Monde

Netanyahou et les colons, la guerre est déclarée

Jacques Benillouche, mis à jour le 09.12.2009 à 10 h 53

L'armée israélienne s'inquiète d'actions violentes des colons décidés à s'opposer par tout les moyens au gel des constructions.

Benjamin Netanyahou a pris le risque de faire éclater sa coalition sur le problème du gel des colonies en décrétant l'arrêt des constructions pendant dix mois. Ses alliés estiment, à mots couverts pour ne pas enflammer le débat, qu'il a trop cédé sans demander de contrepartie aux palestiniens. En fait, ils n'ont pas compris que cette annonce relevait de l'art de la communication puisqu'elle avait pour but de soigner son image auprès des Etats-Unis et des Européens. Hillary Clinton a d'ailleurs immédiatement accordé un bon point au premier ministre: «L'annonce faite aujourd'hui par le gouvernement d'Israël contribue à aller de l'avant vers un règlement du conflit israélo-palestinien». En fait, Netanyahou n'a pris aucun risque compte tenu de la position négative, attendue, des palestiniens qui maintiennent le raidissement de leur doctrine.

L'organisation d'extrême-gauche, La Paix Maintenant, estime que la décision est «un pas dans la bonne direction» mais s'inquiète qu'elle risque de conforter la droite dans ses certitudes. La limitation du gel à dix mois réduit singulièrement la portée de la décision qui, à leurs yeux, est un leurre. En effet le Bureau central israélien de statistique a estimé que «2 895 unités d'habitation étaient en construction dans les colonies de Cisjordanie. Il faudra de 18 à 24 mois pour mener à leur terme les projets de constructions déjà engagés, soit bien au-delà des dix mois de gel.»

Bien que le parlement et le gouvernement adoptent une neutralité vis-à-vis des colons, les leaders des implantions chauffent à blanc leurs militants au risque de susciter des conflits avec l'armée. La rupture est consommée entre le Likoud et les habitants juifs des colonies de Cisjordanie. L'ancien chef d'Etat-major Yaalon, catalogué comme faucon adulé par les colons, a été interdit de meeting par les habitants de Kyriat Arba qui célébraient le souvenir d'un officier tué dans une embuscade à Hébron au cours de la deuxième intifada. Les chefs nationalistes ont menacé «de semer le trouble lors de la soirée si le ministre y mettait les pieds car un homme qui trahit ses idéaux et vote en faveur du gel de la construction juive n'a pas sa place à Kyriat Arba».

Insulte suprême, le premier ministre est accusé de gauchir sa politique en adoptant la politique suivie par les travaillistes Rabin et Barak. Les Etats-Unis, eux-aussi, continuent à être fustigés au point d'être qualifiés de « terribles et antisémites » par la ministre Limor Livnat, ministre de la culture et des sports. Un autre ministre, Dany Danon, supplie Netanyahou de se ressaisir car « Par votre décision, vous avez montré au monde entier que les localités juives en Judée-Samarie seraient un obstacle à la paix, et vous avez fait de leurs habitants des citoyens de seconde catégorie! ». Le maire de la grande colonie d'Ariel en Cisjordanie voit à plus long terme et menace de représailles électorales le parti au pouvoir : « Nous vous avons soutenu et élu pour une autre majorité, et maintenant vous appliquez exactement la politique d'Itshak Rabin d'il y a 17 ans! ».

Pour l'instant, la situation semble sous contrôle bien que la fronde prenne de l'ampleur mais les commandants de bataillons militaires opérant en Cisjordanie s'inquiètent d'éventuelles réactions violentes de colons déçus d'avoir été bernés par des chefs politiques qui leur ont volé leur bulletin de vote. Ils craignent qu'ils réagissent comme lors des précédentes évacuations durant lesquelles des colons extrémistes avaient reporté leur colère sur leurs voisins arabes en incendiant leurs oliveraies ou en détruisant leurs récoltes. Tsahal répugne d'avoir à se « salir » dans un maintien de l'ordre dévolu normalement à la police et aux gardes frontières.

Pour pallier cette mauvaise humeur et pour prévenir toute contestation, le ministre de la défense s'est trouvé contraint de superviser, lui-même, les plans militaires tendant à faire respecter le gel des constructions en Cisjordanie puisqu'il a été informé que l'armée rechignait à se compromettre dans des opérations qu'elle ne veut pas cautionner.  Les militaires estiment qu'ils n'ont pas été préparés pour la mission consistant à faire respecter le gel des constructions mais plutôt pour la défense du pays contre les terroristes arabes. Mais leurs chefs insistent auprès de leurs soldats pour rappeler que l'honneur de l'armée consiste à respecter tous les ordres donnés par les politiques même s'il s'agit de nettoyer « les détritus laissés par les promeneurs dans la forêt ».

Les extrémistes de droite s'organisent puisqu'ils envisagent de manifester dans les villes israéliennes pour bloquer la circulation et par là, l'économie du pays. Ils tiennent à ce que les israéliens, peu soucieux de leur problématique, leur apportent un soutien actif. Un certain égoïsme transparait en effet au sein d'une population qui s'estime peu concernée par les problèmes de militants qui, à leurs yeux, feraient mieux de coloniser la Galilée dont les arabes risquent d'être majoritaires à court terme. Alors, pour exister, les leaders des colonies souhaitent reproduire les manifestations monstres qui avaient été organisées à l'occasion de l'évacuation de Gaza en 2005.

Benjamin Netanyahou a anticipé ces tentatives de désobéissance puisqu'il a insisté auprès des vingt leaders de colonies « que la loi doit être respectée et les décisions du Cabinet exécutées ». Il a confirmé qu'il n'avait pas l'intention de revenir sur sa décision et il a enjoint les nationalistes à plus de discipline : « Vous êtes autorisés à manifester et à protester, mais vous ne pouvez pas manquer de respect à une décision qui a été faite légalement. La solution est le dialogue. Nous devons travailler ensemble et coopérer durant cette période ».

Par ailleurs, une certaine déception perce dans ses propos puisqu'il ne comprend pas le silence de l'Autorité palestinienne qui n'a pas apprécié son geste de gel des constructions à sa juste mesure et qui n'a rien fait pour le soutenir en proposant, par exemple, le retour à la table des négociations.  « Nous avons pris une décision difficile afin de faire avancer les intérêts d'Israël. Ce geste indique clairement aux décisionnaires du monde entier qu'Israël est sérieux dans ses intentions de parvenir à la paix, tandis que les Palestiniens refusent d'entamer des négociations pour la paix ».

Netanyahou sait qu'il n'a rien à craindre des membres de sa coalition qu'il a mis au pas. Le dernier exemple, la remise en cause de nominations de diplomates par le ministre Lieberman, est éloquent pour expliquer sa mainmise sur le gouvernement. L'inconnu reste cependant le comportement de Tsahal si les nationalistes doivent être contraints à la discipline et si le feu se propage jusqu'aux populations palestiniennes.

Jacques Benillouche

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Image de Une: Affrontements entre des policiers israéliens et des juifs orthodoxes Darren Whiteside / Reuters

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