Science & santé

Changer la relation entre le travail et la santé: pour un crédit impôt prévention

Pr William Dab, mis à jour le 19.03.2017 à 23 h 39

Pour les entreprises, la prévention est perçue comme une contrainte réglementaire et une dépense improductive. Or, les études éco-épidémiologiques montrent un fort retour sur investissement des actions de prévention bien faites. Un crédit impôt recherche permettrait de dépasser cette vision erronée de la prévention.

©WeDoData

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Un constat préoccupant

Cela fait plusieurs années que les indicateurs de santé et de sécurité au travail stagnent quand ils ne régressent pas. De façon générale, l’actualité de la santé au travail est une chronique de la souffrance, du suicide, du stress ou du harcèlement. C’est une vision purement négative de la relation entre le travail et la santé qui prévaut. Et pourtant, un travail de qualité est reconnu comme un facteur protecteur de la santé. Ce que montre a contrario le bilan sanitaire du chômage que le Conseil économique, social et environnemental a évalué à 15 000 décès par an.

La santé des Français est un mélange d’excellence et de médiocrité. Excellence de l’espérance de vie lorsque l’on atteint l’âge de 65 ans (l’une des meilleures du monde) et que les soins médicaux deviennent le principal déterminant de la santé. Médiocrité de la mortalité chez les hommes jeunes et d’âge moyen (l’une des plus importantes en Europe), les insuffisances de la prévention des expositions professionnelles ayant une responsabilité première dans cette situation. La santé au travail est la lanterne rouge de la santé publique en France.

Pourquoi en est-il ainsi ?

Jusqu’à présent, les moteurs de la prévention étaient extérieurs aux entreprises: le médecin, le juge, l’inspecteur, le contrôleur, l’assureur, etc. En réalité, la santé au travail est enfermée dans une triple vision médicale, juridique et technique. Mais tout se passe comme si ces trois piliers sur lesquels s’est construite la santé au travail depuis 70 ans avaient donné ce qu’ils avaient à donner. Renforcer encore ces piliers pourrait être ponctuellement utile, mais il ne faut plus en attendre des résultats substantiels.

Pour les employeurs, la santé au travail est surtout un monde de dépenses improductives, des cotisations opaques et un océan d’obligations réglementaires. Investir dans la santé n’est pas perçu comme un facteur de productivité ou un levier managérial. Or, de nombreuses études françaises et internationales montrent que c’est faux. La prévention bien faite rapporte et en termes sanitaires et en termes économiques.

Que faire?

Si l’amélioration des conditions de travail est une priorité de santé publique et si les actions de prévention procurent des gains sanitaires et financiers, alors que faut-il pour que la santé des salariés soit considérée comme un enjeu stratégique pour les entreprises et pour la société? Deux conditions sont nécessaires: favoriser un changement de culture et impulser des actions de prévention qui formeront un nouveau modèle de pratique.

Il est logique que la santé au travail soit à la charge des employeurs. Cependant, une incitation publique analogue au crédit impôt recherche sous la forme d’un crédit impôt prévention permettrait de donner un signal fort que la prévention est rentable, que son retour sur investissement est important et rapide et qu’il est de l’intérêt des employés, des employeurs et de la société de développer les actions de prévention dans le territoire des entreprises.

En pratique, les entreprises qui lancent un programme de prévention répondant à un cahier des charges rigoureux qui inclut une vision globale de la santé et une évaluation de ses objectifs se verraient consentir une baisse d’impôt et/ou de cotisations qui pourrait couvrir environ 50% du coût des actions préventives. Tout le monde y gagnerait: les employés, les employeurs et l’assurance maladie. Pour fixer les ordres de grandeur, un Euro investi dans des actions de prévention bien faites en rapporte deux à échéance de 18 mois. C’est une moyenne que de nombreuses études ont observé. Pourquoi dès lors, ne pas partager équitablement ce bénéfice?

Il existe déjà des incitations financières aux actions de prévention. Elles sont cependant ponctuelles, partielles et peu connues. L’inscription d’un crédit impôt prévention dans un programme présidentiel serait un signal fort qui imposera aux différents financeurs de mieux coordonner leurs aides. Par ailleurs, il existe des clivages anciens entre les trois secteurs de l’État, de la Sécurité sociale et des entreprises. Une impulsion au sommet de l’État permettrait de les dépasser. On peut en attendre une évolution culturelle importante qui aiderait à ce que les valeurs santé et travail se réconcilient.

Pr William Dab
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