Science & santé

Un accès aux médecines non conventionnelles renforcé par une efficacité démontrée et une formation diplômante

Séverine Hupfer, mis à jour le 19.03.2017 à 23 h 39

Les médecines non conventionnelles sont plébiscitées par les français, sans pour autant bénéficier de bases scientifiques et réglementaires claires. Pour la sécurité des patients, et dans le cadre d'une politique de santé publique, il s'agit d'évaluer ces pratiques par des méthodes adaptées.

©WeDoData

©WeDoData

Aujourd'hui, au moins un français sur deux dit utiliser les médecines non conventionnelles. De l’homéopathie à l'ostéopathie, en passant par l’acupuncture, ces pratiques qui ne font pas partie de la médecine conventionnelle - chasse gardée du docteur en médecine - regroupent des techniques assez diversifiées.

Cet essor ne se limite pas à la médecine ambulatoire: les hôpitaux les intègrent à leur processus de guérison pour pallier aux manques ou adoucir les dysfonctionnements de la médecine conventionnelle. Comme en témoignent l’utilisation de l’homéopathie en complément des traitements conventionnels au service cancérologie médicale du Centre Léon Bérard de Lyon ou encore, au pôle de gynéco-obstétrique du CHU de Strasbourg qui pratique l’acupuncture depuis une vingtaine d’années. En outre, le plan stratégique de l’Assistance Publique 2010/2014 – Hôpitaux de Paris (AP-HP)[1] fait désormais place aux médecines alternatives et complémentaires comme «thématique innovante». 

Face à cet engouement, les institutions européennes ont très régulièrement appelé à la reconnaissance de ces médecines non conventionnelles[2], à condition d’en encadrer strictement l’exercice et la formation. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), quant à elle, s’est prononcée en faveur de leur intégration dans les systèmes de santé pour compléter la gamme de soins offerts aux patients[3].

Ce succès grandissant suscite pourtant des inquiétudes quant à l’approche et à l’application de ces médecines dans le système de santé et d’assurance maladie français. Et ceci, d’autant plus que les enjeux économiques liés aux médecines non conventionnelles sont très importants: par exemple, la France est le deuxième marché européen des plantes médicinales, derrière l’Allemagne dans la pratique de la phytothérapie.[4]

Cet ensemble de paramètres traduit ainsi la volonté des patients d’être soignés autrement mais aussi leur attachement à leur liberté de choix tant de la pratique qui leur convient le mieux, que dans le thérapeute qui dispense son savoir.

Aussi, deux axes essentiels sont à promouvoir pour renforcer la place des médecines non conventionnelles dans le système de santé français: développer des essais bénéfice/risque adaptés à ces thérapeutiques alternatives et mettre en place des diplômes dont l’obtention sera conditionnée à une formation spécifique et reconnue par l’Etat.

Développer des études bénéfices-risques adaptées, c’est-à-dire évaluer précisément chaque pratique, en fonction de ses caractéristiques propres, de la littérature  publiée sur l’efficacité et l’innocuité de chacune d’entre elles. Chaque médecine non conventionnelle a un profil thérapeutique spécifique qui ne pourra pas forcément être évalué selon les critères de la médecine classique (seuls en vigueur actuellement pour les essais cliniques). Il conviendra d’adapter les essais à chaque thérapeutique.

Prenons le cas de l’homéopathie, première thérapeutique non conventionnelle plébiscitée en France: c’est une médecine globale dont le traitement est prescrit de façon individualisée; il ne se fera pas en fonction de la maladie mais en fonction du profil «patient/remède». Si l’on veut réellement évaluer l’homéopathie, les patients ne doivent pas être classés en fonction de leur diagnostic conventionnel (telle ou telle maladie), mais en fonction de leur «diagnostic de remède»: tel patient (par exemple asmathique) sera par exemple un «Arsenicum album» ou un «Kalium carbonicum».

Il convient donc de mener des études cliniques, des évaluations des résultats, des études scientifiques ou recherches universitaires pour évaluer l'efficacité des thérapies mises en œuvre, adaptées aux différentes disciplines, à chacun des patients et non pas un essai global sur plusieurs patients pour une même maladie.

Mettre en place une formation diplômante reconnue et réglementée: la garantie de la qualité des médecines non conventionnelles doit être assurée par une formation appropriée et sanctionnée par l'obtention d'un diplôme. Il s’agira de mettre en place une formation universitaire complète, de haut niveau, ouverte aux praticiens non médecins et médecins pour chacune des médecines non conventionnelles.

Un premier pas dans cette direction est celui proposé par le Centre intégré de médecine traditionnelle chinoise du groupe hospitalo-universitaire de la Pitié Salpêtrière - Charles Foix qui a mis en place au cours de l’année 2014 un diplôme d’Université de Médecine Traditionnelle d’un volume de 172 heures ou encore une formation des personnels du groupe hospitalier pour la sensibilisation à l’acupuncture.

Des médecines non conventionnelles correctement évaluées et dispensées par des praticiens diplômés permettront aux patients d’effectuer leur choix en toute tranquilité.

 

[1] Médecines complémentaires à l’Assistance Publique, Hôpitaux de Paris, rapport mars 2012 ;

[2] Parlement européen (1997), Le statut des médecines non conventionnelles ; Conseil de l’Europe (1999), Une approche européenne des médecines non conventionnelles.

[3] Stratégie de l’OMS pour la Médecine Traditionnelle pour 2002-2005 et 2014-2023

[4] The World Medicines Situation 2011, Traditional Medicines Global Situation, Issues and Challenges, Meri Robinson M. et Zhang X. (2011), Robinson M. et Zhang X. (2011), OMS.

Séverine Hupfer
Séverine Hupfer (1 article)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte