Monde

Afghanistan: la dernière chance

Françoise Chipaux, mis à jour le 02.12.2009 à 13 h 28

Obama a peu de moyens de peser sur le gouvernement Karzai et une influence aussi limitée sur le pouvoir pakistanais.

La tentative de la dernière chance. En décidant d'envoyer 30 000 soldats supplémentaires en Afghanistan, le président Barack Obama donne à ses généraux les ressources pour reprendre l'initiative face aux talibans. Mais en annonçant le début du retrait dans dix huit mois, il signale au gouvernement afghan que l'effort des Etats-Unis a des limites et que Kaboul doit prendre ses responsabilités dans la défense du pays. A l'adresse d'une opinion américaine de plus en plus sceptique face à une guerre dont le coût humain et financier ne cesse d'augmenter, le  président Obama a été clair: «je suis convaincu que notre sécurité est en jeu en Afghanistan et Pakistan. C'est l'épicentre de l'extrémisme violent pratiqué par Al Qaida».

Les trois points de la stratégie annoncée par le président Obama -un effort militaire pour accélérer la transition aux forces afghanes, un accroissement de l'aide civile et un partenariat effectif avec le Pakistan- laisse toutefois de nombreux points d'ombre. Avec près de 150 000 hommes, les troupes de l'Otan seront bientôt plus nombreuses que les troupes soviétiques à leur pic (118 000) et rien ne garantit que l'emploi de la même stratégie -la protection des centres urbains et des axes routiers- réussira cette fois-ci. Barack Obama fait de l'augmentation des forces de sécurité afghanes, le point central de sa stratégie, mais il n'explique pas comment il surmontera les obstacles rencontrés depuis plusieurs années: une corruption effrénée à tous les échelons, un taux de départ élevé, un très fort analphabétisme, un ressentiment grandissant entre les soldats afghans et leurs mentors étrangers etc... En voulant aller vite, la qualité risque comme c'est déjà le cas d'être sacrifiée à la quantité avec le danger déjà présent d'une infiltration des insurgés dans les forces de sécurité.

Le désir légitime du président Obama de mettre le gouvernement afghan devant ses responsabilités et de créer en son sein un sentiment d'urgence en décidant des premiers retraits américains en dix huit mois pourrait jouer contre les buts de Washington. Les nombreux adversaires des Etats-Unis vont maintenant être tentés de s'organiser dans l'attente des premiers départs américains. De plus le président américain a peu de moyens efficaces de peser sur les décisions du président Hamid Karzai. «Le temps des chèques en blanc est fini» a déclaré le président mais si le sort de la guerre est lié à celui du gouvernement afghan, les Etats-Unis ont peu de moyens concrets d'avoir de l'influence sur celui-ci. Les séquelles des querelles post élection qui ont opposé le président Karzai à certains hauts responsables de l'administration américaine risquent de compromettre la coopération nécessaire à la bonne marche des opérations.

Enfin le partenariat proposé au Pakistan s'inscrit dans un contexte violemment antiaméricain sur le terrain. Le temps nécessaire à créer un climat de confiance entre Washington et Islamabad manque. Sa proximité avec Washington a fragilisé le président pakistanais Asif Zardari et l'armée continue à regarder avec suspicion tout ce qui vient des Etats-Unis. La marge de manœuvre américaine au Pakistan est d'autant plus étroite que toute action directe dont la menace est évoquée par le président Obama risque d'enflammer le pays. Les éléments de nature à infléchir la vision de l'armée pakistanaise -un assouplissement indien sur le Cachemire par exemple ou un retrait de l'intérêt indien en Afghanistan- ne dépendent pas du président Obama.

En adoptant un compromis entre la guerre sans limites et un retrait rapide et honteux, le président Obama veut donner une nouvelle chance à un conflit qu'il estime nécessaire. Mais les huit dernières années de promesses non tenues et une occupation parfois meurtrière ont sans doute compromis à jamais la possibilité de remettre l'Afghanistan sur la voie de la paix et du développement, seule à même de garantir l'exclusion définitive d'Al Qaida.

Françoise Chipaux

Nos derniers articles sur l'Aghanistan: Obama: La guerre en Afghanistan «n'est pas perdue», Afghanistan: Obama contre Obama, Afghanistan: il faut plus de soldats (peut-être) et La corruption des Karzaï fera perdre la guerre.

Image de Une: Un policier afghan a un carrefour Omar Sobhani / Reuters

 

Françoise Chipaux
Françoise Chipaux (84 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte