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«J'ai l'impression que ce manque de passion est la preuve qu'il m'a dupée et qu'il ne m'aime pas vraiment»

Lucile Bellan, mis à jour le 21.02.2017 à 14 h 05

Cette semaine, Lucile conseille French Girl, une jeune femme dont le premier amour vit aux États-Unis.

Printemps | par William McTaggart via Wikimedia CC License by

Printemps | par William McTaggart via Wikimedia CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse:[email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c'est ici.

Commençons par la fin. Je suis rentrée il y a un mois d'un voyage de trois mois au États-Unis où j'ai fêté mes 22 ans. Un an plus tôt: je suis une jeune femme de 21 ans fraîchement diplômée vivant à Paris. Je n'ai jamais connu de relations stables ou sérieuses dans ma vie, à mon âge rien d'alarmant; c'est un enchaînement de circonstances, aussi mystérieux qu'hasardeux que de tomber en amour d'un autre être humain. En plus de cela, il faut que l'émotion soit réciproque, alors là! Je dois attendre que ça m'arrive voilà tout... Voilà tout certes, mais je meurs d'envie d'être amoureuse, je l'avoue. 

Et puis je rencontre un jeune Américain qui vit dans un appartement Airbnb en face de chez moi. Il a 18 ans, et voyage sac sur le dos à travers l'Europe. Il s'appelle Ben, bien que jeune, il est indépendant, intelligent, artiste, doux et d'une beauté fragile. Je tombe sous le charme instantanément. Nous passons une semaine ensemble où je lui confie moi aussi prévoir un voyage aux États-Unis dans les mois à venir. Puis il part vers d'autres aventures.

Quelques temps plus tard, il finit par m'inviter à venir chez lui à Austin. Il me dit que je lui manque, me montre plusieurs signes d'affections qui me plongent dans une stupeur émotionnelle intense à penser à lui jour et nuit, essayant de deviner ce que je ne savais pas encore de lui. J'en suis persuadé, il sera mon premier amour. Après m'être assurée de son engagement à m'accueillir chez lui et de son intérêt sentimental envers moi, je prends un billet d'avion vers les États-Unis.

Le premier soir de nos retrouvailles, il m'annonce avoir une petite amie. C'est récent, il l'aime, il est désolé. De nature résiliente (surtout par peur du conflit) je ne m'affole pas outre mesure devant lui, bien qu'intérieurement je sois dévastée, je réalise que je me suis laissée emporter. Et puis qui traverse un océan pour aller voir un garçon connu pendant une petite semaine? Je me suis sentie d'une stupidité sans nom.

Je finis par rencontrer tous ses amis le lendemain, tous était au courant de ma visite, j'étais cette fameuse fille française qui avait fait grande impression sur Ben et dont il parlait depuis des mois. Manque de pot, il est tombé amoureux d'une fille avec qui il avait déjà un passé torturé. C'est la vie, je garde la tête haute, mon instinct de «survie» prend le dessus, je dois me faire des amis afin d'échapper à cette situation délicate et en avoir pour mon argent ayant dépensé toute mes économies dans ce voyage. J'ai peut-être un peu trop réussi.

«Le soir de mon anniversaire, j'ai 22 ans et c'est la première fois qu'un garçon me dit qu'il m'aime»

French Girl

Après deux semaines, je suis appréciée par la bande et plusieurs de ses amis me manifestent leur intérêt ce qui a le don de regonfler mon ego tout raplapla après une telle humiliation ainsi qu'à satisfaire mon envie de vengeance. Je commence à complètement oublier Ben, je m'amuse tellement. Puis je commence à coucher avec Tyler, son meilleur ami âgé de 25 ans. Et là sans crier gare on s'aime très rapidement, on se voit tous les jours, il me dit tomber follement amoureux de moi («I'm falling madly in love with you») le soir de mon anniversaire, j'ai 22 ans et c'est la première fois qu'un garçon me dit qu'il m'aime.

Je décide de rester plus longtemps que prévu à Austin avec lui, il est incroyable, ce n'est pas le plus beau, ni le plus intelligent mais il est flamboyant, sincèrement bienveillant, drôle, passionné par mille choses, doué pour mille autres et il m'aime en même temps que moi je l'aime lui!!! On se raconte tout sur nous, on couche ensemble, on rigole, on danse, on se baigne, on va au cinéma, au restaurant. En fait, plein de choses simples mais qui, quand elles sont partagées en bonne compagnie, deviennent les plus belles choses au monde. Et c'est comme ça que je décrirais notre amour, comme un amour simple. Pas de passion qui me dévore les entrailles mais un amour où exister avec l'autre est facile. En somme pas du tout ce que je m'étais imaginée de l'amour. 

