France

Récit de la matinée où les journalistes politiques ont failli devenir fous

Vincent Manilève, mis à jour le 01.03.2017 à 14 h 23

Les rebondissements commencent tôt le matin, et s'achèvent par l'annonce d'un «assassinat» de l'élection présidentielle.

François Fillon, le 1er mars 2017 à Paris. Christophe ARCHAMBAULT / AFP

François Fillon, le 1er mars 2017 à Paris. Christophe ARCHAMBAULT / AFP

Les fans de la série House of Cards, impatients de découvrir la prochaine saison, peuvent se consoler avec la variante française, House of Sarthe. La matinée du mercredi 1er mars, si elle n'a rien apporté de renversant dans la campagne électorale, a été particulièrement riches en rebondissements: après des heures de rumeurs et de spéculations, François Fillon a annoncé sa volonté de continuer sa campagne, et ce malgré sa prochaine mise en examen.

Tout a commencé tôt le matin au Salon de l'Agriculture. Ce passage obligé des personnalités politiques s'était transformé en piège pour François Fillon, mis à mal par l'enquête autour des soupçons d'emplois fictifs. Alors que son arrivée était prévue pour 8 heures, un communiqué annonce l'annulation de la visite au dernier moment, sans donner d'explication. Son équipe sur place, ainsi que son chargé de communication, n'étaient alors pas au courant et n'a pas su quoi répondre aux journalistes qui l'attendaient. «J'espère que ce n'est pas pour une raison de sécurité», «je ne sais pas», a lancé Jérôme Chartier, proche du candidat, en apprenant l'information en direct sur France Inter. «Désolée de ne pas vous avoir prévenu plus tôt», explique la conseillère presse du candidat à l'équipe, par SMS, selon le JDD. «En attendant nous restons silencieux et nous vous recommandons d'éviter toutes conjectures sur les raisons du report.»

On annonce également une prise de parole depuis le QG de campagne à 12h puis l'annulation de la réunion des parlementaires LR. Dès lors, la course aux spéculations est lancée. Un membre de la campagne confie à un journaliste Marianne: «Ce serait dingue qu'il annonce son retrait à midi. Dingue mais possible, tout est possible.» «J'ai la conviction que si François Fillon arrête, ce serait l'apocalypse», estime Laurent Wauquiez, vice-président du parti LR. Henri Guaino, également candidat à l'élection présidentielle, estime que François Fillon «ne peut plus faire campagne».  

Une heure à peine après l'annonce sur le Salon, le JDD écrit: «Le candidat a été convoqué par les juges, selon des sources proches de l'ancien Premier ministre», en vue d'une possible mise en examen. Une convocation à laquelle il peut refuser de répondre, comme l'a fait Marine Le Pen, mais qui donne un nouveau tournant à la matinée, d'autant plus qu'un journaliste de Mediapart annonce le placement en garde à vue de Penelope Fillon.

Très vite pourtant, l'information de Mediapart, reprise par de nombreux médias français et étrangers, est démentie: Penelope Fillon est bien chez elle. Trop tard: les portes de la rumeur sont grandes ouvertes et un capharnaüm d'une intensité rare au sein des rédactions se met en place. On pense alors que le directeur de campagne a remis sa démission, qu'une perquisition est en cours au domicile du couple, ou encore que l'arrivée de François Baroin au QG de campagne est un signal annonciateur. Seule la convocation en vue d'une mise en examen le 15 mars prochain semble se confirmer.

On sait également à ce moment-là que le candidat s'est entretenu avec son ancien rival, Alain Juppé, arrivé second lors de la primaire du parti. Si ce dernier a expliqué ne pas vouloir s'exprimer sur la teneur des échanges, des rumeurs (encore elles), laissent penser qu'il sera aux côtés de François Fillon lors de sa prise de parole. Pour lui passer le flambeau? Chez les journalistes, l'hypothèse d'un retrait se précise. Au QG et chez ses supporters, l'incertitude et l'ambiance ont rarement été aussi étranges.

Finalement, après un retard de près de trente minutes, François Fillon apparaît sur scène, sans Alain Juppé. Après avoir confirmé sa convocation et sa mise en examen, il réaffirme néanmoins sa volonté de rester dans la course. «Je ne me rendrai pas. Je ne me retirerai pas.»

«C'est un assassinat politique. Mais ce n'est pas moi seulement qu'on assassine, c'est l'élection présidentielle. [...] C'est la voix de millions d'électeurs qui est muselée. [...] Je ne reconnais pas les faits. [...] Contrairement à ce qui a été dit, je n'ai pas été traité comme un justiciable comme les autres. L'Etat de droit a été systématiquement violé. Je ne reconnais pas les faits, je n'ai pas détourné d'argent public.»

Un discours qui fait taire les rumeurs de la matinée, mais qui demeure hallucinant quand on se souvient qu'il a expliqué fin janvier qu'il se retirerait s'il était effectivement mis en examen. Une déclaration qui a d'ailleurs poussé, en début d'après-midi, Bruno Le Maire à démissionner du poste de représentant du candidat pour les affaires européennes et étrangères. 

François Fillon, qui s'est offert une jolie tribune pour se défendre, va pouvoir retourner à sa tumultueuse campagne; les journalistes eux, vont enfin pouvoir aller déjeuner. 

Vincent Manilève
Vincent Manilève (351 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte