Le «climategate» à l'aide de Copenhague
L'intrusion dans les fichiers du CRU est finalement non-événement qui calme tout le monde: climatosceptiques et écologistes évitent tout discours catastrophiste.
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La Conférence sur le changement climatique organisée par les Nations Unies se tiendra à partir de lundi à Copenhague. 192 pays devraient être représentés, et s'entretiendront avec des experts du monde entier sur le changement climatique et les moyens de lutter contre ce danger planétaire. Pourtant, l'enthousiasme est plus que tempéré avant un sommet qui s'annonçait pourtant historique. Alors même qu'on évoque un «Climategate», les listes des participants du sommet de Copenhague ne sont pas encore finalisées et chacun se bat pour participer à un raout qui a toutes les chances d'être médiatique plus que technique. Les promesses de lutte semblent nettement symboliques, notamment de la part des Etats-Unis qui sont occupés par d'autres objectifs. Le sommet de Copenhague illustre les difficultés de s'accorder globalement sur un problème qui touche le monde entier. Peut-être parce que chacun n'est pas touché de la même manière par le changement climatique, car chacun profite du monde de façon différente.
Le Climategate, ou plus techniquement l' «Incident des emails du Climatic Research Unit», résulte du piratage de serveurs de l'université d'East Anglia en Angleterre. Environ 1.000 emails et 3.000 documents ont ainsi été copiés d'un ordinateur appartenant au Climatic Research Unit, et ont été dévoilés au public. Une sélection soigneuse du résultat de cette intrusion laisserait à penser que la communauté scientifique truquerait les informations relatives au changement climatique afin de renforcer son impact dramatique. Que ce piratage ait eu lieu quelques jours seulement avant le sommet de Copenhague n'est pas le résultat du hasard. Les hackers, en décidant d'attirer l'attention sur les quelques malhonnêtetés et bassesses des chercheurs de l'East Anglia, montrent que leur geste a un objectif, celui de renforcer les convictions des climatosceptiques.
Toutefois, le Climategate n'est finalement qu'un non-événement. Ce piratage montre que la communauté scientifique n'est pas monolithique dans ses analyses. Quant à ceux qui doutent de la réalité du changement climatique, ils en sont sortis renforcés dans leurs convictions sans pourtant obtenir d'informations décisives.
Communication culpabilisante
Comment, en 2009, oser douter de la réalité du changement climatique, une attitude que certains assimilent à du négationnisme? Les climatosceptiques ne sont certainement pas tous des adeptes de la théorie du complot, bien que certains d'entre eux appartiennent à cette mouvance. On retrouve bien sûr dans les coulisses quelques lobbies, proches de l'industrie de l'automobile ou du pétrole, qui, mis sur le banc des accusés, entendent nier farouchement être à l'origine du changement climatique en détruisant les énergies fossiles. Mais pour la plupart, on peut estimer que les climatosceptiques occidentaux sont des citoyens ensevelis sous des tombereaux de communication environnementale et culpabilisant, que ce soit par Al Gore, Yann Arthus-Bertrand ou Nicolas Hulot, cinéastes qui utilisent l'hélicoptère pour leurs prises de vues et des jets privés pour leur promotion.
Difficile de ne pas percevoir un paradoxe dans ces mises en garde proches du «faites comme je dis, pas comme je fais» qui ressemblent à s'y méprendre à des discours politiques prônant l'honnêteté tant qu'on n'est pas pris la main dans le sac. Que les chantres de la prise de conscience écologique soient sincères ne change rien à la perception que les climatosceptiques en acquièrent: plutôt que questionner un discours devenu politiquement correct et la façon dont il est diffusé dans les médias, on préfère radicalement nier la réalité du changement climatique.
Solidarité de tous
Dans les pays en voie de développement, le discours sur l'environnement s'apparente parfois à une forme de colonisation. La prise de conscience écologique imposerait un mode de vie revenant à des bases d'avant l'ère de la consommation de masse pour des populations qui n'ont jamais atteint ce stade. Cette perception est illustrée récemment par le discours du président brésilien qui demande que les «Gringos» aident aussi à préserver la forêt amazonienne. En d'autres termes, si vraiment le changement climatique est l'affaire de tous, alors il doit imposer une solidarité entre les peuples qui demande naturellement que les riches aident les pauvres.
Combien de gouvernements sont prêts à entendre la cause de l'environnement dans ces termes? Recycler, rouler en vélo, utiliser les énergies renouvelables, pourquoi pas, mais aider encore plus les pays pauvres financièrement? La plupart des pays «aisés» ne tiennent déjà leurs promesses d'aides au développement, accepteront-ils, lors du sommet de Copenhague, de débloquer des fonds pour ce que l'on appelait encore il y a peu le Tiers-monde?