Mais justement comme ce n'était pas ce que j'avais imaginé, j'ai l'impression de me fourvoyer et que ce manque de passion est la preuve qu'il m'a dupée et qu'il ne m'aime pas vraiment. Il est juste trop gentil et puis c'est une situation tellement absurde, ça fait si peu de temps, on ne s'est jamais dit être en couple puisque je dois partir de toute façon. Je ne lui parle jamais de mes doutes, j'ai peur d'avoir la conversation du «Alors ça va où cette histoire en fait?». Les derniers jours ensemble nous devenons plus froids l'un envers l'autre, lorsqu'il me dépose à l'aéroport je le regarde à peine et l'embrasse brièvement. Je n'aime pas les adieux, je voulais couper les ponts progressivement. Je monte dans un avion et je m'en vais.

Plusieurs fois au téléphone, il me dit vouloir venir en France pendant quelques mois cet été s’il peut, et puis peut-être passer un semestre entier à Paris l'année d'après. Et je me rends compte que je n'arrive pas à envisager de passer à autre chose, je l'aime. Maintenant nous nous envoyons moins de textos, et nous ne nous appelons pas. J'ai l'impression d'être celle qui engage la conversation en premier la plupart du temps. Je recommence à douter, je me dis qu'il ne viendra pas mais j'espère tellement que je ne pense qu'à ça. C'est le premier garçon qui m'a dit je t'aime et nous nous sommes quitté non pas de notre propre volonté mais par la force des choses. 

Dois-je cependant espérer quelque chose de cette relation courte qui ne s'est jamais défini comme couple et dont un océan sépare les deux parties? 

FrenchGirl

Chère Frenchgirl,

La beauté des histoires d’amour, c’est qu’il y a toujours tout à espérer. D’un regard, d’une conversation de dix minutes, d’une nuit. Quand le sentiment est partagé, ce n’est pas le temps qui donne de la valeur, ni même les circonstances.

Et il existe toutes sortes d’amours. Vous semblez vous focaliser sur la folle passion de cinéma qui a nourrit votre imaginaire. Mais les passions s’éteignent. Elles font souffrir aussi. Je ne vous dis pas ici qu’il faut espérer et vous contenter d’un amour pantoufle mais bien de mesurer la chance que vous avez de partager avec l’autre cette sensation de bien-être et de simplicité. Une forme d’évidence qu’il ne faut pas minimiser. Ce n’est pas parce que ce n’est pas compliqué que ça n’a pas de valeur.

Concernant vos réserves sur «la définition comme couple», je vais vous répondre franchement. Je ne crois pas aux étiquettes. Ce n’est pas parce vous ne vous êtes pas dit «nous sommes un couple» ou qu’il ne vous a pas dit «tu es ma petite amie/compagne/mon amoureuse» que rien ne vous lie. Bien sûr que ces étiquettes structurent, qu’elles rassurent et accompagnent la relation sur des rails solides et connus. Mais elles ne sont pas obligatoires et relèvent parfois de la simple évidence.

Il arrive juste qu’à un moment, quand on partage le même amour, on devienne un couple par la force des choses pas parce qu’on a décidé de le devenir et qu’on a verbalisé cet engagement. Si cette absence d’étiquette vous ennuie, pourquoi ne pas lui en parler? S’il fait l’effort d’engager des frais et du temps pour venir jusqu’en France pour vous, qu’il envisage d’y rester pour partager votre culture et votre vie, alors vous ne vous pouvez pas lui reprocher de ne pas chercher à s’engager. Ce n’est pas un engagement pour la vie, certes, mais c’est un pas de sa part pour votre embryon d’histoire et c’est déjà beaucoup. C’est la preuve qu’il y croit et qu’il en a envie. Si vous partagez ce désir, confortez le dans ce projet.

Les histoires qui s’écrivent à des kilomètres de distance, même avec un océan entre les deux parties, existent. Certaines se noient dans l’éloignement, d’autres s’épanouissent. Ce n’est pas une épreuve insurmontable. Ou ça ne l’est que si vous le décidez. Vos doutes à son égard et à celle de votre histoire ne me semblent être que le reflet de vos propres incertitudes. Demandez-vous ce que vous voulez vraiment. Et donnez-vous les moyens d’y arriver.

Lucile Bellan
Lucile Bellan (154 articles)
Journaliste
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