Thomas Legrand: Les minarets sont des moulins à vent
Le type même du débat sans objet monté de toute pièce par les médias.
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«Le débat sur les minarets s'invite en France»: voilà ce que l'on dit et entend beaucoup depuis le week-end dernier, mais en réalité, c'est un débat tout à fait artificiel chez nous. Il n'y a pas, à proprement parler, de «problème de minarets en France».
Nous avons là un cas d'école de la façon dont se fabriquent les prétendus débats censés agiter notre société. Nous sommes en train de nous autoalimenter... De quoi s'agit-il en réalité? Nous lisons donc partout «débat sur les minarets en France». Mais le débat c'est ça, c'est le titre en lui-même, c'est aussi les questions que nous (les journalistes) posons à nos invités sur les différentes radios et à la télévision. Et en règle générale, nos invités, de droite comme de gauche, nous répondent que pour eux il n'y a pas de problème, qu'ils n'ont pas remarqué une revendication des musulmans de France à construire de minarets partout...mais ils se disent inquiets! Inquiets du débat!
C'est donc le débat qui se mord la queue. Il est souvent abusif et un peu facile d'affirmer qu'un débat embarrassant est monté de toutes pièces par les médias friands de polémiques. Mais là, sur les minarets... c'est le type même, non pas d'une construction médiatique concertée, mais du réflexe médiatique et politique. Et l'on en arrive à des déclarations aux confins de l'absurde et de l'équivoque. Dominique Paillé, le porte parole de l'UMP, peut dire «les salles de prière sont tout à fait indispensables, mais, pour autant, faut-il des minarets au-dessus? Je n'en suis pas sûr» Ça patauge et c'est scabreux! Est-ce que ça veut dire qu'il est contre les minarets en eux-mêmes? Non, bien sûr. En tout cas ce n'est pas la position de son parti. L'élément principal de cette déclaration c'est «je n'en suis pas sûr». Autant ne rien dire alors...
Aucune loi, aucune réglementation spécifique n'est en préparation sur cette question, tout simplement parce que la question ne se pose pas dans notre pays... Et pourtant le Figaro a commandé un sondage sur le sujet. La question posée par l'IFOP est la suivante : «En France, êtes-vous favorable à l'interdiction de la construction de minarets, c'est-à-dire de tours situées à côté des mosquées?»... «Êtes-vous favorable» et non pas «seriez vous favorable» comme si il y avait un projet d'interdiction dans les cartons du gouvernement. La réponse est «oui» à 46% et «non» à 40%. L'IFOP et le Figaro posent une question qui ne se pose pas et qui, en plus, ne veut rien dire. Combien de minarets? Où?
Imaginez que l'on pose la question suivante: «Il y a aujourd'hui 3 millions de musulmans en France et dix minarets sur tout le territoire. Faut-il donner l'autorisation d'en construire quelques autres dans le respect des règles d'urbanisme française?»... Je suis prêt à parier ma pige de Slate.fr contre une journée de salaire du parton de l'IFOP plus celui du patron du Figaro (Serge Dassault...) que le résultat serait inverse.
Un peu comme si on vous demandez: «Voulez vous qu'il pleuve la semaine prochaine?»
-Non, j'ai tennis.
Ou, même question formulée comme ça: «voulez vous que les nappes phréatiques se remplissent la semaine prochaine?»
-Oui, bien sûr...
De son côté, le même jour, l'institut BVA publiait un sondage pour Canal Plus. La question était moins manipulatrice: «Si un tel référendum avait lieu en France, vous personnellement, voteriez-vous l'interdiction des minarets?» : 43% oui, 55% non. Donc à l'inverse des Suisses et à l'inverse du sondage IFOP le Figaro. Quand une question ne se pose pas dans la vraie vie, la réponse est forcément artificielle et totalement tributaire de la formulation.
Mais on frise la malhonnêteté intellectuelle avec le titre du Figaro: «Les Français de plus en plus hostiles à la construction des mosquées». Avec, en une, une photo de minaret. Le Figaro compare les chiffres de la tolérance à la construction de mosquées entre 1989 et aujourd'hui à travers 4 sondages, 1989, 1994, 2001 et 2009. Pour les trois premiers sondages, les chiffres sont comparables et aujourd'hui le nombre de Français opposés à la construction de mosquées (on ne parle plus de minarets) est en hausse. Il faut dire que cette année, la question est posée en plein faux débat sur les minarets et en plein débat cafouilleux sur l'identité nationale. Et surtout personne ne peut dire, aux vues de ces chiffres, si ce refus grandissant de voir se construire des mosquées est une manifestation d'islamophobie ou bien une manifestation de la lente mais sûre sécularisation de notre société.
Que donnerait la même question sur la construction des églises? On le voit bien, le débat est vicié. Il ne prendrait pas une telle ampleur de baudruche s'il n'y avait pas ce malencontreux débat sur l'identité française. Eric Besson pourra méditer longtemps sur les conséquences en chaine de son initiative. Dans la majorité, en tout cas, de plus en plus de voix s'élèvent contre cette idée perverse de vouloir que la Nation s'interroge sur son identité et surtout de confier au ministre de l'Immigration le soin d'animer un tel débat. Nicolas Sarkozy, lui-même, a fini par comprendre qu'on ne joue pas avec une grenade dégoupillée. Il a finalement renoncé à prononcer le discours initialement prévu lors du colloque qui se tient aujourd'hui à l'initiative de l'institut Montaigne et du journal Le Monde. Colloque qui a pour thème: «Qu'est-ce qu'être Français».
