France

J'avoue François Fillon commence à m'être sympathique

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 03.03.2017 à 11 h 52

[BLOG] Rien ne l'arrêtera, il ira jusqu'au bout. Et tant pis si ce bout-là signifie la répudiation, signifie l'humiliation, signifie la fin de sa vie politique.

François Fillon en 2014 | European People's Party via Flickr CC License by

François Fillon en 2014 | European People's Party via Flickr CC License by

François Fillon a la rudesse de l'homme des bois que rien n'abat, l'intransigeance obtuse d'un meneur d'homme capable de renverser des situations plus que compromises, la fermeté implacable d'un directeur de pénitencier régnant en maître sur son établissement, l’opiniâtreté d'un capitaine au long cours bien décidé à se jouer des tempêtes... et la douce folie de l'homme qui se sachant perdu n'hésite pas à aller au-delà de sa mort pour mieux périr.

Une sorte de panache suicidaire propre à l'homme revenu de tout.

Là où tant d'autres auraient déjà rendu les armes et seraient rentrés dans le rang avec la docilité d'un garnement surpris en train de fouiller dans les fanfreluches de sa mère, lui, superbe de bravoure et d'insolence, comme un chien bien décidé à ne point relâcher un os longtemps convoité qu'il tient ferme entre ses mâchoires, encaisse les coups sans broncher et redouble de grondements et d'avertissements sans frais.

Il a pris la droite en otage, il la tient en respect, il l'a claquemurée dans le périmètre strict de sa sphère d'influence, il l'a dit, répété, martelé, avec ce langage du forçat préférant la mort à la prison à vie, il ne se rendra pas, point la peine d'insister, il ira jusqu'au bout et tant pis si ce bout-là signifie la répudiation, signifie l'humiliation, signifie la fin de sa vie politique.

Bientôt encerclé et acculé de toutes parts, recherché dans tout le territoire, son image placardée dans chaque commissariat de France et du Mans, il se retranchera en son manoir de Sablé-sur-Sarthe avec femme, enfants et rillettes, sans que personne ne parvienne à lui faire entendre raison.

Ni Sarkozy, ni Juppé, ni Hollande. Ni même sa sainteté le Pape.

Il se tiendra là, déterminé, enragé, enraciné dans une obstination féroce, plein d'une ténacité née de son splendide isolement et de sa certitude d'être dans le vrai, sorte de Capitaine Achab halluciné en quête de revanche élyséenne.

Il se barricadera derrière ses fenêtres soigneusement cadenassées, il débranchera téléphones et postes de télévision, de sa cave il fera monter quelques bouteilles d'Armagnac afin de tenir le coup; s'il le faut, il usera de ses arbalètes et dégommera le premier qui osera s'approcher trop près de son château.

À ce rythme-là, on ira chercher le paternel pour essayer de le raisonner:

«Déconne pas, François, je suis là avec tes frères, tu ne peux pas bousiller ta vie de la sorte, je te promets, t'en auras d'autres des chances de t'installer à l’Élysée, tu peux me faire confiance fiston, tu sais bien que tu as toujours été mon préféré. Pense un peu à ta pauvre mère si elle te voyait dans cette situation-là.»

Peine perdue.

Le fiston a la fièvre au corps, le fiston a largué les amarres, le fiston ne répond plus de rien: cette élection c'est la sienne, personne ne lui volera la victoire, il a la légitimité de la primaire, il dispose des parrainages nécessaires et il a un socle solide comme un bouclier d'airain: si on use de la force pour le déloger, il prendra sa Penelope en otage et l'obligera à travailler nuit et jour pour son compte. Sans la rémunérer cette fois.

Pas même un euro symbolique.

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (103 articles)
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