Culture

«Je suis un acteur arabe, on m'a proposé d'auditionner pour le rôle de terroriste une trentaine de fois»

Repéré par Mélissa Bounoua, mis à jour le 27.02.2017 à 18 h 36

Repéré sur The Independent

Amrou Al-Kahdi est acteur depuis qu'il a douze ans. Depuis son premier grand rôle dans «Munich» de Steven Spielberg, les rôles qu'on lui propose se ressemblent cruellement.

Affiche du film «Munich» de Steven Spielberg

Affiche du film «Munich» de Steven Spielberg

Jouer pour Steven Spielberg est un bon début de carrière. Amrou Al-Kahdi a eu son premier rôle d'importance dans Munich, il avait 14 ans. Il y jouait le fils d'un terroriste islamiste. «Autant dire que c'était un départ explosif pour l'industrie du cinéma». Diplômé de Cambridge en Angleterre, à 26 ans, il signe aujourd'hui une tribune dans le quotidien britannique The Independent pour dire à quel point les rôles qu'on lui propose sont caricaturaux.

«On m'a envoyé près de trente scénarios pour lesquels on voulait que je joue un terroriste. Les rôles sont variés: d'“homme barbu étrange dans le métro” à “musulman qui cache ses bombes dans une burka” (...) Mes origines arabes m'ont permis de me rendre compte de l'affreux profilage racial qui sévit dans ce milieu.»

Il le constate aussi dans les films et séries qu'il regarde:

«Quand les personnages ne sont pas explicitements liés au djihadisme, la plupart des rôles de personnages aux origines arabes servent d'adversaires aux héros blancs. La série de la BBC acclamée par la critique The Night Manager m'a rappelé ces difficultés que je rencontre dans ma carrière –en regardant, il m'a semblé évident que les personnages arabes n'étaient que des obstacles qui ralentissaient l'avancée d'un casting fait de Blancs.»

Il évoque alors ses frustrations à une directrice de casting qui l'encourage à «utiliser ses orignes», qu'elle qualifie de «carte à jouer» et lui explique que ces rôles peuvent être une bonne chose pour sa carrière. 

«C'est vrai que depuis le 11-Septembre, il y a plus de rôles pour des acteurs arabes qu'auparavant. “Hourra”, disent-ils. “Réjouis-toi de toutes ces possibilités de travail. Enfin, les Arabes ont une place à Hollywood.” Pas au centre de l'écran biensûr, mais à la marge, là où l'on ne voit pas les visages, enclanchant une détonateur pendant un homme blanc connu se démène et gagne un Oscar au passage. (...) C'est déprimant de dire qu'American Sniper est l'un des films les plus vus de l'histoire, qui a rapporté 500 millions de dollars de bénéfices, et où Bradley Cooper (encore un homme blanc) tuent des personnages arabes sans noms pendant plus de deux heures.»

Aussi jeune réalisateur, il veut croire que, lors des Oscars qui ont lieu ce dimanche 26 février, Moonlight, un film sur un jeune homme noir et gay qui n'est pas bourré de clichés, pourra remporter quelques statuettes. Avant de conclure:

«Je crois sincèrement que si la télévision et l'industrie du cinéma s'étaient davantage appliqués à représenter des personnages arabes, la xénophobie ne serait pas la pandémie que c'est aujourd'hui. En tant que personne arabe vivant en Occident, je ressens chaque attaque islamophobe de Donald Trump et Marine Le Pen –ou la défense silencieuse de Theresa May– comme un coup personnel et effrayant. Hollywood ne devrait pas être complice. Plus que jamais, nous avons besoin que le cinéma fasse son seul boulot: éclairer les identités ignorées.»

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