Thomas Legrand
Lire également sur le même sujet: En France, les minarets font profil bas, Faisons une croix sur la Suisse et Minarets: une victoire des extrêmes et des intégristes.
Image de Une: Moulin à vent aux Pays-Bas REUTERS/ Michael Kooren
Mis à jour le 04/12/2009 à 8h42










































Je rale assez contre un tas de faux debat monté par des journaux en la d'audimat pour feliciter un auteur de temps a autre
autre exemple : les singes de greenpeace sur le toit de l'assemblée nationale : 15 % aux dernieres elections et un moustachu
Si on interrogeait les Français sur le retour à une TVA de 19,6 dans la restauration il est probable qu'ils se prononceraient largement pour ce retour. Comme quand on leur demande si Domenech doit quitter l'équipe de France: 67% souhaitent qu'ils partent. Pourtant, Sarko à annoncé qu'il ne reviendrait "jamais" sur la TVA et Domenech est toujours là. Les sondages sont utilisés par le pouvoir communiquant. Même les dames pipi de Menton sont utilisées par les communicant.
Qu'on ne nous emmerde pas avec cette histoire d'identité nationale. Mon grand père a quitté sa campagne du Champsaur (M. Sarkozy-bon-Français sait-il où est le Champsaur?) en 1914 pour aller se battre à Verdun pendant 4 ans; il parlait mal Français et s'est battu. Mon père a quitté sa campagne du Champsaur en 1950 pour aller travailler à Paris et se remémore avoir été alors comme un immigré là-bas, à dormir par terre chez des parents pendant des mois. J'ai moi vécu des années dans le fin fond de la Sarthe et tout le monde m'y regardait comme un immigré, certains ne comprenaient même pas ce que je disais. Même Français en France nous sommes tous des immigrés. Ce qui définit l'immigré, c'est la petitesse de ceux qui sont sur place, "les imbéciles heureux qui sont nés quelques part". Que Sarko et ses hommes de mains s'occupent des problèmes des citoyens. Quelle grandeur y a-t-il à faire reloger une dame pipi devant les caméras ? Qu'ils s'occupent des autres. A force de nous chercher, ce pouvoir va finir par nous trouver.
Attention : les sondages ne sont que des sondages!
"«Si un tel référendum avait lieu en France, vous personnellement, voteriez-vous l'interdiction des minarets?» : 43% oui, 55% non." dites-vous. Vous semblez oublier qu'on avait fait en Suisse un sondage comparable qui axait donné le même genre de résultat. On ne peut donc comparer un sondage en France avec un VOTE en Suisse, mais seulement avec un sondage en Suisse.
Malgré cette réserve, l'ensemble de l'article de l'article reste pertinent quant au fonctionnement des pouvoirs médiatiques en France.
Excellent article, largement inspiré des réflexions critiques de Bourdieu sur la pratique des sondages (si vous voulez faire dire n'importe quoi à un sondage, posez des questions qui ne veulent rien dire en supposant que les sondés répondront quand même ; ça marche à tous les coups).
J'ajouterai que l'IFOP a toutefois le mérite d'apporter un certain soin à la construction de son échantillon représentatif. Rappelons que OpinionWay, l'embarrassant sondeur ami du pouvoir au coeur de la récente affaire de la commission d'enquête parlementaire sur les sondages de l'Elysée, ne prend pas cette peine : il recrute au hasard un milliers de répondants via internet (source fiable s'il en est). Ce qui lui permet d'ailleurs de proposer des réponses qui brossent systématiquement le commanditaire dans le sens du poil : voilà pourquoi ce noble institut est si souvent sollicité par le Figaro (et payé par l'Elysée...).
L'enquête parlementaire sur ce sujet est, nous dit-on, anticonstitutionnelle. Peut-être que le pouvoir arrêtera de se foutre de la gueule du monde quand les urnes, ou comme le suggère un cocommentateur, la rue, auront parlé.
Les sondages ne reflètent pas l'opinion du peuple mais l'opinion de sondeurs ; qu'on se le dise, et qu'on en fasse l'usage qu'ils méritent.
Ceci dit, les sondages sont un outil important. Comme tout outil il peut être utilisé à bon ou mauvais escient.
Les chiffres sont implacables, mais les mots eux sont sujet à interprétation. Avec les sondages, on essaye de faire de l'exact avec du relatif. C'est néanmoins une science, qui, si elle est pratiquée de manière éthique, a sa place dans le débat démocratique. La démocratie étant supposée être la voix du peuple, les sondages sont essentiels pour nos gouvernants afin savoir ce que nous pensons et nous voulons. Nous ne pouvons pas aller aux urnes pour nous exprimer sur tous les sujets de société que l'état est censé gérer.
Parce que les sondages peuvent être facilement manipulés, il faut des organismes suffisamment impartiaux pour les mener. Les instituts de sondages qui Lundi sondent les Français sur leur marque de Camembert préférée, et Mardi sur qui ils vont voter, n'ont pas la rigueur et l'indépendance suffisante pour véhiculer le spectre des opinions des gens qui vivent en France.
Par contre je pense à l'INSEE dont ce devrait être une des mission. On pourrait, comme pour la BBC en Grande Bretagne lui donner un statut quasi indépendant. Son rôle serait d'informer l'état sur tout les sujets de société et ce à la demande de l'état. Les résultats seraient rendus publiques en temps réel, sauf, pour certains sujet sensibles, à la demande de l'état et validés par une commission indépendante, resteraient secret d'état pour une courte durée ( par exemple la fin d'un quinquennat). Tout sondage électoral serait à la charge des partis et exécutés par des officines privées.