Économie

Permettre à chaque actif non diplômé de bénéficier d'un an de formation payée

Temps de lecture : 2 min

Et si nous avions droit à une «deuxième chance»? Enjeux et impacts d’une année de formation payée.

©WeDoData
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Dans un travail réalisé pour la chaire Transitions démographiques, transitions économiques (TDTE), j’ai évalué l’impact de l’accès gratuit à une formation qualifiante de 400 heures pour les non-diplômés. Ce travail faisait écho à l’annonce du gouvernement d’inscrire sur le Compte personnel d’activité le droit pour tout jeune sans diplôme de se faire financer à 100% une formation qualifiante.

La chaire TDTE cherche à comprendre les conséquences de cette mesure, dans un contexte de vieillissement, sur l’accès au marché du travail, le niveau général d’éducation dans la société, la mobilité sociale et la croissance économique.

Pour cela, je construis et simule un modèle stylisé intergénérationnel d’éducation représentant les principales caractéristiques du système éducatif français. Dans ce modèle, après avoir reçu une éducation de base obligatoire financée par l’Etat, les individus vont choisir ou non de poursuivre une éducation supérieure en suivant des études techniques ou en intégrant l’Université. Le choix de l’individu de poursuivre une éducation supérieure va dépendre de son niveau d’éducation à la fin de l’éducation de base, et des coûts qu’elle engendre comparés au revenu généré. Dans ce modèle, même si les individus passent le même temps dans l’éducation de base obligatoire, ils vont différer en termes de leur niveau d’éducation à la fin de l’éducation de base en raison de la transmission du niveau d’éducation des parents aux enfants à l’intérieur de la famille. À la génération initiale, chaque parent a un niveau d’éducation différent réparti sur un intervalle déterminé.

Les individus au sein d’une génération sont donc divisés en plusieurs groupes du point de vue de leur choix éducatif (ceux qui s’arrêtent à l’éducation de base et ceux qui poursuivent une éducation supérieure technique ou universitaire), et il existe des situations dans lesquelles certains demeurent au niveau d’éducation de base obligatoire de génération en génération. Ces derniers se trouvent alors dans une «trappe à sous-éducation». Des individus issus de familles non qualifiées obtiendront un faible niveau d’éducation à la fin de l’éducation de base obligatoire et n’auront aucune incitation à poursuivre des études supérieures car le coût de l’éducation supérieure sera plus élevé que le bénéfice qu’ils peuvent retirer de cette éducation

Après avoir simulé ce modèle en permettant aux individus ayant seulement le niveau d’éducation de base de bénéficier d’une année de formation qualifiante gratuite, je montre que les conséquences qualitatives de cette mesure seraient rapides et très importantes pour les générations futures. Tout d’abord, le niveau général d’éducation va augmenter, de même que le revenu par habitant. Ensuite, le dispositif évalué stimule fortement la mobilité sociale. En effet, après deux générations, les individus issus de familles non qualifiées bénéficiaires du dispositif vont pouvoir poursuivre des études supérieures, techniques ou universitaires. Dans le scénario de référence sans la mesure, cela ne se produit qu’à partir de la septième génération.

Les résultats de mes travaux plaident en faveur de ce «droit à une deuxième chance» pour les non-diplômés, tant il génère des effets rapides et positifs pour les générations futures. À terme, la contrainte qui, pour nous économistes, nous oblige à comparer les avantages de tout dispositif aux coûts engendrés, nous amènera à évaluer les moyens financiers nécessaires à sa mise en œuvre, ainsi que les différentes sources de financement possibles.

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