La ruée vers l'or
Le cours de l'or a battu mercredi un nouveau record sur le marché londonien. Mais le métal jaune n'est plus une valeur refuge, juste un objet de spéculation.
- -
Mais les banques n'ont pas fait circuler cette masse monétaire dans l'économie réelle. En définitive, que peut-on faire de la liquidité, empruntée auprès des banques centrales à des taux proches de zéro? Cet argent est venu se déverser mécaniquement sur les marchés financiers, toutes les classes d'actifs ont été concernées: marchés obligataires, marchés du crédit, Bourses mondiales, matières premières et parmi ces dernières l'or. La valeur refuge par excellence, notamment quand l'inflation menace.
Tous les actifs financiers sont interconnectés dans ce que les stratégistes économiques surnomment le «trade reflationniste». De quelle inflation s'agit-il? L'inflation en zone euro sur 12 mois glissants s'élève à 0.6% quand l'inflation outre atlantique est encore négative sur un an glissant. Certes, ces inflations vont remonter avec les effets de base induits par le prix du pétrole descendu à des niveaux extrêmement bas au début de l'année 2009 (40 dollars le baril) et qui est remonté à près de 80 dollars. Pour autant, l'inflation reste nettement inférieure à 2%, le niveau de d'inflation cible des banquiers centraux. Pour ce qui est de l'activité économique, pas d'inflation à l'horizon: le niveau d'utilisation des capacités industrielles aux Etats-Unis stagne à 70% et le chômage a dépassé les 10% de la population active toujours aux Etats-Unis. L'inflation fait son apparition dans les pays émergents à forte croissance, notamment en Chine, mais le spectre inflationniste semble lointain pour les pays industrialisés.
Par contre, dans la sphère financière, l'emballement inflationniste se propage et se diffuse à toutes les classes d'actifs. Tous les arguments sont invoqués aujourd'hui pour le justifier. Recherche d'actifs physiques, nous dit-on par défiance vis-à-vis des monnaies papier. Ainsi, le cuivre a grimpé de plus de 100% depuis le début de l'année et l'or atteint record sur record. En début d'année, la Chine stockait massivement du cuivre, plus récemment l'Inde augmentait ses réserves d'or sur les marchés. Pendant ce temps, les capacités de production augmentent, les stocks s'accumulent tandis que les demandes physiques restent anémiques.
Ces hausses de prix s'accompagnent irrémédiablement d'une baisse du dollar contre toutes les devises et de la hausse des Bourses mondiales. Les bulles sur l'or ou sur le cuivre ne sont pas spécifiques, elles n'ont aucun lien avec les fondamentaux, elles s'inscrivent dans la bulle financière provoquée par l'afflux de liquidité sur les marchés, accentuée aussi par l'endettement des états, venu se substituer à l'endettement privé.
Nous assistons à l'édification d'un gigantesque château de cartes où tous les actifs financiers se lient les uns aux autres, les uns servant à financer la croissance des autres. Ainsi, les investisseurs empruntent en dollar et achètent indifféremment de l'euro, du crédit, des actions ou ... de l'or. L'équilibre du système financier ne tient qu'à un fil, tant l'interconnexion des actifs financiers est dense.
Les banques centrales sont face à un dilemme depuis la succession de bulles et de crises des années 2000: bulle Internet, crise du crédit, bulle immobilière, crise financière, bulle sur tous les actifs aujourd'hui. En phase de crise, elles baissent rapidement les taux directeurs pour sauver les marchés financiers et l'économie réelle, cette liquidité salvatrice créé la bulle suivante et les expose à nouveau aux caprices du marché. Que faire aujourd'hui? Supprimer la liquidité au risque de voir le château de cartes s'effondrer avec les dégâts collatéraux sur l'économie réelle que l'on sait ou continuer à alimenter la bulle et les excès maniaques des marchés. La solution vient peut-être de la régulation financière, la seule arme pour atténuer la spéculation et le risque systémique de formation des bulles financières.
La faillite de Dubai illustre l'appétit insatiable des investisseurs pour les actifs risqués. Et contrairement aux idées reçues, l'or n'est plus une valeur refuge, il est emblématique des bulles financières qui se construisent sous nos yeux.
Jean-Jacques Ohana
Cofondateur de Riskelia, société de conseil en gestion des risques
Image de Une: Lingots d'or produits en Sibérie Ilya Naymushin / Reuters
Mis à jour le 02/12/2009 à 16h23









































L'auteur a raison, il y a une bulle sur les actifs qui est en train de se former, en fait les acteurs economiques n'ont pas confiance dans les Etats et leur capacité à gérer la crise. Investir dans l'économie réelle pour qui pour quoi? La dette est là lourde et la consommation fragile. Quand on achéte une action on pari sur la capacité d'une multinationale d'être efficiente à l'avenir, quand on vend du dollar pour acheter de l'or c'est qu'on ne croit plus au dollar en tout cas pour le moment. L'or lui est immuable quand le reste fluctue dans le mauvais sens ne valant potentiellement plus rien. Monnaie de singe ou Or, je garde l'Or et vous?
Ce qui alimente une bulle financière est l’espérance de réaliser à court terme des profits excessifs.
Un des moyens de limiter concrètement le développement de ces bulles consisterait, à mon sens, de taxer de manière dissuasive les profits excessifs réalisés sur de courtes périodes.
Pour ma part, j'ai lu sur le site gold.fr que qu'investir dans l'or était un bon placement à faire pour se protéger en temps de crise, ce que j'ai fait. Je ne l'ai pas fait par spéculation. Je préfère garder l'or aussi..Je n'ai pas confiance en le dollar, ni en le pétrole d'ailleurs...