Culture

Les Oscars, une passion française

Temps de lecture : 6 min

Pour la 89ème édition des Oscars, diffusée en exclusivité sur Canal+ dans la nuit du 26 au 27 février, la France est bien représentée. Isabelle Huppert concourt pour son rôle dans Elle, les coproductions Ma vie de Courgette et La Tortue rouge pour le film d'animation, Le Client pour le film en langue étrangère et Madeline Fontaine pour les costumes de Jackie.

A.M.P.A.A.(r). All rights reserved. 
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CONTENU PARTENAIRE - Depuis 1929, année de la première cérémonie des Oscars, les Français ont raflé, toutes catégories confondues, hormis celle du meilleur film étranger, 59 récompenses. Pour la 89ème édition des Oscars, diffusée en exclusivité sur Canal+ dans la nuit du 26 au 27 février, le septième art français concourt pour plusieurs statuettes: Isabelle Huppert pour son rôle dans Elle, les films d'animation Ma vie de Courgette (franco-suisse) et La Tortue rouge (franco-belgo-japonais), Le Client (coproduction fanco-iranienne) pour le film en langue étrangère, et Madeline Fontaine pour les costumes de Jackie. C’est l’occasion rêvée de revenir sur cette histoire franco-américaine, plus ancienne qu’on ne le croit et les conséquences sur la carrière des oscarisés.

Créée à la fin des années 1920, la cérémonie des Oscars ne tarde guère à rendre hommage à la France. Dès sa deuxième édition, l’Académie nomine Maurice Chevalier et récidive en 1938 avant qu’un autre Français, Charles Boyer, ne vienne le concurrencer. En 1935, Claudette Colbert, une Franco-américaine ne se contente pas de la nomination, mais gagne la statuette pour son rôle dans New York-Miami de Frank Capra.

Toutefois, ces Français ne sont en lice que pour leur présence dans des productions américaines. Hormis Jacques Prévert, nommé en 1947 à l’Oscar du meilleur scénario pour Les Enfants du paradis, le cinéma hexagonal ne parvient pas à exporter ses talents pour des films estampillés français. Même Simone Signoret qui rafle l’Oscar de la meilleure actrice en 1960 au nez et à la barbe d’Elizabeth Taylor, Audrey Hepburn, Doris Day et Katharine Hepburn l’obtient pour Les Chemins de la haute ville, un long métrage britannique.

Si les interprètes peinent à imposer des films made in France, d’autres artisans du cinéma français se taillent une place d’honneur. Auréolé d’une palme d’or pour son court-métrage Le Ballon rouge, Albert Lamorisse double la mise à Los Angeles en 1957. La même année Le Monde du silence de Jacques-Yves Cousteau remporte l’Oscar du meilleur film documentaire.

La réussite des années 60

Les années 1960 vont consolider cette visibilité et honorer progressivement des films français. En dix ans, la France est nominée 61 fois et remporte 19 Oscars, soit un taux de réussite de plus de 30%. Claude Lelouch est ainsi récompensé pour le scénario d’Un Homme et une femme (1967) tout comme Edmond Séchan (1960), Pierre Etaix (1963), Robert Enrico (1964) et Claude Berry (1966) dans la catégorie court-métrage.

On assiste à une baisse de régime dans les années 1970 (47 nominations pour 11 Oscars) qui mettent à l’honneur les Oscars de meilleur costume et meilleur film en langue étrangère : 6 lauréats sur la décennie dont Z de Costa-Gavras, La Nuit américaine de François Truffaut ou Préparez vos mouchoirs de Bertrand Blier. Et les années 1980 suivent la même pente descendante avec 43 nominations pour seulement 10 Oscars. Bien qu’Edouard Molinaro (La Cage aux folles), Roman Polanski (Tess), Louis Malle (Atlantic City) et Roland Joffé (La déchirure et Mission) soient nommés à l’Oscar du meilleur réalisateur, aucun ne parvient à l’emporter.

Les années 1990 marquent l’effondrement de la représentation française sur le tapis rouge hollywoodien. En trente ans, on est passé d’une soixantaine de nominations à moins de trente et de 19 Oscars à six autant dire une Bérézina… Dans cette lente disparition du drapeau tricolore, quelques Oscars marquent les mémoires comme la statuette de Juliette Binoche pour son second rôle dans Le Patient anglais.

Les atouts tricolores

On aurait pu craindre une désaffection grandissante des Oscars pour la France. Mais le tournant du XXIe siècle a manifestement redonné du souffle aux productions bleu, blanc, rouge. 46 nominations pour 7 Oscars dans les années 2000 et 59 nominations pour 10 Oscars dans la décennie actuelle (qui n’est pas encore finie). Et surtout des récompenses dans les catégories maîtresses. Polanski (Le Pianiste) et Hazanavicius (The Artist) sacrés meilleurs réalisateurs face à Scorsese et Almodovar pour l’un, Scorsese, Malick et Allen pour l’autre. Marion Cotillard et Jean Dujardin oscarisés comme meilleur acteur et actrice. Et la consécration du compositeur Alexandre Desplat oscarisé en 2015 pour The Grand Budapest Hotel après sept nominations.

