Science & santé

Passer à 100% de bio dans les cantines publiques

Gabrielle Bouleau, mis à jour le 19.03.2017 à 23 h 34

Ce changement constitue une condition pour réduire le coût du bio et diminuer les impacts environnementaux et sanitaires des pesticides.

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Déjà, en 1962, dans un livre intitulé Printemps silencieux, la biologiste Rachel Carson dénonçait l’effondrement des populations d’insectes et d’oiseaux du fait de l’usage d’insecticides. Les molécules ont changé mais elles continuent de s’accumuler dans les chaînes alimentaires au détriment de la biodiversité. L’agriculture traditionnelle utilise aussi de nouveaux produits fongicides et herbicides. Les effets à long terme de ces produits ne sont connus que longtemps après leur mise en circulation, mais on découvre régulièrement des molécules qui ont été dangereuses pour les personnes chargées de leur épandage. Ces produits agissent souvent sur tout un groupe d’êtres vivants bien au-delà de l’ennemi des cultures visé. Ils appauvrissent la biodiversité terrestre, se retrouvent par ruissellement dans les nappes phréatiques et les cours d’eau, où ils détruisent les écosystèmes et nécessitent des traitements coûteux pour rendre l’eau à nouveau potable.

La France compte quelque 34.000 captages produisant chaque jour 18 millions de mètres cube d'eau destinée à la consommation humaine. Entre 1998 et 2008, près de 440 captages ont été abandonnés en moyenne chaque année, dont près de 20% pour cause de pollutions diffuses d’origine agricole (nitrates et/ou pesticides). Cet abandon a un coût puisqu’il nécessite la création de nouveaux points de prélèvement et des surcoûts d'exploitation permanents, liés au fait que ces nouveaux captages sont plus éloignés des agglomérations que les anciens. Cela représente de 24 à 60 millions d’euros par an, selon le Conseil général du développement durable.

Le principe de l’agriculture biologique est de lutter contre les ennemis des cultures avec des moyens plus ciblés et moins persistants: des parasites de parasites, des prédateurs, des leurres qui ne s’accumulent pas dans l’environnement, parce qu’ils sont biodégradables. Il y a encore des marges de progrès dans ce domaine, notamment en viticulture où le sulfate de cuivre est encore toléré en bio. Mais nul ne conteste que ce type d’agriculture crée moins d’impacts sur nos biens communs que sont l’atmosphère, le sol, l’eau et les écosystèmes.

Le choix de passer en bio ne doit pas rester qu’une question de conviction individuelle pour les agriculteurs, sinon cela demeurera une pratique marginale. Il faut que la société envoie un message clair en faveur du bio afin que des investissements puissent être faits dans cette filière, pour que l’agriculture bio progresse encore en surface et en technicité. Pour que plus d’agriculteurs puissent en vivre, il faut agir sur ses débouchés. La commande publique est un levier important dans ce domaine et elle doit montrer l’exemple.

En France, plus de six millions d'enfants mangent à la cantine tous les jours, soit un milliard de repas par an. Beaucoup de collectivités territoriales ont favorisé l’introduction de produits biologiques dans leurs repas. Ainsi, 46% d’entre eux ont intégré au moins ponctuellement des produits biologiques dans leurs menus. Le Grenelle de l'environnement prévoyait 20% de produits bio dans la restauration collective en 2012: or, seuls 8% des menus des cantines scolaires intègrent plus de 20% de produits bio aujourd’hui.

Les cantines scolaires ne sont pas les seules à dépendre de la commande publique: beaucoup de services publics accordent des subventions aux cantines de leurs employés et ont à ce titre un droit de regard sur les menus servis.

En 2013, le magazine 60 millions de consommateurs considérait qu’acheter bio coûtait environ une fois et demie de plus que l’alimentation traditionnelle, mais le coût des matières premières ne représente que 20 à 30% du prix d’un repas en cantine collective. Cela ne représente qu’un surcoût de 10 à 15%, qui devrait rapidement diminuer si le bio se généralise. Les gains possibles grâce à la lutte contre le gaspillage alimentaire sont aussi notables. Enfin, le bio économise des coûts pour la collectivité en termes de traitement de l’eau et de santé.

En affichant l’objectif ambitieux de 100% de bio dans les cinq ans dans ces cantines subventionnées par fonds publics, on permet cette généralisation pour le bien-être du plus grand nombre.

Gabrielle Bouleau
Gabrielle Bouleau (1 article)
Ingénieure des ponts, des eaux et des forêts, chercheuse en science politique à l’Irstea
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