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Et si Fillon nous faisait une Trump?

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 09.03.2017 à 10 h 12

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À Sablé-sur-Sarthe, le 1er mars 2017. JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP.

À Sablé-sur-Sarthe, le 1er mars 2017. JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP.

Jules César, John F. Kennedy, François Fillon.

Confronté à la perspective d'une mise en examen dans l'affaire de l'emploi fictif présumé de sa femme et de deux de ses enfants, le candidat de droite a dénoncé mercredi, après une matinée surréaliste, un «assassinat politique» de la présidentielle, dans une France qu'il avait déjà décrite il y a quelques jours comme en pleine «guerre civile». Il a maintenu sa candidature à une fonction qui, selon l'article 64 de la Constitution, suppose d'être «garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire». Dans cette présidentielle décidément folle (au sens clinique du terme), il paraît de plus en plus mal placé, face à une extrême droite toujours extrême et un centre en lévitation.

Sauf que, en voyant les premières défections dans son camp (Bruno Le Maire, Pierre Lellouche, Yves Jégo...) et les critiques de la presse, j'ai repensé aux événements du deuxième week-end d'octobre, de l'autre côté de l'Atlantique. Le 7 octobre, le Washington Post révélait l'existence d'une vieille cassette montrant Donald Trump parlant en termes extrêmement crus des femmes, suggérant notamment qu'il aimait les «attraper par la chatte». Le candidat était cuit: l'électeur républicain, de ce côté-là de l'Atlantique, est supposer détester autant les frasques sexuelles que l'électeur Les Républicains, de ce côté-ci, le gâchis d'argent public. Archicuit: les lâchages commençaient chez les élus, et ses propos étaient condamnés jusqu'au sommet du parti –y compris par Reince Priebus, actuel chef de cabinet de la Maison-Blanche. Tellement cuit qu'on se disait qu'il n'était pas exclu qu'il se retire.

Un mois plus tard, il était élu président des États-Unis. Il a perdu le vote féminin face à Clinton dans des proportions quasiment inégalées –et a perdu le vote populaire tout court. Il est bien plus impopulaire chez les femmes que chez les hommes. Mais il a fait ce qu'il avait besoin de faire pour gagner: l'emporter à l'arrachée dans les États décisifs.

Fillon peut connaître le même destin. Pour être élu, il n'aura a priori pas besoin d'atteindre 51% ou 52% en duel face à un candidat d'un parti de gouvernement. Il aura besoin de les récolter face à Marine Le Pen. Un face-à-face plus incertain qu'on ne pourrait le croire, car l'électorat de gauche sera dur à mobiliser; mais ce même électorat s'était mobilisé en masse, en 2002, pour voter pour Jacques «Supermenteur» Chirac, car il savait que, derrière les figures des deux candidats, on trouvait deux visions différentes –et qui le restent encore aujourd'hui– de la démocratie française. Et pour atteindre ce second tour, il n'aura pas besoin de 30%, 35% ou 40% des voix au premier, mais de 25%, c'est à dire de reconquérir quelques points par rapport à son niveau actuel.

La situation électorale de Fillon paraît aujourd'hui grave. Mais souvenez-vous que mi-octobre, alors que Trump était en pleine tourmente médiatique, la presse américaine s'interrogeait sur le scénario d'un raz-de-marée électoral en faveur de Clinton.

Ce texte est paru dans notre newsletter hebdomadaire consacrée à la crise de la démocratie. Pour vous abonner, c'est ici. Pour la lire en entier: 

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (918 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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