France

Inscrire dans les missions des enseignants et dans leur évaluation une obligation de formation

Philippe Watrelot, mis à jour le 19.03.2017 à 23 h 56

Il s’agit de créer une obligation de formation sous forme d’un droit rechargeable et d’un crédit d’heures. Chaque enseignant devrait ainsi se former et prouver qu’il a effectué une formation au cours des trois dernières années. La formation pourrait se faire auprès des services de formation du ministère ou d’association agréées.

©WeDoData

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Que diriez vous d’un médecin qui vous avouerait n’être jamais retourné en formation depuis sa sortie de l’université ? Vous seriez peut être inquiet ! Pourtant cette situation est possible dans l’Éducation Nationale. Bien sûr, si elle existe, ce n’est pas forcément l’expression d’une mauvaise volonté des enseignants. C’est aussi parce que la formation continue dans l’Éducation Nationale est encore aujourd’hui sinistrée...

Si la loi de refondation de l’École de 2013 a reconstruit la formation initiale avec la création des Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation et réaffirmé qu’«enseigner est un métier qui s’apprend», en revanche la formation continue n’a pas connu le même effort, et celui-ci a surtout été consacré à la réforme du collège.  Pourtant, si enseigner est un métier qui s’apprend, il s’apprend... tout le temps ! Et collectivement. On n’est jamais formé une fois pour toutes.

Je propose donc d’inscrire dans les missions des enseignants une «obligation de formation» prise en compte dans leur parcours professionnel. Il pourrait même y avoir une pénalité si l’enseignant ne fait pas la preuve qu’il s’est formé durant un délai qui pourrait être par exemple de 3 ans. Cela existe déjà dans d’autres pays comme la Nouvelle Zélande ou la Belgique Francophone.

La formation est donc seulement un devoir mais aussi un droit.  Car cette proposition  marche dans les deux sens. Ce serait ainsi un “droit opposable” qui contraindrait la puissance publique à répondre à cette obligation.

Si les enseignants avaient cette obligation sous forme d’un crédit d’heures à dépenser sur plusieurs années qu’ils pourraient remplir de différentes manières (par des universités d’été, par des formations académiques, par des formations internes et auto-gérées au niveau de l’établissement), il faut donc aussi qu’il y ait en face une offre suffisante.

Les mouvements d’éducation populaire ont une expérience  et une expertise qu’il faut savoir utiliser pour former les enseignants et accompagner les projets. Ils pourraient être alors aidés pour proposer des formations qui seraient agréées par le donneur d’ordre que serait le Ministère. Les Espé auraient aussi à combiner des formations initiale et continue qui pourraient placer tous les enseignants en situation de recherche et d’analyse de pratiques.

Car si les besoins en formation ne sont pas tout à fait les mêmes pour nouveaux et anciens la participation à certaines actions de formation continue, peut, par le contact avec leurs futurs collègues expérimentés, au moment même où ceux ci sont en réflexion sur leur métier, enrichir les étudiants en formation initiale.

La formation continue pourrait avoir plusieurs dimensions :

- accompagner le changement (nouveaux programmes, nouvelles directives, etc.)

- actualiser les savoirs disciplinaires

- perfectionner ses pratiques professionnelles et innover

- évoluer dans sa carrière.

Évidemment, selon les objectifs les opérateurs pourraient être différents avec des agréments différents. Les  formations pourraient être aussi qualifiantes et puissent être prises en compte dans un bilan de compétences.

L’enjeu c’est aussi d’inscrire la formation dans une logique de développement professionnel et personnel et d’en faire un acte volontaire et pas uniquement une formation subie et descendante.

La formation doit tenir compte aussi de la possibilité de quitter l’enseignement. Si enseigner est un métier qui s’apprend (et pas une vocation) cela signifie aussi qu’on peut le quitter et envisager une autre carrière dans et hors de l’éducation nationale.

On n’est jamais formé une fois pour toutes et le développement professionnel est aujourd’hui une nécessité pour tous. Et les enseignants ne doivent pas être une exception!

Philippe Watrelot
Philippe Watrelot (1 article)
Professeur agrégé de sciences économiques et sociales
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