France

Impossibles dénouements

Temps de lecture : 2 min

Qu’il s’agisse de fait divers ou de campagne électorale, l’opinion prime sur les faits et la fiction sur la réalité.

CONTENU PARTENAIRE - Un fait divers est toujours un fait de société, mais il arrive aussi qu’un fait de société devienne un fait divers. Si les «disparus d’Orvault» ont tenu pendant dix-huit jours en haleine la twittosphère, celle-ci a, durant dix jours, spéculé sur le «sort» de François Fillon. Avec la même passion et la même curiosité dans les deux cas.

Pour ce qui est de la famille horriblement décimée, les twittos pointent du doigt conclusions hâtives, condamnations définitives, a priori rapides: le fils aîné «geek, accro aux jeux vidéo» est «donc forcément instable et meurtrier». Enquêteur autant que juge, on recourt même à «l’intelligence intuitive» via «une pseudo medium» vue sur CNews, «un mélange entre le Gorafi et Malaise TV». Cet emballement médiatique, qui suscite ironie et distance sur le web, s’apaise lorsque le véritable coupable avoue son crime pour un mobile banal : la cupidité.

Les internautes, eux, décrient «ces théories les plus farfelues» qui conduisent les médias à «chercher des déséquilibrés partout». Ils pointent aussi «l'absence de pudeur de nombreux médias qui n'ont pas hésité à accuser des victimes». Tout part d’«un puzzle d’indices et peu de certitudes». À l’ère des «faits alternatifs», le signal envoyé est celui d’une «vérité éphémère» propageant «l'idée que les faits ne sont que des opinions».

L’emprise du jugement

L’omission de la réalité, peut-être involontaire, mais en tout cas collective, au profit d’un storytelling, interroge et souligne l’emprise de l’opinion, de l’avis, du jugement sur les faits. Elle rejaillit sur l’affaire François Fillon. Est-il jugé avant de l’avoir été ?

L’incompréhension domine. Incompréhension devant l’accélération du rythme judiciaire, qui pourrait remettre en cause indépendance de la justice et présomption d’innocence; incompréhension devant l’obstination de François Fillon et ses déclarations successives, un jour abandonné par une partie de sa famille politique, le lendemain adulé par elle.

Tout conduit les internautes à considérer que, dans le cas d’un fait divers comme dans celui d’une élection majeure, la fiction conteste le monopole de la réalité. Mais nul ne peut prédire la suite. En témoigne cette seule prévision d’avant match : « Il y a beaucoup plus de chances que le Barça élimine le PSG que Fillon reste candidat... ».

Série américaine

Il ne s’agit plus désormais de parler de campagne présidentielle mais de «House of Sarthe». Massivement, la twittosphère se désintéresse du sujet réel et, comme en écho amusé aux médias, se met à jouer avec lui. Nous ne sommes plus dans une campagne électorale, entachée par des affaires, mais dans une série américaine de mauvaise qualité : «la campagne de Fillon, au cinéma, on trouverait ça trop gros, pas crédible... scénario pourri ! Et en fait, en vrai aussi».

Par surcroît, il n’est pas question de se contenter d’«une série pleine de rebondissements» pour un «season final nul sans assaisonnement». La campagne présidentielle est désormais «digne d'une série Netflix» avec en personnage principal un homme qui « il y a encore deux mois roulait à 200km/h vers l'Elysée ». Et si l’inspiration vient à manquer, on peut toujours compter sur «le Canard Enchaîné qui planche déjà sur le scénario de la semaine prochaine».

Quel dénouement ? Les internautes ironisent et désespèrent, puis plongent dans un autre univers aux contours mieux définis: celui de la fiction télé. En attendant le moment où, comme toujours, la réalité pourrait prendre sa revanche sur la fiction. Avec, dans la pire des hypothèses, l’arrivée au pouvoir de l’extrêmisme.

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