France

Sous la pluie et au JT, François Fillon ne renonce toujours pas

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 05.03.2017 à 20 h 37

Repéré sur Le Monde, Le JDD

Dans un discours très attendu, le candidat qui pense ne pas «être seul» a une nouvelle fois réitéré sa détermination à ne pas abandonner. Il s'est répété dans le journal télévisé de 20h de France2: «Personne ne peut aujourd'hui m'empêcher d'être candidat».

François Fillon, le 5 mars 2017 au Trocadéro. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

François Fillon, le 5 mars 2017 au Trocadéro. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Pendant plusieurs heures, place du Trocadéro à Paris, les journalistes et les soutiens de François Fillon s’interrogeaient. Non pas sur la météo (un temps de mars typique), ni sur la foule présente (bien en-dessous des 200.000 manifestants annoncés par le sénateur Bruno Retailleau ou les 400.000 annoncés par un speaker). Non, la question était plus insidieuse, la même qui parsème la campagne de François Fillon ces derniers jours: va-t-il renoncer?

Car comme le mercredi 1er mars, lors d’une invraisemblable journée médiatique, la matinée de ce dimanche a été parsemée de soupçons d’abandon. La veille déjà, en plein milieu du discours du candidat, son parti Les Républicains a annoncé dans un communiqué convoquer un comité politique à la demande de son président Gérard Larcher et Bernard Acoyer, secrétaire général LR. Le Monde écrivait alors que «Ces deux très proches de l’ancien premier ministre [qui on rencontré Nicolas Sarkozy le vendredi 3 mars, NDLR] ont pris du champ avec ce dernier et sont à la manœuvre depuis plusieurs jours pour trouver une solution en cas de retrait.» Un appel en l’ancien président de la République et le perdant de la primaire de la droite a même eu lieu, on l’a appris le lendemain, dans la soirée de samedi, afin d’évoquer «les sorties de crise»

Sa femme lui a conseillé «d'aller jusqu'au bout»

Puis, surprise, le camp Fillon a contre-attaqué avec un entretien exclusif de Penelope Fillon au JDD, qui explique, après avoir gardé le silence pendant plusieurs semaines, avoir demandé à son mari «d’aller jusqu’au bout». «Je traitais le courrier en lien avec la secrétaire. Je préparais pour mon mari des notes et des fiches sur les manifestations locales de la circonscription, afin qu’il puisse avec mes mémos faire ses allocutions. Je lui faisais aussi une sorte de revue de presse locale. Je le représentais à des manifestations. Je relisais ses discours.»

Pendant ce temps-là pourtant, le camp du désistement laissait subtilement croire à une solution alternative actuellement en cours de négociation. Une solution appelée Alain Juppé. Edouard Philippe, qui a quitté l’équipe Fillon quelques jours plus tôt, expliquait sur France Inter que le candidat «doit prendre une décision». «Financièrement, techniquement, il est tout à fait en mesure de se présenter à l'élection présidentielle. Cela dit, le principe de réalité oblige à constater qu’il y a des défections dans son équipe. Que sa situation politique, son cœur politique, se trouve totalement contesté.» Un discours renforcé par une interview accordée à Atlantico, où le maire du Havre estimait qu’Alain Juppé est «évidemment l’homme le plus apte à rassembler la droite et le centre» et que cela «lui irait» s’il prenait le relais. Christian Estrosi, sarkoziste, a expliqué au même moment sur BFMTV que «Le plus simple, de toute évidence c'est de prendre […] le second qualifié pour le deuxième tour des élections primaires, à savoir Alain Juppé». 

On peut ajouter à cela un énorme cafouillage autour de la présence de François Fillon sur le plateau du 20 heures de France 2 le soir même et dans les studios d’Europe 1 lundi matin. D’abord annulées, son camp a finalement maintenu son intervention sur France Télévisions. 

«Est-ce que nous sommes seuls?»

Autant dire que le discours de François Fillon, lors d’un rassemblement de soutien, regorgeait d’un suspens et d’une incertitude à laquelle nous sommes désormais coutumiers. Seulement voilà, le candidat LR tient bon, pour l’instant en tout cas. Avant de s’excuser, ses premiers mots étaient adressés à ceux qui le voyaient «seul»: «Mes chers compatriotes, ils pensent que je suis seul. Ils veulent que je sois seul. Est-ce que nous sommes seuls?» «Non!» ont crié les manifestants. 

«Vivre, ce n’est pas se résigner, écrivait Camus. Jamais la France n’a fait bon ménage avec le statu quo. Je vous parle de la première valeur de notre devise : la liberté. C’est tout un peuple qui se redresse et qui retrouve le goût du bonheur.»

Après avoir longuement parlé de la France en «déclin», de la «dislocation de l’Europe», et de sa «détermination totale» face à l’islamofascisme, il a demandé une dernière fois aux quelques milliers de supporters présents de ne pas se laisser influencer. 

«Laisserez-vous les passions du moment l’emporter? Vous laisserez-vous dicter par l’écume des choses? Je continuerai à dire à mes amis politiques que ce choix leur appartient et ne leur appartient pas. Ce choix est le vôtre à travers votre suffrage et ce sera, j’en suis sûr, celui de toute la France.»

Le discours était cependant moins tranché que ces derniers jours. François Fillon n’a pas affirmé qu’il ne renoncerait jamais. Et c'est la même tonalité qui a prévalu lors du journal télévisé de France 2: 

«La question, c'est de savoir si ma candidature est toujours soutenue par une majorité d'électeurs de la droite et du centre» a-t-il posé, en notant qu'il pensait que oui, et que selon lui le rassemblement au Trocadéro le confirmait. «Personne ne peut aujourd'hui m'empêcher d'être candidat» a-t-il asséné en nuançant:

«Ça ne veut pas dire que je n'écoute pas, mais c'est ma décision (...) Ce n'est pas le parti qui va décider (...) Ce n'est pas un président de région ou un ancien candidats à la primaire qui va décider à ma place». 

Lundi 6 mars, Les Républicains se réunissent en conseil politique pour évaluer la situation, un conseil convoqué sur demande de Bernard Accoyer et Gérard Larcher, deux proches de François Fillon.

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