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«Et à chaque fois, après nous être revus 1, 2 ou 3 fois pour faire l'amour, je lui dis que je préfère arrêter»

Lucile Bellan, mis à jour le 28.02.2017 à 14 h 19

Cette semaine, Lucile ne conseille pas une personne, mais deux. Soit Simon et Claire, un couple d'amants pris dans un cercle sans fin de ruptures et de réconciliations. Ils confient chacun leur version de leur histoire.

Faire l'amour | d'Egon Schiele via Wikimedia Commons License by

Faire l'amour | d'Egon Schiele via Wikimedia Commons License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.
Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse:[email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Je m'appelle Simon,

J'ai 39 ans et 2 enfants, de 6 et 9 ans. Je vis en couple avec mon épouse depuis l'âge de 20 ans.

Avec Claire, une parent d'élève de l'école maternelle de mon fils, nous nous lancions des regards, quand nous nous croisions à l'école, en voiture ou bien encore dans un commerce. Puis, un jour, en septembre 2014, Claire m'a abordé à la sortie de l'école, me demandant si je travaillais bien non loin de son travail et si je pourrais la prendre au garage où elle devait déposer sa voiture, pour ensuite l’amener à son travail. Elle m'a donné son numéro de téléphone. J'ai alors profité de l'occasion pour lui écrire un SMS dès mon arrivée au travail, et j'ai commencé à engager la discussion.

Nous nous sommes vus au restaurant une première fois, et, quelques jours après, j'ai été chez elle. Nous nous embrassés, puis nous avons fait l'amour.

J'ai alors été pris de culpabilité et je lui ai dit que nous devions arrêter. Ce fut la 1re séparation d'une longue série. Dans la matinée même de notre séparation, je lui ai envoyé un SMS. Nous avons discuté puis nous nous sommes revus.

Et nous avons refait l'amour.

Depuis lors, les séparations se sont multipliées, nous devons en être à une dizaine, plus ou moins. À chaque fois, le même schéma se répète, au bout de quelques, jours ou semaines (le temps s'allonge au fil de nos séparations successives), Claire finit par me recontacter par SMS et là tout s'enclenche: des SMS pour prendre des nouvelles, «gentils», puis un peu plus tendres, puis carrément coquins, et enfin, nous nous revoyons une première fois, nous nous embrassons et nous faisons l'amour. Et après nous être revus 1, 2 ou 3 fois pour faire l'amour, je lui dis que je préfère arrêter....

«J'ai envie d'arrêter mais je la désire toujours, c'est évident. À partir du moment où elle me recontacte, je ne sais pas dire non, je suis faible et lâche»

Etc, etc, et ceci depuis plus de deux ans maintenant. Si j'ai voulu cette relation au début, c'est que ce jeu de regards me plaisait. J'avais envie d'être désiré et de désirer. Il faut aussi préciser que mon épouse a été ma première partenaire sexuelle. Depuis l'adolescence, je n'ai jamais été à l'aise avec les filles, j'ai toujours été timide, et toutes les filles avec qui je suis sorti, ce sont elles qui m'ont abordé, jamais moi. Maintenant, j'ai nettement plus de confiance en moi, et je suis moins timide. Notre relation n'a jamais de fin. Je sais que Claire souffre beaucoup à chacune de nos séparations. Je lui ai toujours dit, depuis le début, que je ne quitterai jamais ma femme. Je m'entends bien avec elle, nous avons les mêmes principes de vie, nous nous disputons rarement.

Mais il est vrai que nous avons peu de rapports sexuels, ma femme me dit qu'elle n'en éprouve pas plus d'envie que cela.

D'un point de vue sexuel avec Claire, cela a été une découverte. C'est merveilleux lorsque nous faisons l'amour ensemble. J'ai toujours pensé que j'étais nul au lit et Claire m'a rassuré de ce point de vue, m'a donné de la confiance. Et je vois qu'elle prend du plaisir avec moi, même si cela me paraît encore incroyable.

Et puis, nos échanges de SMS et nos discussions sont agréables, nous parlons culture, actualité, de nos vies, de nos amis. Nous rions ensemble. Bref, comme je lui ai dit, j'ai envie d'arrêter mais je la désire toujours, c'est évident. Et à partir du moment où elle me recontacte, je ne sais pas dire non, je suis faible et lâche.

