobie et de toutes les formes de discrimination.

Ce continent ne nous est pas inconnu car nous sommes près de 47,6 millions de Français à l’habiter (Médiamétrie Juin 2016) et plus de 8 millions de jeunes entre 12 et 25 ans à le fréquenter tous les jours. Le cybermonde a une dimension sociale et humaine indéniable et malgré la révolution du Web (1989), des réseaux sociaux (2001) nous fonctionnons toujours comme s’il n’existait dans notre nation qu’un territoire physique et concret. Pourtant sans y prendre garde notre futur et le futur de nos enfants se décident aussi sur le Net. Certes, dans ces enjeux, il y a bien des points positifs et le cyberespace est un espace potentiel de développement humain, culturel, informationnel mais même si le terme est un peu fort, nous devons aussi prendre conscience que la toile est porteuse de risques humains qui doivent nous mobiliser. Dans un sens, «la patrie est en danger» et il est temps que les politiques proposent la mise en place au côté du service civique obligatoire un service civique numérique pour tous les jeunes de 16 à 25 ans.

L’expérience du service civique volontaire est un succès. Depuis 2010, plus de 85000 jeunes ont participé à 81,5 millions d'heures d'engagement dans des missions d’intérêt général mais la dimension à atteindre est beaucoup plus importante et le principe du volontariat devrait laisser la place à un service civique obligatoire comprenant une dimension forte numérique.

Les jeunes sont les premiers habitants du cybermonde. Ils vivent en continu des relations virtuelles et sont les premiers aventuriers de cet espace national et international. Ils sont donc les premiers à pouvoir agir contre le développement sur le Net des discours xénophobes, racistes, haineux. La cyberviolence, le cyber harcèlement qui sont aujourd’hui de véritables dangers peuvent être combattu par le développement d’espaces numériques de médiation. Rien n’est plus efficace que la relation «jeunes à jeunes» pour réduire l’impact de ces violences (Eukidsonline 2014). Le déploiement sur le réseau des modes de communication directs et horizontaux a fait naître à la fois des formes de cyber journalistes, de veilleurs citoyens, des médias en pure Player et l’émergence de journalistes citoyens. Ce mouvement doit prendre une forme nouvelle en proposant à des jeunes en association avec les médias, en relation avec les associations d’intérêt public, en partenariat avec les institutions publiques (culture, éducation, famille, jeunesse) de faire vivre des espaces virtuelles d’éducation à la citoyenneté. Comment? Les idées ne manquent pas et déjà une participation citoyenne directes des jeunes sur le Net à travers les stand-up, les campagnes citoyennes,  les réseaux de lutte contre la violence et la xénophobie se développe. Il s’agit concrètement à travers ce service civique numérique d’être la première nation au monde a proposer à sa jeunesse de participer dans le cybermonde aux actions sociales, humanitaires, citoyennes et même de sécurisation de notre monde numérique. Sous l’encadrement des associations, fondations, institutions publiques ou reconnus d’utilité publique, il s’agit de faire confiance aux jeunes pour proclamer par leurs engagements des droits de l’homme et de la femme numérique construisant ainsi une espace civique et de mobilisation. Des mobilisations de la jeunesse existent au Canada, aux USA, dans plusieurs pays de l’Afrique Sub saharienne. Des associations de jeunes pour la paix, contre la violence agissent en Inde et en Norvège. Aucun état n’a encore lancé la vrai bataille contre le terrorisme qui doit être numérique.

Cette proposition de service civique numérique est un élément d’une nouvelle façon d’agir dans notre pays en considérant que la jeunesse dès 16 ans est en capacité d’être citoyenne (droit de vote), active (militantisme civique) et porteuse d’une capacité à agir dans le cybermonde. Pour cela, il s’agit d’amplifier le mouvement de mobilisation de notre société face au terrorisme et à tous les discours d’appel à la haine ou à la violence. Nous sommes collectivement appelés aujourd’hui à être vigilants (stop-djihadisme), à repérer et signaler les sites dangereux (140 000 signalements – chiffre du Ministère de l’Intérieur). Le service civique numérique permettra de construire une véritable présence citoyenne sur le Net et d’agir pour lutter contre la violence en valorisant un «vivre ensemble à la dimension de notre cybermonde».

Séraphin Alava
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