France

Fonction publique: ce qu’en disent les principaux candidats

Christophe-Cécil Garnier, mis à jour le 28.02.2017 à 16 h 52

Suppressions ou créations de postes, revalorisation du salaire... La fonction publique représente un des thèmes de campagne de l’élection présidentielle.

GUILLAUME SOUVANT / AFP

GUILLAUME SOUVANT / AFP

En France, les travailleurs dans la fonction publique représentent 20% du total des emplois de la population active, soit un peu plus de 5,4 millions de personnes. Mais le nombre de fonctionnaires, c’est-à-dire les personnes travaillant dans le public et qui relève de ce statut si particulier synonyme de sécurité de l’emploi –une situation actée en 1946 par Maurice Thorez– est de 3,8 millions de Français.

En 2014, la fonction publique de l’État était la plus grande pourvoyeuse d’agents (2,4 millions), devant la fonction publique territoriale (1,9 million) et la fonction publique hospitalière (1,1 million). Depuis la fin de la guerre et la promulgation de la loi «relative au statut général des fonctionnaires», la France a multiplié son nombre de fonctionnaires par six.

Cette situation d’emploi bien particulière engrange son lot de critiques. En 2015, 55% des Français considéraient qu’il y avait «trop» de fonctionnaires et 62% étaient favorables à la suppression de l’emploi à vie pour eux. En conséquence, la fonction publique représente un thème très abordé par les candidats à l’élection présidentielle de cette année.

1. Emmanuel Macron

120.000 suppressions de postes

«Nous devons être fiers de notre fonction publique et la libérer, la laisser inventer», avait déclaré le candidat d’En Marche! en décembre dernier, lors d’un discours à Versailles. Il avait annoncé sa volonté de «simplifier la structure administrative, pousser la décentralisation avec plus d'autonomie pour les universités, (…) les établissements scolaires et (…) les hôpitaux».

Mais fin février, l’ancien ministre de l’Économie a détaillé son «cadrage économique» dans Les Échos pour son futur quinquennat. Outre ses promesses de réaliser 60 milliards d'euros d'économie sur les dépenses publiques et de lancer un plan d'investissement public de 50 milliards, il estime par ailleurs «possible» de supprimer 120.000 postes de fonctionnaires (70.000 des collectivités, 50.000 de l’État):

«Ce n’est pas un objectif mais un référentiel, ce sera aux ministres de faire des choix.»

S’il a concédé des «non-renouvellements qui peuvent être faits dans d'autres secteurs et qui sont inévitables parce qu'on va moderniser» sur Radio Classique, Emmanuel Macron a également assuré que d’autres postes seront créés dans cette même fonction publique. Il souhaite créer 12.000 postes d’enseignants pour les classes de CP et CE1 et veut qu’en réseau d’éducation prioritaire (REP), l’État attire «les meilleurs enseignants en les payant mieux [ou d']augmenter le nombre d'heures d'enseignement».

L’ancien fonctionnaire – il a démissionné de l’Inspection générale des finances en novembre 2016– veut aussi embaucher 10.000 fonctionnaires de police et de gendarmerie, en plus des 9.000 déjà prévus par le gouvernement actuel (et il souhaite restaurer la police de proximité), selon l’IFRAP, la fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques. Il a également promis de ne pas supprimer de postes dans la fonction publique hospitalière «qui en a besoin».

L’ancien ministre de l’Économie avait pourtant confié en septembre 2015, lors d’une conférence organisée par le think tank «En Temps réel», que le statut des fonctionnaires n’était «plus adapté au monde tel qu’il va» et «surtout plus justifiable».

De plus, il souhaite rétablir le délai d'un jour de carence pour les fonctionnaires (aucun actuellement contre trois pour les salariés privés), une mesure instaurée lors du mandat de Nicolas Sarkozy en 2011, puis supprimée par la gauche en 2013.

2. Jean-Luc Mélenchon

Une revalorisation du salaire des fonctionnaires

Le candidat du mouvement la France insoumise souhaite lui une revalorisation du salaire des fonctionnaires. La promesse est inscrite dans les «10 mesures emblématiques» de son programme. Son porte-parole, Alexis Corbière, a d’ailleurs précisé que cette revalorisation sera de 6,7%, dans un échange avec Acteurs Publics TV. Ce dernier a aussi parlé d’un vaste plan de recrutement dans le secteur public en cas de victoire à l’élection présidentielle.

Jean-Luc Mélenchon avait d’ailleurs indiqué, lors de son meeting à Lyon et Paris où il s’était dédoublé grâce à un hologramme, qu'un effort important serait fait au niveau de l'Éducation nationale.

Le candidat d’extrême gauche avait également annoncé en 2013 sa volonté de titulariser tous les précaires des trois fonctions publiques. Une mesure déjà présente dans son programme en 2012:

«Je commence tout de suite par titulariser tous ceux qui sont en situation de précarité dans la fonction publique (…). Il y en a presque 800.000 là-dedans, qui, enfin, vont avoir un horizon devant eux», avait-il déclaré à l’émission «On n’est pas couché».

Enfin, le candidat a écrit sur son blog que le fait d’imposer un jour de carence pour les fonctionnaires en arrêt maladie est une «idée aberrante».

3. Benoît Hamon

 

 

 

 

 

 

 

Une revalorisation du point d'indice de 10%

«Plutôt que de démanteler l’État, ma priorité sera au contraire de réarmer les corps de contrôles qui n’ont plus les moyens de remplir leur mission au service des citoyens et de leurs droits», avait déclaré Benoît Hamon sur son site de campagne, avant sa victoire au sein de la primaire socialiste, en décembre dernier.

