France

Nous sommes tous responsables de l'ascension de Marine Le Pen

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 21.02.2017 à 12 h 36

[BLOG] Qu'est-ce-donc qui n'a pas fonctionné au sein même de nos sociétés pour que des idéologies si rapiécées atteignent de tels niveaux de popularité?

Marine Le Pen | Global Panorama via Flickr CC License by

Marine Le Pen | Global Panorama via Flickr CC License by

Dans ce vaste carnage de la démocratie transformée en une fête foraine foireuse où n'importe quoi peut désormais advenir, au beau milieu des déclarations intempestives distillées par des esprits fielleux en butte avec le principe de réalité, je ne peux m'empêcher de penser que nous avons tous une responsabilité face à ce naufrage annoncé ou réalisé.

Que d'une manière ou d'une autre, ce spectacle d'une démocratie dévoyée, mise à mal par des charlatans xénophobes et populistes, nous avons contribué à en asseoir la popularité, convaincus que jamais il ne pourrait constituer une authentique menace existentielle.

Comment est-il possible que des Trump là-bas, des Marine Le Pen ici, des bien tristes figures par ailleurs, de ces sinistres personnages qui, rencontrés dans les livres d'Histoire nous donnent des hoquets d'épouvante, comment donc ces gens-là sont-ils parvenus à s'installer au cœur même de nos démocraties au point de les vampiriser et de les jeter plus bas que terre?

Qu'est-ce-donc qui n'a pas fonctionné au sein même de nos sociétés prétendues civilisées pour que des idéologies si rapiécées, si peu enclines à l'empathie, si craintives, si contraires à l'idée de progrès, puissent remporter de tels niveaux d'adhésion et nous conduire de la sorte tout droit dans le précipice?

Comment, dans une société où l'école est obligatoire, où l'éducation est au cœur même de nos préoccupations quotidiennes, où dès le plus jeune âge nous sommes censés apprendre la vertu de la tolérance et la qualité de l'ouverture d'esprit, en est-on arrivé à ce stade où, à rebours de toutes ces considérations, on en vient à jeter l'opprobre sur des pans entiers de la population coupable de n'être pas assez blanche ou pas assez chrétienne ou pas assez patriote?

Ces interrogations, je me les pose chaque jour. À chaque heure. À chaque minute même.

L'explication, réduite à un seul problème économique, à une mondialisation trop brutale pour contenter chacun, à une déréglementation ressentie comme une dépossession, me satisfait seulement à moitié.

Comme si toutes les vastes hordes qui plébiscitaient ces bateleurs étaient tous des ouvriers déclassés, affamés, désespérés, ruminant la nostalgie d'un antique âge d'or à jamais révolu. Fadaises! Quand vous parvenez à réunir sous votre bannière des millions et des millions d'électeurs c'est que vous réussissez à toucher toutes les strates de la société, à investir chaque segment de la population, du chômeur jusqu'au cadre supérieur, de l'étudiant au retraité, de l'enseignant au fondé de pouvoir.

Peut-être est-ce à l'école que nous avons été le plus défaillant, que nous avons trop baissé notre garde, que nous avons peu à peu cédé à un air du temps qui voulait à tout prix désacraliser le savoir au risque de le dépecer et de le réduire à un simple vade-mecum tout juste bon à donner le change sans permettre l'établissement d'une véritable assise intellectuelle à même de résister aux vents mauvais de l'Histoire.

Peut-être payons-nous le prix aussi de toute cette culture de masse, toute cette logorrhée de la société du spectacle qui a renoncé depuis bien longtemps à instruire pour seulement divertir, pour toujours divertir, pour encore divertir, pour transformer l'être humain en une sorte de vache ahurie capable d'ingurgiter, sans jamais se rebeller, un nombre infini de crétineries sans nom.

Sans parler de l’avènement d'internet qui a permis à la bêtise de rayonner comme jamais, de circuler à une vitesse inouïe, de conquérir et de subvertir en trois coups de tweet des esprits ravis de découvrir chez des milliers de semblables la même appétence pour des idées marquées du sceau de la détestation de tout ce qui s'apparente à l'étranger.

Ou bien... ou bien alors... est-ce dans le cœur même de l'être humain, au plus profond de son âme, dans les marécages de son esprit même, qu'il existe une fascination pour tout ce qui dégrade, humilie, salit, ce parfum du mal et de la destruction auquel, par le passé déjà, le genre humain, à intervalles réguliers, a déjà succombé.

Il n'y a pas de hasard dans les déraillements de l'Histoire, juste une succession de renoncements, de petites lachetés, d'impairs sans conséquence qui mis bout à bout ont fini par laisser le champ libre à toutes sortes de folies nationalistes. 

Nous en sommes là. 

Et nous en sommes les premiers responsables. 

Enfin surtout vous!

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Laurent Sagalovitsch
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