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Amélie Mauresmo, une championne au destin contrarié

Yannick Cochennec, mis à jour le 03.12.2009 à 17 h 17

Elle a été une championne humaine qui a affiché ses fragilités et a refusé de tricher avec elle-même et avec les autres.

Amélie Mauresmo à Wimbledon en 2006, REUTERS/Darren Staples

Amélie Mauresmo à Wimbledon en 2006, REUTERS/Darren Staples

En annonçant, jeudi 3 décembre, qu'elle arrêtait sa carrière, Amélie Mauresmo, 30 ans, a mis fin au suspense qui durait depuis quelques jours. Au lieu d'officialiser sa retraite, en direct, sur un plateau de télévision, comme le lui suggérait TF1, prêt à l'accueillir dans son 20h, la championne de tennis a préféré le faire à sa manière, plus modeste, dans le cadre d'une conférence de presse organisée dans un restaurant d'Issy-les-Moulineaux et transformée en mêlée générale en raison de l'affluence. Une manière de tirer sa révérence en douceur, sans dramatisation excessive, dans la droite ligne d'un parcours exemplaire qui, probablement et bizarrement, n'a pas eu l'impact populaire qu'il aurait mérité d'avoir.

Pourtant, tout le monde en conviendra, Amélie Mauresmo a marqué l'histoire du tennis et du sport français en remportant deux tournois du Grand Chelem, l'Open d'Australie et Wimbledon en 2006, et en devenant la première tricolore à accéder à la première place mondiale -poste éminent qu'elle occupera pendant un total de 39 semaines. Son plus haut fait d'arme restera, bien sûr, de s'être imposée sur le gazon du All England Club de Wimbledon, le plus grand tournoi du monde, où plus aucune Française n'avait triomphé depuis celle que l'on surnommait La Divine, Suzanne Lenglen, en 1925.

Et cependant, donc, flotte comme une drôle d'impression au sujet d'Amélie Mauresmo. Celle d'une championne qui ne laissera pas une empreinte profonde dans la saga et la mémoire du sport français, au contraire, par exemple, de Laure Manaudou au destin sportif nettement plus éphémère mais à l'aura suffisamment grande pour avoir notamment été élue «champion(ne) des champion(nes)» par les journalistes de L'Equipe en 2006, année où Amélie Mauresmo aurait dû être normalement choisie.

La faute à pas de chance, il est vrai, pour Amélie. Pour ne pas dire à la scoumoune en raison d'éléments extérieurs à sa volonté, mais dont les répercussions ont atténué la portée de ses exploits, de manière injuste, il faut bien l'avouer.

En 1999, alors qu'elle accédait à la finale de l'Open d'Australie à seulement 19 ans et à la surprise générale dans la peau de l'inconnue, son résultat fut ainsi complètement cannibalisé par son coming-out devenu une affaire presque mondiale et la déclaration féroce de Martina Hingis qui, perfidement, la qualifia de «demi-homme» avant de lui régler son compte en finale. Il y eut ensuite son arrivée presque baroque à la place de n°1 mondiale pour la première fois, en septembre 2004, couronnement au goût amer dans la mesure où, cette année-là, elle n'avait pas gagné le moindre tournoi du Grand Chelem ni même d'ailleurs atteint la moindre finale. Une sorte d'aberration due au mode de calcul du classement WTA dont elle retrouvera les sommets deux ans plus tard, de façon plus logique cette fois.

Plus tard, personne n'a oublié, surtout, comment et combien a été en partie gâché le plaisir de son premier succès dans le Grand Chelem à Melbourne, en janvier 2006, à cause de l'abandon au début du deuxième set de Justine Henin, victime de maux d'estomac. Ce jour-là, la Belge lui a «volé» le bonheur de gagner normalement et de prouver, par-dessus tout, qu'elle était capable d'aller au bout d'un match aussi important que celui-là en dépit de ses nerfs à la réputation fragile. Cette occasion lui sera donnée quelques mois plus tard à Wimbledon où elle battra, cette fois, Justine Henin à la régulière en finale, mais hélas pour elle, dans une certaine (complète ?) indifférence nationale. Ce sacre a lieu, en effet, la veille de la finale de la Coupe du Monde de football entre la France et l'Italie à Berlin. Si bien qu'il passe quasiment à la trappe médiatique, étant réduit, par exemple, à une simple accroche à la Une de l'Equipe le lendemain. Le coup de boule de Zidane n'aidera évidemment pas à le «repêcher» les jours suivants.

Mais au-delà de ces coups du sort venus jeter une ombre sur ses coups d'éclat, Amélie Mauresmo n'aura surtout et tristement jamais réussi à briller, ne serait-ce qu'une fois, dans ce qui aurait dû être SON tournoi, Roland-Garros, où elle l'admet avec sincérité, «la mayonnaise n'a jamais pris». Sa technique et son physique étaient, pourtant, en harmonie avec la terre battue, comme l'ont montré ses titres à répétition dans des épreuves aussi prestigieuses que l'Open d'Allemagne, à Berlin, ou l'Open d'Italie, à Rome. Mais sa tête n'a jamais suivi Porte d'Auteuil au point qu'elle n'a jamais (oui jamais) dépassé les quarts de finale des Internationaux de France, finissant toujours par exploser en plein vol lors de rencontres pénibles à regarder pour des spectateurs et téléspectateurs peinés et médusés par de tels effondrements dus à une crispation excessive. Le public de Roland-Garros, qui l'attendait chaque printemps, n'a jamais vibré pour elle, parce qu'elle ne lui a tout simplement jamais donné l'occasion de le faire. Elle aura été l'exact contraire de Yannick Noah, sorte de grand frère pour elle au fil des ans, jamais mieux motivé et inspiré que lorsqu'il mettait les pieds sur le court central de Roland-Garros.

Ces petites catastrophes accumulées en terre parisienne n'ont pas permis au grand public, en France, de voir quelle joueuse était vraiment Amélie Mauresmo. Et c'est bien dommage car son jeu, très varié, était l'un des plus captivants à observer sur un circuit professionnel envahi par les cogneuses enragées. Les Français ont, cependant, apprécié le personnage, intelligent et courageux. Tout au long de sa carrière, elle s'est comportée de manière excessivement professionnelle et s'est montrée toujours cordiale et ouverte face à la presse internationale qui lui a accordé divers prix pour son accessibilité et sa sympathie.

Sa formidable audace, lorsqu'elle a révélé son homosexualité en 1999 en acceptant notamment de poser à la Une de Paris-Match avec sa compagne de l'époque, doit être ici saluée, même si elle a regretté plus tard la manière, qui a brusqué ses parents, également blessés par la caricature, outrageante, des Guignols de Canal Plus, guère inspirés à cette occasion. Au fond, Amélie Mauresmo a été une championne tout simplement humaine qui a affiché ses fragilités et a refusé de tricher avec elle-même et avec les autres. C'est aussi une belle victoire.

Yannick Cochennec

Image de Une: Amélie Mauresmo à Wimbledon en 2006, REUTERS/Darren Staples

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