France

Oui, on vit dans un monde où l’on espère qu’une campagne présidentielle soit sauvée par TF1

Titiou Lecoq, mis à jour le 03.03.2017 à 14 h 32

Pour l'heure, le maintien de la candidature de François Fillon rend les discussions de fond inaudibles. Faudra-t-il attendre le grand débat du 20 mars pour qu'enfin la campagne ne commence?

Ce qui est bien avec la droite française institutionnelle (RPR, UMP, LR), c’est qu’on n’est jamais déçu. Ils parviennent toujours à se surpasser. Mercredi sur internet, c’était la foirefouille aux blagues sur François Fillon, une foir'fouille à laquelle j’ai allègrement participé. Mais comme toutes les blagues ont été faites, on va s’épargner leur redite. 

Trêve donc de galéjade. Parce qu’on rigole, on rigole mais on est sacrément dans la merde. Peu importe vos opinions politiques, il est clair qu’une élection dans laquelle le candidat LR ne peut pas faire campagne pose un problème qui nous concerne tous. D’autant que cette impossibilité contamine au fur et à mesure les autres candidats. Moins de deux mois avant le premier tour, j’hésite même à parler de «campagne». Il se passe un truc, c’est certain. Un truc avec des politiques qui disent des mots. Mais François Fillon n’est pas seulement en train de voler l’élection à son camp, il est également en train de nous en priver. Pour l’instant, on a l’impression que celui ou celle qui l’emportera en mai ne le fera pas sur un programme ou des idées mais presque par forfait des autres. Le maintien de la candidature de François Fillon déséquilibre toute l’élection, fausse tout l’exercice. 

Peut-être que le salut viendra de la télévision. On l’avait enterrée un peu trop vite celle-là. Les primaires se sont largement jouées à la télé, il en sera finalement peut-être de même pour le reste de l’élection. Le débat du 20 mars sur TF1, avec les cinq principaux candidats (ce que Nicolas Dupont-Aignan a qualifié de «viol démocratique» une expression qui devrait suffire à le disqualifier à vie), marquera peut-être le début de la campagne, des échanges d’arguments, des confrontations d’idées. Oui, on vit dans un monde où l’on espère qu’une campagne présidentielle soit sauvée par TF1.  

Bizarrement, je me dis que si cela avait été une campagne classique, elle se serait déroulée sur internet (alors qu’en vrai, ça n’a jamais été le cas en France). Mais vu justement les circonstances exceptionnelles, c’est le média traditionnel qui va peut-être réussir à recentrer le débat, à recadrer suffisamment les choses pour permettre de rendre audibles des problématiques et des programmes. Les mises en scène classiques, traditionnelles sont peut-être ce dont on a besoin au milieu du foutoir actuel. 

Parce qu’on fait des blagues, on rigole, on rigole, mais on rigolera nettement moins le 7 mai à 20h01.

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