MONDE
- MONDE
- 11-Septembre
- Par Timothy Noah
- Timothy Noah est journaliste à Slate.com
- DU MÊME AUTEUR
Timothy Noah
Timothy Noah est journaliste à Slate.com
Stories from Timothy Noah
- 1 of 2
- ››
- SUR LE MEME SUJET
Les musulmans américains n'ont pas suivi al-Qaida
Quatrième volet de l'enquête sur l'absence d'attentats aux Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001
A l'occasion du huitième anniversaire des attaques du 11 septembre 2001 contre New York et Washington, nous republions une série de neuf articles de Slate.com sur les raisons pour lesquelles il n'y a plus depuis un autre attentat d'ampleur sur le sol américain. Pour lire l'introduction, cliquez ici, le premier volet ici 11 septembre: les fous de Dieu ne sont pas des criminels de génie et le deuxième article: Al-Qaida préfère-t-il le Pakistan et l’Afghanistan à l’Amérique?
Dans «Les fous de Dieu ne sont pas des criminels de génie», j'ai évoqué le prix élevé payé par al-Qaida en Afghanistan pour les attentats du 11 septembre. Rappelons-le: selon le journaliste Lawrence Wright, presque 80% de ses membres basés en Afghanistan ont été tués lors de l'invasion américaine. Les deux tiers des dirigeants d'al-Qaida ont été capturés ou tués. Ce groupe terroriste se réduit peut-être aujourd'hui à 200 ou 300 personnes. Imaginons, et c'est l'opinion de beaucoup, qu'envisager un autre attentat aux Etats-Unis soit devenu très difficile pour al-Qaida. Est-ce que des djihadistes en colère déjà installés aux Etats-Unis ne pourraient pas s'en charger ? Que font les cellules dormantes d'al-Qaida?
Apparemment, elles dorment toujours. Depuis le 11 septembre 2001, relativement peu de personnes ont été soupçonnées d'avoir conspiré avec al-Qaida. En 2002, Jose Padilla, natif de Brooklyn, a été arrêté à Chicago pour avoir prétendument envisagé de déclencher une «bombe sale» radioactive, mais il a été jugé (et reconnu coupable) au bout de cinq ans pour un méfait tout à fait différent, concernant un projet d'actes terroristes à l'étranger. En 2006, sept hommes de Liberty City, Miami, ont été arrêtés, accusés de fomenter des attentats impliquant un informateur du FBI qui se faisait passer pour un terroriste d'al-Qaida, et visant la Sears Tower de Chicago. Le directeur adjoint du FBI lui-même qualifia la conspiration de «plus ambitieuse qu'opérationnelle», et les poursuites s'achevèrent sur un procès ajourné pour défaut d'unanimité dans le jury.
Contraste entre Etats-Unis et Europe
En décembre 2008, l'administration Bush a estimé le nombre total de terroristes «et de leurs partisans» arrêtés et condamnés à l'intérieur des Etats-Unis depuis le 11 septembre à «plus de deux douzaines», ce qui pourrait sembler un effort faiblard si l'on ne tenait pas compte du fait qu'aucun attentat terroriste ne s'y est produit pendant cette période. En l'absence d'autres preuves, nous devons conclure que sur le territoire des Etats-Unis, la propagande conspiratrice terroriste inspirée par al-Qaida n'est jamais allé très loin.
Cette situation contraste beaucoup avec celle du Royaume-Uni, qui, depuis le 11 septembre 2001, a abrité plusieurs complots terroristes très graves inspirés ou dirigés par al-Qaida. L'un d'entre eux a été concrétisé — l'attentat du 7 juillet 2005 dans le métro de Londres, qui a causé la mort de 52 personnes et en a blessé près de 800. Un attentat dans la foulée, deux semaines plus tard, n'a capoté que parce que les bombes n'ont pas explosé. Le shoe bomber Richard Reid, [qui a tenté de mettre le feu à une charge d'explosifs cachée dans sa chaussure] est monté à Paris à bord d'un avion à destination de Miami, mais il était citoyen britannique. Le complot de 2006 à l'origine de l'interdiction de transporter des liquides et des gels dans les avions est également né au Royaume-Uni et aurait été dans sa phase finale lorsqu'il a été déjoué par les autorités britanniques.
En 2007, un kamikaze à la voiture piégée a attaqué l'aéroport de Glasgow mais, heureusement, il est le seul à y avoir perdu la vie. Environ à la même époque, les autorités britanniques ont découvert deux voitures piégées non-explosées dans le West End de Londres. Même sans être directement lié au terrorisme, le radicalisme musulman semble plus répandu -et certainement plus visible -au Royaume-Uni, et en Europe occidentale en général, qu'il ne l'est aux Etats-Unis.
Pourquoi cette différence ? La raison est en partie économique. Les musulmans américains sont plus instruits et plus prospères que l'Américain moyen. En Europe en revanche, ils sont plus pauvres et moins instruits que le reste de la population - en Allemagne, 10% seulement de la population turque fait des études supérieures. Les Etats-Unis ont assimilé les musulmans dans la société avec plus de succès que l'Europe occidentale - et sur une période plus longue.
L'héritage du colonialisme
Les Arabes ont commencé à migrer aux États-Unis en grand nombre au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. La migration arabe en Europe occidentale n'a pas commencé avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, quand beaucoup sont arrivés comme travailleurs invités. En Allemagne et en France, de nombreux musulmans vivent dans des ensembles urbains à l'écart du reste de la population. Aux Etats-Unis, les musulmans sont davantage dispersés. L'exception, Detroit, confirme la règle, car la ville possède une grande communauté musulmane mais qui n'est pas pauvre.
Traditionnellement, les Etats-Unis ont la réputation d'être moins divisés en classes que l'Europe, et d'être plus accueillants envers les immigrants. «Quelque chose dans nos mythes nationaux, observe Jonathan Laurence, spécialiste des sciences politiques de Boston College, donne une impression de possibilité de participation politique que les pays européens n'ont pas encore atteinte.» Christopher Caldwell, auteur d'un livre à paraître sur l'immigration musulmane en Europe occidentale, note aussi que les Etats-Unis ne portent pas le fardeau de l'héritage impérialiste au Moyen-Orient et en Asie du Sud. «Certaines de ces relations, expose-t-il, sont pré-contextualisées par le colonialisme.»
Retrouvez Slate sur Facebook. Suivez-nous sur Twitter.
Téléchargez Slate pour iPhone.
Si vous souhaitez commenter cet article, veuillez vous enregistrer ou bien vous connecter.




























Commentaires (11)