Ne plus jouer sur la compassion
L'écologie politique a beaucoup changé, mais sa perception en France reste l'image du hippie sympathique bien qu'un peu véhément qui refuse la télévision et porte des Birkenstock. Il est pourtant loin le temps où Greenpeace inventait les «Mind bombs » dans les années 70, ces opérations médiatiques destinées à secouer l'opinion publique avec les bébés phoques ou les «meurtres» de baleines. La contribution de l'organisation a été majeure pour sensibiliser l'opinion publique, mais a nui sur le long terme en ce qu'elle a imposé une image catastrophiste de l'environnement, culpabilisant les citoyens plutôt que les responsabilisant. Les campagnes du WWF, autre ONG majeure de l'environnement, sont en ce sens exemplaires de créativité et d'intelligence. Plutôt que d'affirmer que la fin du monde est inéluctable, elles invitent l'opinion publique à agir et à se comporter en éco-citoyen devant les dangers que pose notre mode de vie à l'environnement.
C'est cette approche que semblent privilégier Cécile Duflot et les Verts de 2009, changer les mentalités sans jouer inutilement sur la compassion à l'endroit de l'innocent dauphin tué par les filets. Le hippie a fait place à des techniciens pointus qui, au lieu de regretter le passé, anticipent l'avenir. Mais le mal est fait : pour beaucoup, on court à la catastrophe comme on nous l'a claironné pendant des années, et changer de voiture pour acheter une hybride ne changera rien à une fin du monde inéluctable. Donc, autant ne rien faire.
Copenhague risque d'être un cirque médiatique et il y a fort à parier que le changement climatique n'en sortira pas meurtri. Le fait d'avoir changé de vocabulaire, et d'être passé de «réchauffement climatique» à «changement climatique» est toutefois un progrès, et décrit mieux la réalité du problème. Reste à faire comprendre aux Terriens qu'ils sont tous dans le même bateau, que chaque individu est connecté à tous les autres et que l'écologie politique peut résoudre de nombreux problèmes au-delà de l'environnement. Les Nations unies travaillent déjà activement sur les questions d'environnement dans les conflits, en particulier les questions d'eau, mais restent comme toujours discrets, persuadés qu'attirer l'attention nuirait à leur action. Il faudrait au contraire capter l'attention des opinions publiques sur les problèmes d'environnement sans pour autant avancer des scénarios fatals à la 2012.
Etienne Augé
Image de une: Lesley Butler et Rob Bell, deux militants écologistes, sur le fjord norvégien de Longyearbyen, en 2007. REUTERS/Francois Lenoir.
Mis à jour le 06/12/2009 à 16h52










































De toutes façons notre action sur l'environnement est telle que le climat va continuer de se dérégler pendant des années, même si on change notre société d'un eul coup maintenant. On le sait.
Mais le principal c'est que de toutes façons, en plus du climat, on se retrouve en face de problématiques qui ne peuvent pas être résolues par des processus industriels. Nous sommes obligés de changer de système social, que le climat soit en cause ou non. Que le fondement des gouvernements les rendent incompétents, nous le savons déjà, ça ne sert à rien de taper dessus sans se demander à quoi ils pourraient servir...
Bins des mails hackés du CRU, légèreté des méthodes du GIEC : un coup de froid sur Copenhague ?
C'est la question posée sur le portail suisse Pnyx.com
Après des années de montée en puissance des alertes aux accents apocalyptiques du GIEC quant au réchauffement climatique et à l'heure où s'ouvre un sommet exceptionnel, tant par sa taille (192 pays) -, que par ses enjeux (rien de moins que le modèle de gestion des activités humaines pour la survie de la planète) un grain de sable va t'il gripper cet immense évènement ?
Il y a deux semaines, des hackers ont publié des milliers de courriels et documents échangés entre des climatologues du Climat Research Unit (CRU) et leurs homologues du monde entier, dans le cadre de leurs travaux pour le GIEC. Ces données révèlent que ces climatologues estiment que leurs propres travaux ne sont pas concluants, ils discutent de la manière de dissimuler des désaccords entre eux afin de présenter une position "unifiée" du changement climatique , etc. Leur authenticité a été confirmée et Phil Jones, le directeur du CRU, a démissionné. Le Met Office (principal organisme de la science du changement climatique sur laquelle l'ONU repose son appréciation sur le réchauffement) a admis que la confiance du public, sur la réalité scientifique des causes anthropiques du réchauffement global, a été bouleversée par cette publication et prévoit de réexaminer les 160 ans de données sur la température. La nouvelle analyse des données prendra trois ans.
La question posée sur Pnyx: http://www.pnyx.com/fr_fr/sondage/449 porte sur l'éventuelle influence que vont avoir ces révélations sur les débats de Copenhague et, en relançant le débat, permet d’observer dans le détail les méthodologies déployées par les scientifiques du CRU, en donnant accès à l'ensemble des documents à l'origine de ce qu'il faut désormais appeler un "Climategate".