Monde

Le plus redoutable est encore à venir dans la bataille de Mossoul

Camille Belsoeur, mis à jour le 23.02.2017 à 16 h 29

Daech tient toujours la partie ouest de la cité irakienne, alors que l'offensive des troupes gouvernementales entre dans une nouvelle phase.

Une figurine de Batman accrochée à un véhicule militaire irakien engagé dans la bataille de Mossoul | AHMAD AL-RUBAYE / AFP

Une figurine de Batman accrochée à un véhicule militaire irakien engagé dans la bataille de Mossoul | AHMAD AL-RUBAYE / AFP

Il faut toujours se méfier à l'heure d'entamer le siège d'une ville. L'histoire est jalonnée d'exemples de cités qui, encerclées par l'ennemi, semblaient perdues avant que l'assiégeant ne s'enlise dans une bataille sans fin et s'épuise sur la ligne de front. C'est ce qui est arrivé aux Turcs de l'Empire ottoman dans leur siège de la ville de Candie –actuelle Héraklion– en Crète, qui pensaient l'arracher facilement à l'armée vénitienne. Il leur a fallu finalement 21 ans pour s'en emparer.

Le destin de Mossoul, grande ville du nord de l'Irak contrôlée depuis juin 2014 par l'organisation terroriste de l'État islamique (EI), ne prendra sans aucun doute pas autant de temps à basculer. Mais la prise du dernier bastion irakien de l'EI s'annonce déjà bien plus difficile que prévu. 

Le 17 octobre 2016, à l'aune du début de l'offensive des forces irakiennes, le magazine d'analyse géopolitique Foreign Policy titrait ainsi: «La libération de Mossoul se déroulera mieux que vous ne le pensez»

«La libération de Mossoul est très proche, si l'on peut trouver une certitude dans la guerre. L'État islamique a peut-être 2.000 à 3.000 soldats pour défendre une métropole de 32 km2, alors qu'autour 54.000 soldats irakiens et combattants kurdes pointent leurs canons sur eux», affirmait Foreign Policy. 

Une résistance féroce des djihadistes

Quand le premier ministre irakien, Haïdar Al-Abadi, annonçait en direct à la télévision nationale, dans la nuit du 16 au 17 octobre, le début de l'offensive sur Mossoul, il espérait une victoire d'ici la fin de l'année 2016. 

Mais la deuxième ville d'Irak est une forteresse. Après une avancée relativement rapide à l'est, dans les villages voisins de Mossoul, les troupes irakiennes ont été freinées dans la banlieue par la défense acharnée des combattants de l'EI. Par vague, des kamikazes se sont précipités à bord de voitures bourrées d'explosifs sur les positions des forces irakiennes. La ville s'est également révélée être un labyrinthe où chaque pâté de maisons peut abriter des snipers. Les positions durement gagnées y sont difficiles à sécuriser. 

Le reflet dans l'eau d'un pont détruit dans la ville de Mossoul. Dimitar DILKOFF / AFP

Début novembre, une envoyée spéciale du journal Le Monde présente sur le terrain raconte:

«Dès l’approche vendredi matin [le 4 novembre] du quartier Saddam, la division d’élite a compris qu’elle ferait face à une résistance féroce des djihadistes, sans commune mesure avec les combats menés dans les faubourgs de Mossoul. La colonne de blindés Humvee noir est alors assaillie par les francs-tireurs de l’EI. Les tirs nourris de kalachnikov rebondissent sur le blindage. Les missiles RPG s’écrasent à intervalles réguliers»

La bataille sera encore plus redoutable à l'ouest du Tigre

Plus de deux mois ont passé avant que les assiégeants ne réalisent une première grande avancée. Les troupes irakiennes, dans le sillage de la Division d'or, l'élite de l'armée nationale, ont atteint la rive est du Tigre, le grand fleuve qui coupe la cité en deux, le 8 janvier. 

