France

Le programme de Macron est raisonnable, faisable... Est-ce qu'il manque de flamme?

Eric Le Boucher, mis à jour le 26.02.2017 à 17 h 02

Le Macron concret est sans aspérité, sans envolée, sans vigueur, il a du centre l’absence de saveur. Macron ne fait pas pschitt, il fait plouff.

Emmanuel Macron à Saint-Priest-Taurion, le 25 février 2017 PASCAL LACHENAUD / AFP

Emmanuel Macron à Saint-Priest-Taurion, le 25 février 2017 PASCAL LACHENAUD / AFP

C’est tout vu d’avance avec le programme économique d’Emmanuel Macron. La droite va l’accuser de faire du Hollande, dont il a été l’inspirateur à l’Elysée. La gauche va l’accuser de faire du Juppé, réformes, économies budgétaires, suppression de postes de fonctionnaires. Ces deux accusations comportant une part de vérité, son compte est bon, le voilà étiqueté par les deux camps d’être un adversaire, l’adversaire.

La semaine où François Bayrou le rallie, publier un programme pile au centre est une confirmation de positionnement. Sur le curseur, il n’est donc ni droite ni gauche, comme annoncé. Emmanuel Macron est au milieu. Il donne à droite, 60 milliards d’économies, et à gauche, un plan d’investissement, à droite une baisse d’impôts sur le capital et à gauche l’exonération de la taxe foncière pour 80% des ménages. Etc. Chaque kiloeuro mis sur un côté du plateau de la balance est compensé par un autre à l’opposé.

Tiédeur

Du coup, en plus des critiques politiques des deux bords, s’ajouteront celles des caporaux des médias: tout ça fait plat. Le milieu est ennuyeux. L’équilibre fait pesé. Le jeune candidat jusqu’ici dans les hauteurs divines tombe dans le marais dès qu’il faut passer à l’étape concrète. Le Macron concret est sans aspérité, sans envolée, sans vigueur, il a du centre l’absence de saveur. Macron ne fait pas pschitt, il fait plouff.

Sans doute passer des confessions christiques à la CSG, de la passion de l’avenir, à la raison du présent est un grand plongeon. On peut regretter que le fondateur d’En Marche! n’ait pas prévu des étapes intermédiaires pour nous aider à passer des étoiles à la boue, de la France de l’espérance au centre gris. Il y avait un défaut de programme dans le Macron d’hier, il y a un défaut de présentation des lignes de force dans celui-ci.

Le plan proposé dans l’interview aux Echos est parfait. Les chiffres sont réalistes, les mesures réfléchies, le cadrage solide. Intelligent et possible, en marche, pas à courre. De la très belle ouvrage d’un réformiste inspecteur des finances. Tout cela se tient très bien. Mais il est vrai qu’on en cherche l’architecture et le sens. Etre au milieu ne dit pas où on va. «Je veux construire un nouveau modèle de société et une nouvelle économie. Contrairement à François Fillon, je ne crois pas dans la purge et le rétablissement du pays contre lui-même. Je pense plutôt au changement du pays en responsabilisant chacun des acteurs», a dit Macron. C’est un peu court. 

Tout y est pourtant. Essayons rétablir ces lignes de force. Il y en a trois.

Europe, croissance, formation professionelle

La première est l’Europe. Elle est fondamentale d’abord parce Emmanuel Macron est le seul candidat aujourd’hui à continuer d’affirmer que l’Europe est notre avenir. Pour les autres c’est l’ennemi, au mieux: un poids qu’il faut alléger. Cet engagement européen devrait lui rallier une large fraction de l’opinion CSP++, qui pense encore comme lui. Il est juppéiste en effet de ce point de vue. Il est beaucoup plus euromoteur que ne l’aura été Hollande. L’Europe est la pierre angulaire du projet: pour faire avancer l’Union, il faut convaincre les Allemands de notre sérieux budgétaire, d’où le respect du 3% du déficit. Tous les autres chiffres, les 60 milliards d’économies, sont polarisées par cet objectif. Macron l’Européen. Il assume. C’est clair, c’est unique et c’est bien.

La deuxième ligne est d’encourager la croissance par une libération du capital, en clair une baisse des taxes. C’est le Macron attalien, le Macron tel qu’il fut ministre. Nous sommes entrés dans une ère schumpétérienne, le «nouveau modèle», il faut que le bouillonnement des start-up reconstruise le tissu productif français il faut s’attaquer aux rentes par la concurrence.

Dernière ligne: la formation et la sécurité professionnelle. C’est le Macron Sennien (Amartya Sen, économiste prix Nobel 1998), il cesse de défendre les statuts pour équiper les individus à affronter les bouleversements inévitables. On aurait pu attendre des mesures plus radicales sur le sujet de l’éducation au sens large: peut-être cela viendra-t-il. On aurait pu attendre aussi plus sur l’encouragement à la mobilité, donc sur les politiques de la ville et des territoires, cela viendra aussi peut-être.

Voilà aujourd’hui la macro de Macron. Il est européen, raisonnable, faisable.

Manque de flamme? Si on revient sur ce passage des étoiles à la boue, trop rapide, on se dit que l’exercice n’était pas simple à faire au cours d’une seule interview. Surtout, Macron s’en prend aux racines du mal français, l’immobilisme des rentes et des statuts. Proposer l’Europe plutôt que la nation, la mobilité plutôt que la protection, l’entrepreneuriat plutôt que l’étatisme, ce n’est pas aller au sens du vent. Un exercice pédagogique d’un Macron à la Mendès. Il reste deux mois avant le scrutin.

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (534 articles)
Journaliste
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