Culture

Les César et le festival de Cannes, une histoire sous influence

Temps de lecture : 5 min

La 42e cérémonie des César, diffusée le 24 février sur Canal+ en direct et en clair, devrait récompenser, comme c’est le cas depuis plus de vingt ans, des films médiatiquement nés sur la Croisette.

Canal+
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CONTENU PARTENAIRE - Les films sélectionnés et primés au festival de Cannes prennent de plus en plus de place au palmarès des Césars. D’où vient cette tendance et surtout permet-elle de pronostiquer les futurs gagnants de la 42ème cérémonie des César, diffusée en direct et en clair le 24 février sur Canal+.

Trente ans séparent la naissance du festival de Cannes (1946) de celle des César (1976), mais les deux cérémonies entretiennent une relation étroite depuis la fin des années 1980. Pourtant, lors de leur première décennie, les César ont couronné comme meilleur film des longs métrages dont aucun n’avait foulé le tapis rouge cannois : Le Vieux fusil (1976), Tess (1980), Le Dernier métro (1981), La Guerre du feu (1982) ou À nos amours (1984).

Sous influence cannoise

La première interpénétration des deux événements a lieu en 1987 lors de la césarisation de Thérèse d’Alain Cavalier, auréolé du prix du Jury l’année précédente à Cannes. D’autres festivals plébiscitent alors des films récompensés par l’Académie des César, comme la Berlinale avec Le Bal d’Ettore Scola ou Camille Claudel pour Isabelle Adjani, et la Mostra de Venise avec Au Revoir les enfants. L’inverse se produit avec le festival de Cannes qui prend rapidement l’ascendant sur les César.

Durant les années 1990, les César honorent dans la catégorie Meilleur Film pas moins de six films passés par Cannes, sur dix lauréats, dont 40% y ont reçu une récompense: Trop belle pour toi (Grand Prix du jury Cannes 1989), Cyrano de Bergerac (prix d’interprétation masculine 1990), Les Roseaux sauvages (sélection Un Certain Regard en 1994), La Haine (prix de la mise en scène 1995), Ridicule (qui ouvre la 49e édition du festival de Cannes en 1996) et enfin La Vie rêvée des anges (double prix d’interprétation féminine en 1998).

La tendance fléchit dans les années 2000 avec seulement 20% des Meilleurs Films projetés sur la Croisette (Le Pianiste, palme d’or et Les Invasions Barbares). Depuis 2010, on assiste à une reprise de pouvoir manifeste puisque 100% des films césarisés dans la catégorie maître sont passés par Cannes : Un Prophète, Des Hommes et des dieux, The Artist, Amour, Les Garçons et Guillaume à table, Timbuktu et Fatima. Plus fort, un tiers y ont obtenu un prix, dont la palme d’or pour Mickael Haneke.

Le rôle moteur de Canal+

Pour comprendre comment les films cannois ont peu à peu trouvé leur chemin vers les César, il faut souligner le rôle de Canal+. Créée en 1984 par André Rousselet et Pierre Lescure, la chaîne cryptée mise immédiatement sur le cinéma. Véritable pilier économique, le septième art mobilise une part importante du chiffre d’affaires de Canal+. Impliquée largement dans la production cinématographique française, la chaîne développe naturellement sa présence dans tous les supports de diffusion et de promotion du cinéma hexagonal.

Dès 1986-1987, elle investit massivement dans le festival de Cannes, alors en perte de vitesse. Comme le rappelle Marc Tessier, directeur financier de Canal+ dans les années 1980 et ancien président de France Télévisions : « Nous avons sauvé Cannes. Canal a fait la fête à Cannes, produit des émissions mythiques et financé énormément d’événements. »(1) Et Frédérique Bredin, conseillère à la même époque de Jack Lang, chargée de la politique cinématographique d’ajouter « le festival de Cannes était en train de péricliter. On pensait qu’il allait se faire dépasser par celui de Venise.»(1)

En 1993, Canal+ devient le diffuseur officiel des cérémonies d’ouverture et de clôture du festival et chipe à France 2 en 1994 l’organisation et la retransmission de la Nuit des César. Multipliant sa participation financière à la production et donc le nombre de films français produits tout ou partie par StudioCanal, la synergie mise en place stimule à la fois la visibilité des métrages français à l’international via Cannes et leurs récompenses via les César.