«Les forces irakiennes ont libéré le complexe hospitalier de Salam et ont atteint le fleuve du Tigre. À l'est de la ville, les défenses de l'État islamique montrent des signes de faiblesse», analysait sur Twitter, Brett McGurk, l'envoyé spécial américain pour la coalition anti-Daech.  

Ce pas des forces irakiennes sur la rive du Tigre était la première vraie victoire de la coalition anti-État islamique dans la bataille de Mossoul. Mais, le plus difficile attend encore les forces irakiennes. La partie ouest de la ville est la plus peuplée et c'est là que se masse le gros des forces djihadistes. Les cinq ponts qui enjambent le Tigre ont, de plus, tous été détruits.

La géographie urbaine est également à l'avantage des assiégeants. 

«La bataille pour l'ouest de Mossoul promet d'être encore plus redoutable, alors que la moitié de la ville à l'ouest du Tigre est plus ancienne, avec des rues plus étroites et est toujours habitée par des centaines de milliers de civils, qui ont eu pour consigne de rester sur place», note le New York Times

L'aéroport, une prise de guerre

Après plusieurs semaines de pause, pendant lesquelles les forces gouvernementales ont sécurisé la rive est, l'offensive vers l'ouest a repris le 19 février.

«L'objectif immédiat est de s'emparer des villages dans les faubourgs sud autour de l'aéroport de Mossoul», déclarait alors un porte-parole de l'armée irakienne à l'agence AP. 

L'avancée rapide des forces de la coalition dans la zone leur a permis d'avoir très vite l'aéroport de Mossoul dans le viseur. Le 18 février, une offensive de grande ampleur était lancée contre les positions de Daech autour de l'aéroport. Ce jeudi 23 février, des chars coiffés de drapeaux irakiens défilent sur le tarmac. 

«L'aéroport de Mossoul, en ruines, mais de nouveau sous contrôle irakien», annonce, photo à l'appui, le correspondant de la BBC sur place: 

Désormais, la route vers la vieille ville de Mossoul semble ouverte. Mais, les hommes de l'État islamique ont eu du temps pour miner et piéger chaque kilomètre carré de terrain, et l'avancée des soldats irakiens risque de se faire au ralenti. 

Le général américain Joseph Martin, qui dirige les forces américaines engagées au sol aux côtés des Irakiens, affirmait fin janvier que l'opération de libération de Mossoul était le combat urbain le plus intense qu'a connu le monde ces dernières années, selon des propos rapportés par le site d'information militaire américain Stars and Stripes, étroitement lié au département de la Défense. 

Un autre danger menace également la coalition. Comme le montre cette infographie animée du Monde, dans les combats qui opposent Daech aux milices chiites plus à l'ouest de la ville, les djihadistes ont repris un peu de terrain ces derniers jours. S'ils sont toujours encerclés, les combattants de l'État islamique tentent de faire sauter l'étau autour de la localité de Tel-Afar pour relier les territoires qu'ils tiennent encore à quelques dizaines de kilomètres de là. 

Si la victoire des forces irakiennes semble donc se préciser, l'issue de la bataille de Mossoul n'est pas encore décidée et les combats pourraient se prolonger encore pendant plusieurs mois.

«La bataille à venir dans Mossoul sera celle des snipers», a prédit un haut-gradé irakien dans les colonnes du média britannique The Telegraph

Un combat de rue qui, comme le craignent de nombreuses ONG présentes dans la région, risque d'obliger la population des quartiers ouest de la ville à partir et de compliquer encore la tâche de la coalition. Les militaires irakiens peuvent au moins se rassurer en se disant que, contrairement aux Vénitiens qui défendaient la cité de Candie et s'approvisionnaient grâce à leur débouché sur la mer, les hommes de l'État islamique n'ont pas la maîtrise du Tigre. Leur encerclement est total. 

Camille Belsoeur
Camille Belsoeur (133 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte