France

Hamon-Valls, la rupture n'est pas qu'inévitable, elle est souhaitable

Claude Askolovitch, mis à jour le 15.03.2017 à 10 h 55

En refusant de parrainer le candidat socialiste, l'ex-Premier ministre confirme que toutes les critiques des frondeurs à l'égard de sa politique étaient justifiées. Maintenant, que va-t-il devenir?

Eric FEFERBERG / AFP

Eric FEFERBERG / AFP

Donc Manuel Valls ne parraine pas Benoît Hamon et l’on s’affole d’une banalité. Valls, socialiste de droite, le mot «socialiste» étant ici une précision partisane sans assignation idéologique, ne veut pas faire allégeance à Hamon, socialiste de gauche? Enfin! Entre ces personnages n’existe plus que la rancune et la conviction que l’autre est l’erreur, voire la trahison. On ne parraine pas l’erreur. On ne vote pas pour elle. C’est la suite, si l’homme est sérieux.

J’ose espérer que, battu, Hamon serait allé chez Mélenchon, refusant la trahison droitière et autoritaire. J’espère qu’en définitive, Valls n’apportera pas son suffrage à la confusion écolo-gauchisante, j’espère qu’il le dira: on se place, ici, dans la logique de ces adultes, qui gagnent à nous traiter comme tels. 

On peut se raconter des choses, le passé commun, le tutoiement, tant de souvenirs, des congrès, Solférino, le siège du parti, pas la bataille, la parole donnée lors de la primaire de soutenir le vainqueur, ce contrat passé avec un peuple de gauche… Allons bon, les contrats! Comme si les électeurs de la primaire avaient été autre chose que les témoins d’un divorce, invités à arbitrer les haines fondées d’une famille aux abois! Et puis, les gens sont libres; si des électeurs de Valls, quoi qu’il en dise, veulent croire en Hamon, grand bien leur fasse! Ce qu’en dit le chef ne les engage pas. En revanche, cela le confirme et confirme ce que l’on sait depuis longtemps.

En finir avec la synthèse

Ce moment est émouvant, comme le sont les vérités qui s’entêtent. Tout ce qui est arrivé, depuis cinq ans, n’est pas une illusion. Ni le 49-3, ni le barrage fait aux migrants, ni la l’allégeance aux forces de l’ordre, ni la déchéance de nationalité, n’ont été des inventions de l’esprit. Ni le sabotage parlementaire de l’action gouvernementale, la délégitimation systématique du Premier ministre, faux socialiste pour les frondeurs, qui prétendait lui, simplement, réconcilier son camp avec l’économie réelle des entreprises… C’est arrivé.

Passer par dessus, dans un «embrassons-nous Folleville politique», serait écoeurant et désuet, comme une motion de synthèse au temps de François Hollande! Restons simple: Hamon professe le refus et la correction de ce qu’ont construit, depuis plus de vingt ans, les socialistes de gouvernement; Valls prétendait incarner l’aboutissement de cette logique; lui et les siens rejettent cette défaite. La droite du PS n’imaginait pas qu’elle puisse être battue, et que revienne, dans la maison aseptisée, le parfum des utopies.

Le feuilleton de la bulle

Au demeurant, la seule justification du replâtrage aurait été électorale. Les élus roses, se tenant chaud, faisant bloc, auraient protégé leurs sièges, leur territoire, l’aura du Parti. Mais justement: le PS est dans un tel état qu’il n’est plus une protection. Chacun fait comme il peut, dans un ressourcement politique –c’est le pari Hamon– ou dans une transhumance macronienne –c’est le choix raisonnable de nombre d’élus, qui ont pris au demeurant l’habitude du réalisme libéral, et pensent survivre à l’ombre du vainqueur annoncé– donc Macron, qui freine plutôt les ardeurs des ralliés potentiels, plus soucieux d’embrasser le peuple de droite que Fillon déconcerte.

Dans tout cela, Valls a un problème d’utilité politique. Il n’a pas la chance de Hollande, que la retraite va prolonger. Lui a une vie encore, et qu’en faire? Pour l’instant, un peu de mouvement. Rappelons-nous l’évidence. On discute, à gauche, des vélléités d’un vaincu. Valls y trouve un avantage. Il était, impopulaire, battu, hors champ, en retrait? On suppute ses choix. On se demande ce qu’il fera? Il existe donc. Cela n’apparaît que dans le feuilleton de la bulle. Pas grand-monde n’attend, dans l’électorat, son feu vert. Mais c’est mieux que le silence.

Doublé par Le Drian

Valls a été un moment de la gauche, étrange, une transhumance interrompue. On ne sait pas comment l’employer. La droitisation de la gauche s’est poursuivie sans lui, autrement, par Macron, plus libéral que lui, économiquement mais aussi sociétalement, moins autoritaire, moins vertical. Le ressourcement du PS se fait sans lui. Où se situer? Qui le demande? Il dénigre Hamon? Mais Hamon a peut-être besoin que Valls le dénigre, pour bien marquer la rupture? Il devrait rejoindre Macron? Macron, qui a pris un espace et prolongé ses transgressions d’antan –la fin du vieux socialisme, le dépassement de la frontière entre la droite et la gauche– et n’a pas besoin de s’alourdir d’une impopularité, l'a ainsi renvoyé dans ses cordes ce mardi:

«Je n'ai pas fondé une maisons d'hôtes, pardon de vous le dire. Nous avons créé un mouvement politique et je suis candidat à la présidence de la République», a-t-il tranché.

Macron est un pragmatique à mémoire. Entre eux deux, il y a eu des violences, des coups, du mépris, des médisances. Valls servira Macron, peut-être, un jour, si celui-ci a besoin d’afficher une dureté régalienne? Il sera alors devenu le Chevènement de l’usurpateur; une caution virile de l’homme qui lui a volé le mistigri de la modernité. Ce n’est pas joyeux. Le Drian peut apporter l’armée à Macron –dans les constructions d’apparence qui font la politique. Mais Valls possède-t-il la police, et est-ce désiré?

La politique du monde d'avant

Imaginons, pour les amants de construction politique, ce scénario. Il est à la cuisson. Manuel Valls fait mouvement. Il récuse Hamon. Il ne peut se donner à Macron. Il prépare donc sa scission du Parti socialiste, organise son groupe, accepte que le PS est fini, il l’a longtemps cru, et en quête un morceau. Il adjure les socialistes en route vers Macron de freiner leur mouvement, de procéder à une marche par étape, de faire bloc avec lui, et d’aller ensemble, ensuite, négocier un pacte, comme Bayrou, avec les marcheurs? Être une composante du nouveau monde, en oubliant qu’il se construit contre vous. Mais pourquoi le suivraient-ils, les notables socialistes quand il serait si simple de faire allégeance, directement, au nouveau Monsieur?

On en est là. Dans une vérité politique qui accouche de mille manœuvres, tellement françaises. Il n’est interdit à personne de se vouloir un destin, puisque l’obstination fut, si longtemps la marque des élus. C’était avant?

Claude Askolovitch
Claude Askolovitch (136 articles)
Journaliste
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