Economie

L'économie du partage, cette utopie faussement égalitaire

Repéré par Florian Adam, mis à jour le 22.02.2017 à 10 h 11

Repéré sur The Guardian

D’Uber à Airbnb, les cas de discrimination se multiplient.

Airbnb Homepage | Valeriesophie via Wikimedia CC License by

Airbnb Homepage | Valeriesophie via Wikimedia CC License by

«À ce moment-là, j'ai réalisé que ma couleur de peau était un problème.» Le constat de Reed Kennedy est douloureux. Refus, après refus, impossible pour cet Afro-américain âgé de 42 ans de réserver une chambre pour lui et des amis le jour du Nouvel An à New York sur la plateforme Airbnb. Problème de place? Pas du tout, une autre personne «blanche» de son groupe a pu réserver sans aucun problème malgré un compte sans référence et non vérifié, contrairement au sien. À l'heure où de nombreux acteurs du secteur s'engagent contre Trump, l'utopie de la nouvelle économie ne s'appliquerait-elle donc qu'à certains? Pour répondre à cette question, la journaliste Chitra Ramaswamy, du Guardian, dresse un état des lieux de la discrimination à l’ère de l’ubérisation

Les cas se sont multipliés ces dernières années. L’université de Boston et de Seattle ont démontré qu’il existait chez Uber et Lyft un «modèle discriminatoire» contre les passagers noirs. Une école de commerce de Harvard fait également savoir qu’une personne faisant une réservation sur Airbnb avec un nom à consonance «afro-américain» avait 16% chance en moins d’être acceptée. Amazon n'avait pas ouvert dans un premier temps son système de livraison prioritaire à de nombreux quartiers afro-américains. La question reste sensible pour ces plateformes qui communiquent très peu sur la question, souligne la journaliste. Seul Airbnb a répondu aux questions du Guardian qui a d’ailleurs, pour gérer la crise d’image, publié en septembre 2016 sa nouvelle politique contre les cas de discrimination.

La question de la notation

Interrogé, Tom Slee, auteur de What’s Yours Is Mine: Against the Sharing Economy («Ce qui est à vous est à moi: contre l'économie du partage»), assure que la discrimination est encore plus insidieuse sur ces plateformes que dans l'économie réelle, car «la question de la responsabilité, nécessaire pour l’empêcher, n’a pas été réglée». «Airbnb et Uber affirment couramment qu'ils ne sont pas des fournisseurs d'hébergement ou de transport, de sorte que les règles “de non-discrimination” ne s'appliquent pas à eux», argumente Tom Slee pour le Guardian. Airbnb se refuse pour l'heure à supprimer les photos des profils, argumentant que c'est un élément important de la confiance des utilisateurs.

Autre point en cause: le système de notation. Dans une économie où une partie des acteurs est raciste ou sexiste, il est facile de discriminer en donnant simplement une évaluation moindre. Et à moins d'un suivi très pointu,  il n'y a aucun moyen d'établir explicitement la correlation entre les deux et de tenter de l'enrayer.

Alternatives?

Des plateformes alternatives cherchent aujourd'hui à pallier le manque d’action des leaders du marché. Stefan Grant, créateur de Noirbnb, et Rohan Gilkes, créateur de Innclusive, ont tous les deux subi des déboires avec Airbnb avant de se lancer. «Nous avons les photos de profils et les noms, mais nous les donnons les informations aux hôtes qu’a partir du moment où la réservation est confirmée», explique Rohan Gilkes. Mais elles n'ont pas l'influence et la portée de leurs illustres concurrents.

Pour Ben Edelmen, auteur d'un rapport à Harvard au sujet de la discrimination: «D'une certaine manière, Airbnb, Uber et les autres ont compris qu'en étant suffisamment gros, ils pourraient échapper à tout».

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