Une de ses mesures phares est la revalorisation du point d’indice de la fonction publique de 10%, utilisé pour calculer le salaire brut. Avant 2016, la valeur du point n’augmentait plus, elle restait au niveau fixé en 2010. L'an passé, une revalorisation de 1,2% a été décidée par les pouvoirs publics.

Le député des Yvelines a parlé de renforcer les moyens de la police et de la gendarmerie par le remplacement de tous les départs à la retraite et la création de 1.000 postes par an. «Je veux également instaurer une prime pour les forces de l’ordre présentes en zone très difficile en s’inspirant de l’Éducation nationale avec les REP et REP+», a déclaré l’ancien ministre de l’Éducation nationale après l’affaire Théo dans l’émission «C à vous».

Il estimait en décembre qu’il y avait «urgence à recruter dans certains secteurs: l’éducation, la santé, la petite enfance, la prise en charge de la dépendance». Pour cela, le candidat du Parti socialiste veut embaucher 37.000 enseignants, avec une priorité pour le primaire, et il souhaite la mise en place d’un service public du soutien scolaire.

4. Marine Le Pen

Un recrutement de 15.000 policiers et gendarmes

«Chaque fonctionnaire et notamment la haute fonction publique devra avoir à coeur l'intérêt national, l'attachement à la France et à ses valeurs. La connaissance de notre histoire nationale et de sa culture seront des critères importants de sélection dans les écoles d'administration», a déclaré la présidente du Front national lors de son meeting de campagne, à Nantes, le 26 février

Elle a également estimé que la haute fonction publique se devait «aussi d'être patriote». 

Auparavant, Marine Le Pen s'était surtout prononcée sur le nombre des fonctionnaires. «Il y a trop de fonctionnaires territoriaux dans notre pays», avait-elle déclaré en 2015, avant les élections régionales. Elle promettait à ce moment-là qu’en cas d’élection, elle rationaliserait leur nombre «par l’intermédiaire des départs à la retraite». Ces déclarations n’avaient pas empêché 28% des salariés des trois fonctions publiques de voter pour le parti lepeniste aux élections régionales.

«Les communautés d'agglomérations, les communautés de communes, les métropoles, tout ça a été une machine à fabriquer du fonctionnaire territorial», avait aussi vilipendé Marine Le Pen il y a un an et demi. Elle avait cependant regretté que dans le même temps, il y ait «un manque de fonctionnaires d’État dans bien des domaines», citant les métiers de policier ou douanier.

Une de ses promesses est d’ailleurs de recruter 15.000 policiers et gendarmes. Concernant le reste de la fonction publique, un des objectifs de Marine Le Pen est de réserver une embauche sur trois de fonctionnaire aux plus de 45 ans issus du secteur privé. Le Front national s’était également déclaré favorable à la revalorisation du point d’indice pour les fonctionnaires dans ses 144 engagements présidentiels. Sans préciser de quel ordre. Et Marine Le Pen s’était engagé à préserver le statut de la fonction publique. «La précarisation de tous, je ne vois pas ce que ça va apporter», avait-elle lancé.

Néanmoins, elle souhaite établir à deux jours le délai de carence pour le paiement des indemnités journalières d’assurance-maladie, tant dans le public que dans le privé «dans un souci d’égalité».

Dans l’enseignement, la présidente du Front national veut que l’intégralité des départs à la retraite des enseignants soit remplacés sans création de postes supplémentaires, selon l’IFRAP. Mais des efforts de réduction d’effectifs seront concentrés sur l’administration centrale du ministère de l’Éducation nationale.

5. François Fillon

500.000 suppression de postes

Le candidat de la droite à l’élection présidentielle a promis une forte réduction au sein de la fonction publique. De l’ordre de 13%, elle correspond à la suppression de 500.000 postes de fonctionnaires, réalisable par des non-remplacements en cas de départs à la retraite et la suppression de postes de contractuels (qui n’ont pas d’emploi à vie).

«Il n’y aura absolument aucun gel des recrutements dans la fonction publique», a pourtant déclaré François Fillon dans une interview à Acteurs Publics, en rejetant les accusations de «casse sociale»:

«Plus d’un million d’agents publics quitteront la fonction publique sur le quinquennat. Mon projet revient simplement à remplacer en moyenne un départ sur deux. Cela permettra tout à la fois d’économiser 500.000 emplois publics et de recruter dans le même temps au moins autant d’agents», note l’ex-Premier ministre.

Sur son site de campagne, François Fillon et son équipe promettent qu’il n’y aura pas «de dégradation de la qualité du service public» car les trois fonctions publiques «repasseront aux 39 heures», et seront payés en tant que tel. Les réductions ne toucheront pas les effectifs d’Outre-Mer.

Cependant, François Baroin (qui pourrait être Premier ministre en cas de victoire) a indiqué que la suppression des postes de fonctionnaires n’était pas «une promesse, c’est une discussion» sur France Inter.

François Fillon est également favorable au rétablissement du jour de carence dans la fonction publique pour le paiement des indemnités d’assurance-maladie. Et du côté des enseignants, le député de Paris souhaite revaloriser le salaire, selon leur mérite.

Christophe-Cécil Garnier
Christophe-Cécil Garnier (51 articles)
Journaliste à Slate.fr
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