Economie

Restaurer le droit de travailler pour les demandeurs d’asile dès 3 mois

Catherine Wihtol de Wenden, mis à jour le 19.03.2017 à 23 h 50

En France, les demandeurs d’asile ne peuvent travailler que 9 mois après avoir enregistré une demande. Ce qui les pénalise en termes d’image et les empêche de s’intégrer correctement. Par ailleurs, la France devrait rouvrir ses frontières à l’immigration de travail pour limiter les «flux mixtes».

©WeDoData

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La France est en train d’accueillir des migrants instruits et diplômés, qui ont des projets et des réseaux. Contrairement à ce que laissent entendre les médias, ils veulent travailler. Mais ils ne le peuvent pas. La France est en effet l’un des pays les plus réticents à donner du travail aux demandeurs d’asile. Ils ne peuvent travailler qu’au bout de 9 mois après avoir effectué leur enregistrement, tandis que dans certains pays, ce délai est de l’ordre de 3 à 6 mois (Allemagne, Royaume Uni). Or, plus un immigré reste sans travail, plus sa situation se précarise, plus il est en proie aux marchands de sommeil, etc. C’est cela qui est non seulement inacceptable, mais qui alimente la mauvaise image des migrants qui arrivent sur notre territoire.

Il faut donc donner le droit de travailler aux demandeurs d’asile dans un délai beaucoup plus court, entre 3 et 6 mois après l’enregistrement de la demande d’asile. En 1991, ce droit au travail avait été interdit, pour éviter l’effet d’annonce pour des flux de travailleurs potentiels, mais la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d’asile, qui a établi ce délai à neuf mois, instaure la durée la plus longue précisée dans la directive européenne sur l’asile. D’autant que le nombre de demandeurs d’asile en France n’est pas considérable, comparé à l’Allemagne, puisqu’il n’y a eu que 79.000 demandeurs d’asile en 2015. Ce qui, certes, est bien supérieur aux années précédant la crise migratoire actuelle, mais reste faible au regard des arrivées dans d’autres pays européens comme l’Allemagne et l’Angleterre et les pays de premier accueil comme l’Italie et la Grèce

Par ailleurs, il faut rouvrir les frontières à l’immigration de travail sur notre territoire: cela permettrait de limiter les «flux mixtes», c’est-à-dire ces immigrés qui cherchent du travail et qui passent par la demande d’asile pour y parvenir. Une telle passerelle vient engorger le traitement de l’asile. Il y a en effet actuellement plus de rejets que d’acceptation des dossiers de demande d’asile. En moyenne, 65 à 70% des dossiers sont refusés. En réalité, la politique de l’asile français fabrique des sans-papiers par milliers.

En outre, permettre davantage d’entrées légales sur le territoire comblerait certaines failles du marché du travail français:  les immigrés non-Européens sont à la recherche de métiers qui ne sont pas très demandés par les natifs. Ainsi ces nouveaux arrivants ne viennent-ils pas concurrencer les emplois des personnes établies en France. Ils se dirigent plutôt dans les secteurs en tension, comme l’hôtellerie, l’artisanat, le bâtiment, la maintenance informatique, ou des métiers dont les besoins en main d’œuvre sont importants, comme la garde des personnes âgées, les médecins de campagne, etc. Il faut en finir avec l’idée que les immigrés viennent pour la Sécurité sociale et les allocations. Ils viennent car chez eux, ils n’ont pas de projet de vie.

Ainsi faut-il sortir de la logique répressive de fermeture des frontières : non seulement, ces trente dernières années prouvent que cela ne fonctionne pas – les migrants ne sont pas dissuadés et les procédures de reconduite à la frontière sont coûteuses et difficiles à mettre en œuvre -, mais en plus, un telle politique alimente toute une économie du voyage irrégulier, avec des «passeurs» qui s’enrichissent sur le dos de migrants désemparés. Ce business est devenu une affaire extrêmement rentable, plus encore que celui de trafiquant de drogue. En 2015, il y a eu environ 1 million de migrants qui sont passés par la Méditerranée, à raison de 1.000 à 2.000 euros par passage... Avec un bilan humain de 30.000 morts depuis le tournant du XXIème siècle.

 
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