Monde

Avec Palmyre, Poutine poursuit sa partie de poker menteur en Syrie

Camille Belsoeur, mis à jour le 03.03.2017 à 17 h 27

Le chef de l'État russe a annoncé cette semaine la reprise de la ville de Palmyre alors que de nombreux observateurs lui reproche de s'en prendre davantage aux rebelles syriens qu'à l'État islamique.

Le président russe Vladimir Poutine à Budapest, le 2 février 2017. ATTILA KISBENEDEK / AFP

Le président russe Vladimir Poutine à Budapest, le 2 février 2017. ATTILA KISBENEDEK / AFP

 Vladimir Poutine ferait sûrement un très bon rédacteur en chef –enfin d'un certain point de vue. Le président russe aime avoir des scoops en exclusivité et le faire savoir. Jeudi 2 mars, Moscou a annoncé de manière surprise la reprise de la ville de Palmyre qui était repassée sous le contrôle de l'organisation terroriste État islamique en décembre 2016, alors que les djihadistes semblaient en difficulté dans la région. «Le Kremlin affirme que les forces syriennes avec le soutien de l'aviation russe se sont emparées de Palmyre», a titré l'AFP.  

Une annonce au grand jour à mille lieux de la guerre secrète menée par des mercenaires russes aux côtés des forces de Bachar el-Assad. En décembre 2015, trois mois après l'entrée officielle de la Russie dans le confit syrien, le journal américain The Wall Street Journal avait rapporté que des soldats russes morts au combat avaient été inhumés en toute discrétion par Moscou qui affirmait alors ne mener que des frappes aériennes depuis sa base de Lattaquié, grande ville du littoral syrien. 

En août 2016, la chaîne britannique Sky News avait également révélé qu'une entreprise militaire privée appelée «Wagner» recrutait des centaines d'hommes et les acheminait vers la Syrie dans des avions de transport militaires russes.

Mission accomplie

Vladimir Poutine est un joueur de poker qui aime dissimuler son jeu à ses rivaux. En Syrie, il alterne coups de bluff et cartes sur table. 

Le président russe a gagné son bras de fer face à ces adversaires occidentaux sur le champ de ruines syrien en donnant une aide décisive au régime de Bachar el-Assad dans la reprise de la ville d'Alep et pour la conquête d'importantes portions de territoires repris aux rebelles syriens dans l'ouest du pays qui correspond à la «Syrie utile» où se concentre la grande majorité de la population et des ressources. 

En mars 2016, il avait même annoncé le retrait du gros de ses troupes déployées dans le pays en estimant que la mission des forces russes était «globalement accomplie». Pourtant, la Russie est toujours très active sur le terrain, comme en témoigne la communication du Kremlin sur la reprise de la ville de Palmyre. 

Mauvaise cible

Depuis le début de son intervention en Syrie, Moscou affirme que sa seule mission est de combattre les djihadistes de l'État islamique et milices syriennes affiliées à al-Qaïda. Mais dès le début de la campagne de bombardements russes en octobre 2015, de nombreux observateurs présents sur le terrain avaient accusé l'aviation russe de viser majoritairement les positions des rebelles syriens modérés. 

«Une forte majorité des frappes aériennes syriennes en Syrie ne visent pas l'État islamique ou des groupes djihadistes affiliés à al-Qaïda, mais ont à l'inverse pris pour cible l'opposition modérée», notait le département d'Etat américain le 7 octobre 2015.

Selon son porte-parole de l'époque, «plus de 90% des frappes que nous avons vu de leur part n'ont pas été menées contre l'État islamique ou des terroristes affiliés à Al-Qaïda»

Un an et demi après ces accusations, la Russie mène toujours le jeu à sa main. Le 1er mars 2017, le commandant en chef des forces américaines engagées auprès de la coalition des Forces démocratiques syriennes a déclaré à l'agence Reuters que l'aviation russe avait pilonné des positions qui étaient contraires aux instructions données par la coalition dans le cadre de frappes contre l'État islamique autour de la ville d'al-Bab au nord-est d'Alep.

«Le rapport des forces a basculé grâce à l’intervention russe».

Fedor Loukianov, rédacteur en chef de la revue Russia in Global Affairs.

Au lieu de viser les combattants terroristes, les avions russes ont en effet visé des milices syriennes soutenues par les États-Unis. 

«Aucune frappe n'a été lancée par l'aviation russe ou de l'armée syrienne dans la région en question», a rétorqué le ministre russe de la Défense. 

«Le rapport de force a basculé»

Pour couvrir sa guerre menée dans l'ombre, qui a donné un avantage décisif à Bachar el-Assad face aux divers groupes de rebelles syriens, la Russie met donc en avant ses victoires remportées sur le groupe État islamique, comme c'est le cas pour la reprise de Palmyre. 

 «Le rapport des forces a basculé grâce à l’intervention russe, expliquait au journal Libération Fedor Loukianov, rédacteur en chef de la revue Russia in Global Affairs. Toute opposition est hors d’état de lui nuire, la question d’un changement de régime par la force ne se pose plus.»

Vladimir Poutine, lui, continue de jouer au poker menteur en Syrie. 

Camille Belsoeur
Camille Belsoeur (127 articles)
Journaliste
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