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«Fuck Donald Trump», le «God Save the Queen» américain?

Repéré par Claire Levenson, mis à jour le 23.02.2017 à 8 h 40

Repéré sur Slate.com

Des Américains ambitionnent de faire arriver ce morceau de hip-hop contestataire au sommet des ventes.

L'hymne anti-Trump des rappeurs de Californie YG et Nipsey Hussle, intitulé «Fuck Donald Trump» ou «FDT» (et enregistré en moins d'une heure), ne peut pas passer sur la plupart des grandes radios américaines ou des chaînes de télé à cause de la répétition du mot «fuck». 

Lorsque les deux rappeurs ont mis en scène une manifestation pour leur clip, la police de Los Angeles a interrompu le tournage. Malgré tout, la semaine de l'entrée en fonctions du nouveau président, une radio pirate de Seattle et une autre de Portland, dans l'Oregon, ont passé le titre en boucle. Dans le Kentucky, le Texas et la Caroline du Sud, des hackers ont pris le contrôle de plusieurs radios locales pour y diffuser la chanson.

Le rappeur YG ouvre le titre avec «J'aime les blancs, mais je t'aime pas» et toute une partie est un hommage aux Mexicains: «Ce serait pas les USA sans les Mexicains, il est temps de faire équipe, merde, commençons.» Il évoque aussi le fossé entre Trump et les Afro-Américains: «Je viens d'un endroit où tu ne peux probablement pas aller. Je parle au nom de gens que tu ne connais probablement pas.»


Dans Slate.com, le journaliste Jack Hamilton fait le parallèle entre «FDT» et le «God Save the Queen» des Sex Pistols, sorti en Angleterre en 1977. Comme «FDT», l'hymne anti-autoritaire des Pistols, avec son refrain «No future for you» («pas d'avenir pour toi»), avait été interdit des ondes de la BBC mais était néanmoins arrivé numéro 2 des charts, des rumeurs affirmant que ceux-ci avaient été manipulés pour qu'il ne finisse pas numéro 1.

«En achetant et écoutant un disque que les autorités ne voulaient pas qu'ils entendent, les fans des Pistols ont fait de “God Save the Queen” le gros tube d'Angleterre, malgré l'interdiction des ondes.»

Avant «God Save the Queen», il y avait eu, aux États-Unis, la chanson anti-Richard Nixon de Stevie Wonder «You Ain't Done Nothing», numéro un des ventes en 1974, sortie deux  jours avant la démission du président.

On pouvait y entendre les paroles:

«Nous en avons marre d'entendre ta chanson

Nous dire comment tu vas tout changer pour le mieux

Si tu veux vraiment notre avis

Tu n'as rien fait!»

Le problème, c'est que contrairement au tube de Stevie Wonder, «FDT» est donc interdite de diffusion sur les principales radio, ce qui rend quasiment impossible qu'elle atteigne le sommet du hit-parade. Comme l'explique Chris Molanphy dans Slate.com, il faudrait que des militants anti-Trump se mobilisent pour acheter la chanson plus de 200.000 fois en une semaine et la streamer plus d'une dizaine de millions de fois. 

Il existe un précédent de ce genre de manipulations du hit-parade pour faire passer un message. En Angleterre, la chanson de Rage Against the Machine «Killing in the Name» (connue pour la répétition de «Fuck you, I won't do what you tell me», soit «Va te faire foutre, je ne ferai pas ce que tu me dis») est devenue numéro un des ventes en 2009, dix-sept ans après la sortie de l'album. Lassés qu'à chaque Noël, le disque numéro un soit celui du gagnant de l'émission de concours télé «X-Factor», des Britanniques se sont mobilisés et demandé à leurs compatriotes d'acheter «Killing in the Name» en masse. Plus de 500.000 Britanniques l'ont acheté la semaine d'avant Noël et le titre est devenu numéro un.

Dans le cas de «Fuck Donald Trump», Hamilton et Molanphy pensent que l'exploit pourrait être aidé par des vidéos qui ont le potentiel de devenir des mèmes, comme ce Winnie l'Ourson qui danse au son de «FDT».

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