Simon

Je m'appelle Claire,

J'ai 39 ans. Je suis veuve, mon mari étant décédé d'un cancer il y a quatre ans et demi. J'ai 2 enfants de 7 et 11 ans.

J'ai lu le témoignage de Simon sur notre histoire, il souhaitait que nous écrivions tous les deux. C’est vrai, nous sommes désemparés... Quand je l'ai abordé, c'était effectivement à la suite de regards et de sourires. Le motif de la voiture était une excuse pour lier le contact.  Je suis allée vers lui aussi car je le croyais seul, divorcé voire veuf comme moi. Je ne le voyais jamais accompagné et il était seul aussi aux fêtes de l'école... Je n'ai jamais pensé que les choses iraient si vite.  Pour tout dire, c'était la première fois que j'abordais un homme de cette façon... Deux ans après le décès de mon mari, j'ai été moi aussi malade. Ces deux terribles épreuves ont changé ma façon de voir la vie.

Je sentais bien que quelque chose se passait entre nous et je ne pouvais pas imaginer laisser les choses filer et ne pas être actrice de ma vie. La façon dont Simon est rentré dans le jeu n'a fait que confirmer l'attirance réciproque que nous avions. Au bout de deux ou trois jours, j'ai appris qu'il était marié. Il me pensait mariée aussi. Ce fut une très mauvaise nouvelle pour moi... L'histoire de séduction du départ se compliquait et je me sentais assez mal à l'aise avec ce contexte.

Simon a été très clair dès le départ et m'a dit qu'il ne quitterait jamais sa femme, qu'il ne s'attacherait pas. Et on a beaucoup discuté sur notre future relation, je lui reprochais de ne l'envisager que comme un CDD alors que moi je souhaitais la vivre pleinement, peu importe si elle avait un avenir ou pas. Je ne voulais pas qu'on la vive à moitié en se disant cela va finir dans une semaine, un mois ou un an.

L'histoire ne faisait que débuter et je sentais pourtant déjà son côté irrésistible... L'intensité ne s'est pas fait attendre, que ce soit pour notre premier déjeuner ou lorsque nous avons fait l'amour pour la première fois... J'étais pourtant très proche de mon mari et notre relation était complète. Mais ce que je vis avec Simon est différent, c'est comme si je m'étais révélée. Une femme épanouie et assumée dans ses bras… et puis des sensations physiques incroyables: l'accélération de mes battements de coeur, des bouffées de chaleur, avoir l'impression de vibrer littéralement... Je n'avais jamais ressenti ça avant et bien entendu, l'attachement et les sentiments ont très vite pris le dessus.

«À chaque séparation, j'ai face à moi une décision de rupture que j'entends mais tous les autres signaux que je reçois sont des signaux d'amour»

Notre relation est intense aussi dans les nombreux messages que nous nous envoyons (parfois des centaines par jour) et qui ont créé une forte complicité. De là, la situation s'est compliquée, Simon se sentait très coupable vis-à-vis de sa femme et de sa famille... Je le comprenais bien entendu, d'autant que sa situation ne me laissait pas du tout indifférente. Il devenait distant et froid avec moi et je l'interprétais souvent à l'époque comme de la méchanceté. On s'écrivait des messages terribles conduisant inexorablement à une séparation. Mais loin de lui, je suffoquais et je suffoque toujours. Simon le sait pertinemment et il s'en veut de me rendre malheureuse. Alors c'est vrai, j'ai réécrit.… quasi systématiquement. Et il m'a toujours répondu assez vite à chaque fois.

Et le schéma qu'il décrit s'est reproduit indéfiniment jusqu'à aujourd'hui. Au départ, je me suis souvent sentie comme niée ou effacée. Il a souvent été très dur avec moi sur sa vision de notre relation. Petit à petit j'ai appris à le décoder. Il se sent pris entre deux chaises, même si pour lui, il ne s'autorise pas à choisir autre chose que ce que lui dicte sa morale.

Notre relation dure depuis deux ans et demi. Ce n'est pas une aventure. C'est une belle histoire, née au milieu d'autres histoires malheureusement. Cette relation a largement évolué au fur et à mesure. Quoiqu'en dise Simon, il a changé de comportement à mon égard. Il se tourmente beaucoup des souffrances que je peux ressentir, je le sens moins radical dans la perception des choses et même s'il est vrai que c'est moi qui réécris tout le temps après nos séparations, il est devenu lui aussi moteur à sa manière de notre relation.

À chaque fois qu'il me quitte, Simon n'est pas clair. Il ne m'a jamais dit, je te quitte car j'aime ma femme et je veux reconstruire ma vie avec elle. Systématiquement, les raisons étaient: il le faut, non je ne quitterai jamais ma femme, je ne la quitterai pas à cause de mes principes et toujours entre parenthèses (ou par lâcheté?). À quoi bon parler sentiments puisque nous deux ce n'est pas possible... ça nous ferait plus de mal encore.

À chaque séparation, j'ai donc face à moi une décision de rupture que j'entends mais tous les autres signaux que je reçois sont des signaux d'amour. Lorsque l'on se croise après une séparation devant l'école ou ailleurs, il continue à chercher mon regard. Son regard est toujours aussi intense et me trouble. Alors je résiste, j'essaie de lutter. J'ai l'impression d'être en permanence en lutte avec moi-même. Je voudrais tellement réussir à respecter son choix mais je n'y parviens pas car ce n'est pas moi.

La vie est tellement courte que je ne supporte pas de passer à côté de notre si belle histoire, de tout ce que l'on partage. Et puis je vois bien que les sentiments sont partagés. On n'en serait pas là aujourd'hui. II s'était tellement conditionné à vivre cette histoire comme une parenthèse que seule une relation intense (émotionnellement et sexuellement) a pu chambouler les prévisions. Alors, après une rupture, je tiens de plus en plus longtemps c'est vrai mais je craque aussi systématiquement. À un moment donné, il y a quelque chose que je ne maîtrise pas qui monte en moi et me fait écrire. Je me suis même obligée à rencontrer quelqu'un pour essayer de l'oublier mais je n'y parviens pas évidemment, je l'ai trop dans la peau.

Claire

Chers Simon et Claire,

Une histoire pareille qui dure, c’est soit de la faiblesse (celle dont parle Simon quand il dit qu’il veut y mettre fin mais ne trouve pas le courage de s’y tenir) soit la preuve d’une force considérable (en acceptant de concilier toutes ces vies et ces amours). Rien n’est impossible, encore faut-il en avoir envie. Et j’imagine combien il est difficile de se séparer de quelqu’un, avec qui les sentiments et la passion sont partagés, uniquement pour des raisons de bonne conscience.

Les histoires d’amour sont aussi affaire de timing et de disponibilité. Simon, c’est à vous de décider de votre disponibilité pour Claire et pour votre femme. Ce choix est capital et il n’y aura pas de mauvais choix ni de mauvaise raison, ce seront les vôtres, c’est tout. Et Claire doit l’accepter. Parce que vous ne pouvez pas continuer comme ça: cette relation passionnelle est aussi une histoire en pointillés qui vous pompe toute votre énergie de ruptures en réconciliations.

«Simon, vous êtes jeune, pourquoi vous faire violence et vous enfermer dans une certaine idée de ce que le couple doit être?»

Si depuis deux ans et demi, vous n’arrivez pas à vous détacher vraiment l’un de l’autre, il est peut-être temps d’accepter que vous pouvez et devez jouer selon vos propres règles. Lutter contre ses sentiments n’a pas de sens. Les assumer et construire sa vie en accord avec ses envies me paraît être une façon plus saine de construire son avenir. Simon, vous êtes jeune, pourquoi vous faire violence et vous enfermer dans une certaine idée de ce que le couple doit être? Claire semble prête à faire des concessions. C’est une question d’imagination. Et une question de courage aussi.

En écrivant à deux, vous semblez avoir déjà conscience que rien n’est fini, qu’il y a quelque chose à faire là. Mais quoi? C’est à vous d’en parler, de poser vos limites, d’intégrer la femme de Simon ou pas (mon conseil sera toujours d’informer le conjoint, ne serait-ce que pour une question de respect), de construire le couple que vous voulez former (et que vous êtes déjà au fond). C’est ma réponse et ce n’est pas le chemin le plus facile. Simon, j’espère que vous n’attendiez pas de moi que je préconise la rupture histoire de vous faciliter la tâche. Je crois qu’en amour, il faut du courage. Et Claire n’a pas à en avoir pour deux.

Lucile Bellan
Lucile Bellan (141 articles)
Journaliste
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