Double X

Faire acquérir aux élèves un socle de connaissances à jour sur le sexe, la reproduction et la famille

Odile Fillod, mis à jour le 19.03.2017 à 23 h 55

Pour lutter contre une ignorance et des idées fausses sources de mal-être, d’injustices et de violences, et en finir avec une éducation sexuelle aux contenus aléatoires et contestables, il faudrait intégrer aux programmes scolaires l’acquisition de connaissances scientifiques et juridiques à jour sur le sexe, la reproduction et la famille.

©WeDoData

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Une loi de 2001 portant création d’une section du Code de l’éducation a instauré l’obligation de dispenser «une information et une éducation à la sexualité» à raison d’au moins trois séances par an dans les écoles primaires, collèges et lycées publics ou sous contrat avec l’Etat, et une loi de 2010 a enrichi cette section en commandant de délivrer «à tous les stades de la scolarité» une «information consacrée à l'égalité entre les hommes et les femmes, à la lutte contre les préjugés sexistes et à la lutte contre les violences faites aux femmes et les violences commises au sein du couple».

Face à ces obligations, l’Éducation nationale a mis en place un cadre flou et un système de délégation qui laissent la place à l’évitement, l’incompétence et l’idéologie. L’éducation à la sexualité comme la lutte contre les préjugés et violences sexistes sont lacunaires, aléatoires et autorisent la diffusion de discours problématiques par leur inexactitude scientifique, leur perspective biaisée ou leur traitement inégal des élèves. La pérennisation de préjugés et discriminations sexistes est en outre favorisée par des défauts dans l’enseignement de certaines disciplines (SVT notamment), et pour répondre à leurs questions non traitées les élèves se tournent vers les sources non fiables qui prolifèrent sur le web –forums, sites d’information douteux, pornographie.

Divers indicateurs témoignent du manque d’efficacité du dispositif: le taux d'IVG chez les mineures est plus élevé qu’il y a vingt-cinq ans; les (cyber-)violences sexistes et sexuelles se développent chez les jeunes, et leurs taux sont supérieurs à la moyenne de l’UE; les jeunes sont mal informé-es sur les IST, qui regagnent du terrain; le degré de méconnaissance de la définition du viol et d’adhésion à des croyances favorisant le harcèlement et les violences sexuelles est préoccupant; l’ignorance de l’anatomie génitale féminine est criante

Il est temps que l’institution scolaire mette enfin en œuvre efficacement une législation qui est propre à lutter contre maintes sources de mal-être, d’injustices et de violences et à placer la France au niveau des standards européens en matière d’accès aux droits et à la santé sexuels. Pour ce faire, intégrer aux programmes scolaires l’acquisition de connaissances scientifiques et juridiques à jour sur le sexe, la reproduction et la famille constituerait un progrès majeur.

En premier lieu, l’apprentissage de données scientifiquement correctes relatives à tous les aspects biologiques du sexe et de la sexualité devrait être développé, et ce en veillant à combler les angles morts actuels et à contrer les idées reçues nocives. Ainsi, l’enseignement des sciences de la vie intégrerait avec profit des données sur la diversité et la plasticité de la sexuation biologique, l’absence de déterminisme biologique des comportements sexuels humains comme celle de «besoins» sexuels, l’anatomie et le fonctionnement du clitoris, la nature et la variabilité de l’hymen, les alternatives à la pilule pour éviter les engendrements non désirés, ou encore la transmission d’IST par des activités sexuelles non reproductrices.

De même, une histoire-géographie de la féminité-masculinité, de la sexualité ainsi que des droits des femmes et des droits sexuels, reproductifs et de la famille devrait être développée. En complément des sciences de la vie, les acquis des sciences sociales en la matière donneraient notamment aux élèves les moyens de prendre une distance critique vis-à-vis des pressions politico-religieuses ou mercantiles et des injonctions à adopter certaines normes de comportements sexués.

Par ailleurs, l’acquisition d’une connaissance minimale des lois pertinentes devrait être intégrée à l’enseignement moral et civique. Plutôt que d’inviter au respect «des différences» et «du corps entre les filles et les garçons» (les notions de respect du corps d’autrui et de sa libre disposition de celui-ci seraient plus appropriées) et au-delà de l’évocation des «discriminations» et «atteintes» sexistes et homophobes, il conviendrait de s’assurer que les élèves maîtrisent les concepts de majorité sexuelle, de viol, d’agression sexuelle, de harcèlement sexuel et de mutilation génitale, connaissent leurs droits, devoirs et recours en la matière ainsi que relatifs à la maîtrise de la fécondité, aux responsabilités parentales et à la vie conjugale, et soient informés du droit relatif à la prostitution et à la mention de sexe à l’état civil.

Développer les connaissances des élèves, et par là leur capacité à faire des choix informés et responsables pour eux-mêmes et pour autrui relève sans conteste des missions de l’école, et pour qu’un apprentissage soit clairement défini, assuré par un personnel qualifié et validé par une évaluation des acquis, rien ne vaut son insertion dans les programmes. Ceux-ci pourraient aisément être aménagés, et ce en s’inscrivant dans le budget-temps déjà alloué au titre des lois de 2001 et 2010.

Odile Fillod
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