France

D'anti à pro-Fillon: le ridicule des ténors de la droite contraints de retourner leur veste

Repéré par Grégor Brandy, mis à jour le 07.03.2017 à 15 h 22

Repéré sur Le Lab, Le Figaro

Ils conseillaient à François Fillon d'abandonner. Aujourd'hui, ils le soutiennent à nouveau.

BORIS HORVAT / AFP

BORIS HORVAT / AFP

Il y a quelques jours, ils quittaient le navire. Aujourd'hui, ils sont de retour. Après la démonstration de force de François Fillon ce dimanche 5 mars, qui a réuni plusieurs milliers de manifestants place du Trocadéro à Paris, le renoncement définitif d'Alain Juppé, et la décision du comité politique du parti Les Républicains de ne pas soutenir d'alternative, il semble que le vainqueur de la primaire de la droite et du centre ira bien au bout, malgré tous les doutes que certains jusque dans sa propre équipe pouvaient encore avoir la semaine dernière.

Et après l'avoir lâché, certains personnages clés du parti et de la campagne ont décidé de le soutenir à nouveau. Le cas le plus emblématique est sans doute celui de Thierry Solère. Soixante-douze heures après avoir estimé que son candidat n'était plus «en capacité de mener les couleurs de la droite et du centre à l’élection présidentielle», l'ex-porte parole de la campagne a finalement indiqué au Lab, qu'il allait se ranger derrière lui avec un enthousiasme très mesuré.

«Je n'enlève rien à ce que j'ai dit [depuis qu'il l'a lâché]. J'ai quitté la campagne de François Fillon et je ne cherche pas à redevenir porte-parole. Au cours de la réunion d'hier soir, j'ai dit pourquoi j'étais parti, j'ai dit que je ne pouvais plus continuer à porter cette parole-là [en raison de la mise en examen à venir]. [...] Il n'y a pas eu d'alternative de droite et du centre à la candidature de François Fillon, qui est venu nous dire qu'il ne se retirerait pas. Cela devient un fait politique, une réalité qui s'impose à tout le monde, j'en prends acte. [...] Je suis de droite et du centre, donc je prends acte du fait que François Fillon est le candidat de la droite et du centre.»

Le trio Pécresse-Estrosi-Bertrand

Même retournement de veste pour le trio Christian Estrosi-Valérie Pécresse-Xavier Bertrand. Le président de la région Paca avait expliqué ce dimanche qu'il souhaitait rencontrer le candidat pour le convaincre «d'une sortie respectueuse». Quelques heures plus tôt Christian Estrosi refusait le terme de «lâcheurs», mais parlait plutôt de recherche d'une «cohésion autour d'une initiative qui rassemble et fédère», rappelant qu'un choix différent était «impératif», mais qu'il ne fallait pas «humilier François Fillon».

Finalement, ils ont mis de l'eau dans leur vin, après l'annonce du renoncement d'Alain Juppé. Valérie Pécresse a indiqué qu'elle allait continuer «à faire campagne» pour François Fillon.

«J’ai toujours été convaincue que la décision de poursuivre sa candidature ou non, relevait de la responsabilité de François Fillon et de lui seul. [...] Aujourd’hui, parce que l’avenir de la France doit passer avant tout et qu’elle est en péril, je mettrai toute mon énergie à restaurer l’unité autour du projet qui nous rassemble. À tous ceux, qui comme moi, ont pu s’interroger, je demande de repartir au combat pour nos idées, pour nos valeurs, pour la France que nous voulons et que nous aimons.»

Quelques heures plus tôt, Xavier Bertrand avait nuancé ses propos de la veille après le rappel à l'ordre de François Fillon, rappelle Le Point. Le président de la région des Hauts-de-France avait tenu à mettre l'accent sur le besoin d'unité face au Front national.

Estrosi pas encore tout à fait de retour

Christian Estrosi qui est sans doute celui qui s'est le plus directement exposé des trois a finalement retourné sa veste en utilisant le même élément de langage que Xavier Bertrand: la lutte contre le Front national, nuançant toutefois son soutien, en rappelant sur CNews qu'il ne ferait pas campagne. C'était cependant avant l'annonce d'Alain Juppé. Il ne s'est pas exprimé sur le sujet depuis.

Le président du Sénat, Gérard Larcher, assume de son côté, sa prise de distance, la semaine dernière avec le candidat de la droite et du centre. Interrogé sur France Inter, il raconte lui avoir «exprimé mercredi matin dernier, une campagne arrêtée, un feuilleton judiciaire qui était géré dans l'émotion alors qu'il doit être géré me semble-t-il dans la raison, un emballement médiatique, l'incapacité à présenter notre projet», et lui a conseillé d'arrêter «les yeux dans les yeux». Mais finalement, il a décidé de se ranger derrière François Fillon face à l'absence d'alternative.

Patrick Balkany, qui avait demandé à retirer les affiches de François Fillon de sa ville pour des questions de guerres internes, en milieu de semaine dernière, et appelé François Fillon à retirer sa candidature ce week-end a finalement changé d'avis, souligne Le Parisien, qui raconte que le maire de Levallois a finalement fait deux pas en arrière.

«Je vous demande donc [...] de reprendre la campagne électorale en faveur de François Fillon, le seul candidat représentant nos idées, le seul porteur d’un programme qui peut redresser notre pays.»

L'étrange cas de Georges Fenech

Jean-François Copé, qui a recueilli 0,3% des voix lors de la primaire de la droite et du centre, avait de son côté affirmé être arrivé «au bout du bout» de ce qu'il pouvait «en termes de loyauté». Pourtant, rapporte Le Figaro, dès le lendemain de la manifestation de soutien à François Fillon, le maire de Meaux a de nouveau apporté son soutien à François Fillon.

«Je soutiens François Fillon parce que François Fillon l'a dit lui-même, il est aujourd'hui le seul candidat et qu'à partir du moment où il n'y a pas, à l'heure où nous parlons, un débat ouvert sur la question, je n'ai pas de raison de ne pas le faire.»

Georges Fenech est moins connu du grand public, mais son changement de position est sans doute le plus frappant. Le député LR du Rhône était le premier à s'en être pris ouvertement à la candidature de François Fillon estimant dès le début des révélations que le vainqueur de la primaire ne pouvait pas être candidat. Après avoir appelé à la candidature d'Alain Juppé, puis à celle de François Baroin, et dénoncé «la prise d'otage de l'élection présidentielle par François Fillon», il a finalement indiqué sur BFM TV qu'il allait faire campagne pour Fillon «parce que l'heure est grave».

Un pas en avant, deux pas en arrière: pas sûr cependant que cette nouvelle unité de façade convainque tout le monde. Elle promet surtout quelques debriefs intéressants en cas de défaite du candidat les Républicains.

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