Cinémas pluriels

Les César, qui s’inspirent de plus en plus des palmarès cannois, sont accusés d’être trop élitistes et auteuristes : on se souvient de l’envolée critique de Danny Boon concernant l’absence des Chtis dans les nominations. Dans le même temps, le festival de Cannes essuie, lui, de vives condamnations concernant sa supposée ouverture à un cinéma plus commercial, mainstream, voire trop populaire.

Les détracteurs de la Croisette crient aujourd’hui au scandale quand Da Vinci Code ou Grace de Monaco ouvrent le festival (toujours hors compétition). Ils oublient qu’E.T, Tommy ou Godzilla ont en leur temps rempli ces fonctions. Tout comme les César, accusés de faire le jeu d’un cinéma coupé du public, ont récompensé au fil des décennies des succès populaires (Trois hommes et un couffin, Amélie Poulain, Les Garçons et Guillaume à table) et des propositions plus confidentielles (Séraphine, Les Nuits fauves ou Fatima).

Plus qu’une opposition entre films d’auteur et films grand public, les politiques de Cannes et des César démontrent surtout une volonté d’hétérogénéité, un désir de promouvoir des cinémas pluriels, une envie de faire résonner des cinéastes, des thématiques et des univers différents. On retrouve cette propension au mélange des genres dans les productions de Canal+ qui ouvre son porte-monnaie et ses antennes à Luc Besson tout autant qu’à Abdellatif Kechiche ou Maiwenn.

Pronostics 2017

La loi d’airain qui consiste à observer les films présents à Cannes l’année précédant la cérémonie des César pour deviner le futur lauréat du prix du Meilleur Film s'appliquera-t-elle cette année? Si c'est le cas, on peut pronosstiquer le gagnant de la prochaine soirée du cinéma français.

Sept films concourent cette année dans cette catégorie: Divines, Elle, Frantz, Les Innocentes, Ma Loute, Mal de pierres et Victoria. On peut éliminer d’office Les Innocentes d’Anne Fontaine et Frantz de François Ozon, absents de Cannes. Ensuite le pronostic se corse car les cinq autres films ont trainé leurs guêtres sur la Croisette. Ces dernières années, le César du Meilleur Film a été attribué presque trois fois sur quatre à un métrage issu de la compétition officielle. Exit donc Victoria de Justine Triet (présenté à la Semaine de la critique) et Divines d’Houda Benyamina (Quinzaine des réalisateurs) bien qu’il ait raflé la Caméra d’or.

Restent en lice Elle, Ma Loute et Mal de pierres. Les réalisatrices ne remportent quasiment jamais de récompense : seulement quatre César du Meilleur Film ont été attribués à des femmes cinéastes en 41 éditions, soit moins de 10%. Statistiquement on peut abandonner Mal de pierres.

Pour départager Elle de Paul Verhoeven et Ma Loute de Bruno Dumont, il ne reste plus qu’à tirer à la courte paille ou à miser sur la vague qui semble porter Elle, Isabelle Huppert étant pressentie pour remporter l’Oscar de la meilleure actrice cette année. Evidemment, tous ces calculs purement statistiques ne rendent pas hommage à la dimension artistique ou émotionnelle qui fait pencher la balance pour l’un ou l’autre des films nommés. Victoria aurait alors autant de chances de remporter le César que Elle. Mais l’arithmétique est tenace…

1 — Citations tirées de Main basse sur la culture : argent, réseaux, pouvoir de Raphaël Poirier et Mickael Moreau

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42ème Nuit des César

Le 24 février 2017 à 21h

En clair et en direct

En exclusivité sur Canal+

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