Parmi la vingtaine d’Oscars remis chaque année, certaines catégories sont plus porteuses pour le cinéma français. Quatre en particulier ont déjà démontré le talent hexagonal à Hollywood : la musique, le court-métrage, le documentaire et les films en langue étrangère. Ainsi, pour la meilleure musique de film, en 77 ans (avant 1939 l’oscar était remis aux départements musique des studios), on compte 48 nominations françaises pour 11 victoires. Et certains noms ont durablement marqué les mémoires : Michel Legrand et Maurice Jarre ont ainsi remporté chacun trois Oscars. Mais d’autres se sont illustrés comme Francis Lai (Love Story), Gabriel Yared (Le Patient anglais), Ludovic Bource (The Artist) et Alexandre Desplat (nommé sept fois avant d’en empocher un).

Au niveau de la réalisation, les Frenchies ne sont pas en reste et cela depuis 1950, année où Alain Resnais remporte le trophée tant convoité pour son court-métrage Van Gogh. Et dans les années 1960 c’est carrément le jackpot ! Edmond Séchan (1960), Pierre Etaix (1963), Robert Enrico (1964) et Claude Berry (1966) se succèdent sur scène pour être couronnés par l’Oscar du meilleur court-métrage. Edmond Séchan récidive même en 1975 avec Les Borgnes sont rois. Depuis, quatre autres Français sont entrés dans la postérité dont l’acteur Sam Karmann, mais nous y reviendrons.

Le documentaire en vedette

Si les Français ne s’illustrent guère dans le genre de l’animation (peut-être Ma Vie de Courgette ou La Tortue rouge changeront-ils la donne cette année), ils ont régulièrement raflé l’Oscar du meilleur film documentaire. Sur les 17 nominations en 74 ans, huit cinéastes ont été plébiscités par l’Académie soit un taux de réussite après nomination de presque 50%. Le Commandant Cousteau en a obtenu deux (Le Monde du silence et Le Monde sans soleil), et des réalisateurs aux inspirations diverses comme Pierre Schoendoerffer, Jean-Xavier de Lestrade ou Luc Jacquet ont eux aussi été honorés pour leurs œuvres singulières.

Mais là où la France paraît imbattable demeure la catégorie film en langue étrangère. Sur 39 nominations en 59 ans (soit au moins un film français dans la liste un an sur deux), les Français ont décroché la statuette à 13 reprises. 33% de chance de réussite pour les films français nominés, autant dire que Le Client d’Asghar Farhadi, coproduction franco-iranienne, en lice cette année, intéresse les bookmakers !

Comme on peut le voir, les Français ont la cote aux Oscars. Concurrencer, sur leur terrain, les plus grands cinéastes, les plus grandes actrices ou les compositeurs les plus prestigieux, relève presque toujours d’un conte de fée pour les petits poucets européens. On imagine alors les portes d’Hollywood s’entrouvrir, les propositions s’amonceler et la carrière de l’oscarisé être mise sur orbite. Et pourtant, rien n’est jamais écrit.

En 1993, l’acteur Sam Karmann remporte la Palme d’or, le BAFTA et l’Oscar du meilleur court-métrage pour Omnibus, sa première réalisation. Celui qu’on connaît pour ses rôles dans Cuisine et dépendances (au théâtre puis sur grand écran) et La Cité de la peur va pouvoir lancer la production de son premier long, Kennedy et moi. Mais l’incroyable succès critique d’Omnibus ne sera que de courte durée pour la suite de la carrière de Karmann. Malgré deux autres longs (À la petite semaine et La Vérité ou presque), le réalisateur ne parvient pas à reproduire la vague de récompenses suscitée par son court-métrage.

L’exception de Marion Cotillard

Une fois la voie ouverte par son prix d’interprétation à Cannes, Jean Dujardin arrive à la cérémonie des Oscars en 2012 relativement serein. Et banco ! Il coiffe au poteau Brad Pitt, George Clooney ou encore Gary Oldman et empoche la statuette dorée du meilleur acteur. Les deux années suivantes, sa carrière américaine semble lancée avec des prestations chez Scorsese (Le Loup de Wall Street) et George Clooney (Monuments Men). Mais depuis 2014, retour à l’Hexagone et à Brice de Nice.

Ainsi, l’oscarisation n’est peut-être pas le sésame à une carrière internationale… sauf exception. En France cette exception se nomme Marion Cotillard. Honorée du titre de meilleure actrice en 2008 pour son interprétation de Piaf dans La Môme, Cotillard ne chôme pas. Elle collabore en sept ans avec le gratin des cinéastes hollywoodiens : Michael Mann (Public Enemies), Christopher Nolan (Inception, Dark Knight rises), Woody Allen (Midnight in Paris), Steven Soderbergh (Contagion), James Gray (The Immigrant) ou encore Robert Zemeckis (Alliés).

Une filmographie à faire pâlir les actrices américaines en qualité comme en quantité. Elle est d’ailleurs nommée pour la 2e fois de sa carrière aux Oscars en 2015, un doublé jamais égalé par une Française. Celle qui concluait son discours de remerciements en 2008 par « It’s true, there are some angels in the city » bénéficie, depuis, d’un ange gardien d’une redoutable efficacité. Peut-être une petite statuette qui, l’air de rien, a propulsé la Française dans la stratosphère du septième art.

89ème cérémonie des Oscars

Dans la nuit du 26 au 27 février

En direct à partir de minuit

En exclusivité sur Canal+

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