Sports

Comme Falcao, les footballeurs stars sont trop vaniteux pour qu'on leur confie un penalty

Camille Belsoeur, mis à jour le 22.02.2017 à 13 h 33

L'attaquant colombien de l'AS Monaco a raté un penalty crucial dans le match incroyable perdu par l'équipe de la Principauté face à Manchester City (5-3) en Ligue des champions mardi 21 février.

L'attaquant de l'AS Monaco Radamel Falcao sur la pelouse de Manchester City, le 21 février à l'Eithad Stadium. Oli SCARFF / AFP

L'attaquant de l'AS Monaco Radamel Falcao sur la pelouse de Manchester City, le 21 février à l'Eithad Stadium. Oli SCARFF / AFP

Mon pire souvenir en football remonte au printemps 2004. Mon club chéri, le FC Nantes, affrontait Sochaux en finale de Coupe de la Ligue. À l'issue d'un match fermé, les deux finalistes se départagent aux tirs au but. Mickaël Landreau, le gardien star du FC Nantes, a déjà stoppé deux penaltys et s'avance pour tirer le sien. S'il marque, les Nantais remportent le trophée. Il est à l'apogée de sa carrière. C'est la mascotte du club. Mais on sait aussi qu'il a un gros melon. Au lieu de faire simple, d'envoyer le ballon en force sur un côté pour clôre le match, il tente le geste le plus difficile et vaniteux du football professionnel: une panenka. En français, une balle en cloche au milieu du but qui humilie le gardien adverse si celui-ci a anticipé une frappe sur un côté. Évidemment, Mickaël Landreau se foire et Sochaux gagne la finale. Nantes n'a plus remporté la moindre compétition depuis.

Morale de l'histoire? Il ne faut jamais laisser la star d'une équipe tirer un penalty. 

On pense très fort à l'attaquant colombien Radamel Falcao, qui a réalisé une grande performance avec l'AS Monaco face à Manchester City en huitièmes de finale aller de la Ligue des champions ce mardi 21 février. L'Europe s'est extasiée devant ce choc riche en buts, en rebondissements et gestes de classe.

«Une rencontre d'un niveau technique ahurissant, aussi luxueuse que la Ligue des champions elle-même. Elle a opposé deux forces offensives composées des joueurs les plus talentueux de la compétition, qu'ils aient 18 ans ou presque deux fois plus», s'est enthousiasmé le journal britannique The Telegraph

Au milieu de cette orgie footballistique, le deuxième but magnifique de Falcao qui a redonné un temps l'avantage aux joueurs de la Principauté, qui ont finalement perdu 5-3.

Avant ça, «Le Tigre», son surnom, avait manqué un penalty crucial qui aurait pu donner un avantage décisif à Monaco. Mais le Colombien a voulu feinter le gardien en freinant sa course d'élan avant de frapper. Résultat: un tir tout mou, sous les huées du public, facilement stoppé par le portier de Manchester City. Et l'équipe britannique a recollé au score dans les minutes suivantes. 

«Falcao a fait un très bon match. Il a raté un penalty, parce qu’il a peut-être été un peu trop orgueilleux», a jugé l'ancien joueur professionnel Japhet N'Doram après la rencontre

Dans le domaine des tirs au but, c'est la faiblesse des stars. Elles veulent souvent trop briller en sortant un geste qui sort de l'ordinaire dans un exercice où la simplicité est souvent récompensée. 

Les stars échouent plus souvent aux tirs au but

Le chercheur norvégien  a planché sur la question dans un article publié dans la revue universitaire Journal of Applied Sport Psychology où il démontre qu'en football les superstars –qu'il identifie à partir d'un échantillon de 41 joueurs récompensés par des prix pour leur performance individuelle dans des compétitions organisées par la Fédération internationale de football (Fifa) ces dernières années– échouent plus souvent que les autres joueurs dans l'exercice des tirs au but. 

Les stars qui ont déjà reçu un prix (meilleur joueur de l'année, d'une finale de Coupe du monde etc) ne scorent ainsi que 65% de leurs penaltys, contre un ratio de 73,6% pour les joueurs qui n'ont jamais été récompensés. 

Geir Jordet a également étudié le comportement des joueurs avant leur penalty. Il émet l'hypothèse que les footballeurs les plus talentueux subissent trop de pression en raison de leur statut au moment de tirer. 

«Les résultats de l'étude fournissent quelques indices sur un possible effet négatif des hautes attentes du public sur les performances d'un athlète de haut niveau. De manière spécifique, les footballeurs estimés comme des superstars réalisent de moins bonnes performances que les autres joueurs lors des séances de tirs au but réalisées dans les tournois majeurs, bien que généralement les joueurs plus adroits devant le but performent mieux que ceux moins talentueux». 

L'auteur émet également l'hypothèse que les joueurs récompensés de manière individuelle vont être davantage confrontés à la peur de décevoir et que cette prise de conscience de la pression qui pèse sur leurs épaules les conduit à changer leur manière de tirer leur penalty, par exemple en précipitant leur course d'élan ou en effectuant un geste différent de ce qu'ils ont l'habitude de faire. 

C'est peut-être ce qui a traversé la tête du Monégasque Radamel Falcao au moment de défier Caballero, le gardien de Manchester City. L'attaquant colombien est d'ailleurs le seul joueur à avoir raté deux penaltys cette saison en Ligue des champions, selon l'agence de statistique Opta. 

Camille Belsoeur
Camille Belsoeur (122 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte