France

Julien Dray, un lynchage moderne

Simon Tardieu, mis à jour le 17.12.2009 à 13 h 23

La décision de Jean-Paul Huchon de se passer de Dray pour les régionales est politiquement logique et moralement détestable.

Julien Dray en 2008. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Julien Dray en 2008. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Selon le site du Monde, le député PS de l'Essonne Julien Dray ne devrait pas être cité devant le tribunal correctionnel, si le parquet suit le rapport adressé par le procureur de Paris Jean-Claude Marin, le 15 décembre. Il pourrait faire l'objet d'un simple rappel à la loi, voie alternative aux poursuites, de même que le président de SOS-Racisme, Dominique Sopo.

L'enquête ne semble pas avoir mis «en évidence un train de vie personnel dispendieux de la part de Julien Dray», relève M. Marin, qui ajoute : «Aucun élément objectif de l'enquête, ni aucune déclaration, ne permet d'apporter la preuve, avec suffisamment de certitude, qu'il connaissait l'origine véritable des fonds (...), encore moins qu'il soit intervenu dans la mise en place du système.»

M. Dray a a en outre indiqué, au cours de l'enquête, que les sommes prêtées avaient été remboursées. Conclusion du parquet : «Le délit de blanchiment du délit d'abus de confiance n'apparaît donc pas suffisamment établi à l'encontre de Julien Dray pour permettre le renvoi de celui-ci devant le tribunal correctionnel.» Nous republions un article de Simon Tardieu dénonçant le traitement infligé à Julien Dray par ses «amis socialistes».

***

Coupable avant d'être jugé (ou même mis en examen). Julien Dray est mené par ses anciens amis vers le billot au nom du réalisme politique. Depuis longtemps l'opinion publique a décrété qu'il était coupable.

Peut être l'est-il, peut être ne l'est-il pas. Une enquête est ouverte qui pour l'heure n'a pas aboutie et n'a pas mené à une inculpation. Julien Dray est par conséquent présumé innocent.

Innocent? Non! Car la machine médiatique l'a d'ores et déjà condamné et a mis en lambeaux depuis plusieurs mois sa réputation. Jean-Paul Huchon, qui souhaite éviter les remous à l'aube d'une campagne qui s'annonce périlleuse, s'est docilement incliné devant la mise au ban décidée par les journalistes et entérinée par l'opinion.

Cette affaire n'est pas le premier exemple, ni le dernier hélas, de lynchage médiatique en règle d'une personnalité. On ne compte plus les mises en examen annoncées à grand renfort de gros titres et avec des envoyés spéciaux dépêchés devant le perron de nos tribunaux. Mais combien de caméras, une fois le tumulte passé, pour témoigner d'une relaxe ou d'un acquittement? La presse est une bête bien partiale.

Jean-Paul Huchon devrait le savoir mieux que quiconque. Lui qui se présente devant ses électeurs moins d'un an après avoir été condamné à de la prison avec sursis pour prise illégale d'intérêts dans le cadre de ses fonctions de président de conseil régional! Lui qui a arpenté pendant des mois les salles d'audience harcelé de questions et suivi par une horde de caméras.

Mais les médias ont leur tempo. Ils broient ce qu'il y a à broyer le temps de distraire l'opinion et ils passent à autre chose, ne faisant plus aucun cas de ce qu'ils ont piétiné la veille. Rares sont les journalistes à se demander quelle peut bien être la légitimité de Jean-Paul Huchon, pris la main dans le sac hier, à mener une liste aux régionales. En revanche tous s'inquiètent et s'indignent de voir Julien Dray, présumé innocent, être candidat. Au diable la cohérence!

Les médias devraient peut être engager un débat sur le bien fondé de la présence des deux hommes. Peut-être surtout devraient-ils les laisser défendre leurs chances devant les électeurs. C'est le sens de la démocratie, non?

Mais ce double traitement est insupportable, comme il est insupportable de voir Jean-Paul Huchon se mettre à l'unisson de cette chasse aux sorcières, lui qui aurait tant de raisons de se faire discret sur ce sujet.

Comme Jacques Chirac aujourd'hui, comme Jean-Paul Huchon hier, Julien Dray aura à répondre de ses actes. Mais devant un tribunal!

Simon Tardieu

Image de Une: Julien Dray en 2008. REUTERS/Gonzalo Fuentes

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