Histoire / Monde

Une cité américaine au cœur de l’Amazonie, l’utopie brisée d’Henry Ford

Temps de lecture : 2 min

Laissée à l’abandon, Fordlândia garde les traces de son histoire.

Chassée en 1928 lors de la fondation de Fordlândia, la jungle a depuis repris sa place naturelle. The New York Times retrace l’histoire, de sa création à son déclin (photos à l’appui), d’une ville à l’américaine au service de l’industrie d’Henry Ford, père du fordisme. Située au Brésil, au fin fond de l’Amazonie, Fordlândia a été érigée à partir de rien afin de produire le caoutchouc nécessaire aux pneus et autres parties des véhicules. Henry Ford en fait l'acquisition de peur que l'Europe le concurrence, Winston Churchill voulant créer un cartel du caoutchouc, explique le journal américain.

Aujourd’hui en état de décrépitude, elle était autrefois une ville flambant neuve créée sur mesure. «Ford a délibérément rejeté les conseils d'experts et a entrepris de transformer l'Amazonie en un Midwest sorti de son imagination», confie au journal Greg Grandin, historien et auteur d'un livre sur la ville (The Rise and Fall of Henry Ford’s Forgotten Jungle City, Picador USA). Tout y était, Bungalows du Michigan, lampadaires, «Dance hall». L’hôpital, maintenant en ruine, avait même été conçu par architecte Albert Kahn, surnommé «l’architecte de Détroit», ville où Ford a installé sa première usine automobile.

Émeutes

Ford ne s’est pas arrêté là, il y a imposé les «valeurs américaines», précise le New York Times. «Ses dirigeants américains ont interdit la consommation d'alcool, tout en promouvant le jardinage, la danse carrée et les lectures de la poésie d'Emerson et de Longfellow.» Tout y était fait pour que Fordlândia devienne l’utopie rêvée par Ford, les chiens errants étaient chassés, l’eau stagnante évacuée pour éviter la malaria et les employées examinées pour détecter de possibles maladies vénériennes.

Le rêve de Ford a toutefois vite tourné au cauchemar, le style de vie n’étant pas du goût de tout le monde. En 1930, une émeute éclate, les manifestants scandent: «Le Brésil aux Brésiliens, tuez tous les Américains», forçant les dirigeants à se réfugier dans la forêt. Des Américains ont également du mal à s’adapter et préfèrent rentrer au pays, indique le New York Times. De plus, refusant de s’entourer d’experts, les plantations ne se sont jamais révélées économiquement viables. En 1945, la ville est cédée au gouvernement brésilien et a été depuis laissée progressivement à l’abandon.

À ce jour, elle compte toujours 2.000 habitants: des chercheurs d’or, des descendants de travailleurs des plantations, des éleveurs de zébu ou vivotant simplement grâce aux aides sociales. Certains, comme Joaquim Pereira da Silva vivent toujours dans des habitations laissées à l’abandon. Arrivé à Fordlândia en 1997, Joaquim, un fermier de 73 ans, vit dans une maison sur «Palm Avenue» dans une vieille maison américaine. «Rien ne se passe ici, c’est ça que j'aime.»

Slate.fr

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