Monde

Comment Daech endoctrine les enfants avec une application

Robbie Gramer, traduit par Peggy Sastre, mis à jour le 20.02.2017 à 10 h 32

Comment l’État islamique endoctrine les enfants grâce aux mathématiques, à la grammaire, aux tanks et aux fusils

Copie d'écran d'une application "éducative" de Daech

Copie d'écran d'une application "éducative" de Daech

Tous les enfants ont droit à l'éducation? L’État islamique, aussi, a ses programmes scolaires pour former au mieux ses futures générations de soldats. Des cours qui ne se limitent pas aux sujets purement djihadistes, mais font aussi la part belle aux mathématiques, à la grammaire ou encore à l'anglais –comme n'importe quelle école banale. Daech a ses établissements, ses manuels, et même une application «éducative» pour les enfants. Autant d'éléments surréalistes et terrifiants qui nous éclairent sur les ambitions et la stratégie de l'organisation terroriste.


 

Voici des copies d'écran de l'application censée apprendre aux enfants l'alphabet... mais aussi les familiariser avec la compagnie des tanks ou des fusils à pompe.

Un extrait de l'alphabet:

B comme bunduqia (fusil).

S comme sayf (sabre)

D comme dabada (tank)

Selon les experts, la pédagogie recèle des objectifs tactiques. «Il y a un besoin de préparer physiquement et mentalement les enfants à devenir la “prochaine génération” de soldats», explique Mia Bloom, de l'université d’État de Géorgie. «En exposant les enfants à la violence au quotidien, elle cesse d'être choquante et se normalise», ajoute l'auteure de Dying to Kill: The Allure of Suicide Terror.

Avec d'autres collègues de son université, au sein du Projet Minerva, Bloom travaille sur ce genre d'applications, mais aussi sur les manuels scolaires et tous les outils éducatifs macabres que l’État islamique a pu concevoir. Elle explique avoir déjà déniché trente-cinq manuels, facilement téléchargeables dans les bas-fonds d'internet et prêts à l'emploi. Certains sont en anglais. Toutes les découvertes sont transmises aux autorités américaines.

Les projets éducatifs de l'État islamique ne se limitent pas aux livres. En 2015, l'organisation a construit des écoles dans l'est de la Syrie, avec des programmes et des professeurs dédiés à l'endoctrinement des enfants.

Et quelle école n'a pas ses cours d'éducation physique? L’État islamique a là aussi tout prévu, avec des séances qui privilégient moins la balle au prisonnier que les techniques d'assaut et de combat au corps-à-corps.

Sans oublier les cours de maths, où les enfants apprennent à compter des cerises, des crayons, des pistolets et des kalachnikovs.

Voici des extraits d'un manuel d'anglais pour classes primaires, obtenu par l'Institut de recherche des médias du Moyen-Orient.

Selon les experts, la chose n'a rien d'exceptionnel dans l'univers terroriste. La formation des enfants est sans doute l'un des fronts les plus importants –mais aussi les plus sous-estimés– de la lutte contre le terrorisme. Que ce soit l'ETA ou le Hezbollah, bon nombre de groupes ont leurs propres programmes éducatifs visant à attirer les enfants dans leurs rangs.

«Cela augmente la résistance des organisations et diminue l'efficacité des assassinats ciblés, par exemple», explique Bloom. «Si un cadre est droné ou tué par des forces spéciales, ses enfants sont à même de prendre rapidement sa place».

Pour les autorités et les experts, il est encore trop tôt pour mesurer les effets des initiatives éducatives de l’État islamique, vu que l'organisation dépasse à peine les deux ans d'âge.

Reste que, contrairement à d'autres groupes, l'EI est particulièrement doué sur un plan technologique, d'où un impact potentiellement plus fort. En particulier, l'usage que fait Daech des réseaux sociaux est «plus sophistiqué que ses prédécesseurs», affirme Peter Weinberger, spécialiste du contre-terrorisme et chercheur à l'université du Maryland.

Des investissements qui peuvent payer. Selon Weinberger, lorsque les «lionceaux» de l’État islamique sauront parler anglais, ils pourront s'entretenir avec d'autres réseaux criminels, recruter davantage de monde dans les villes occidentales ou encore renforcer la portée de la propagande sur internet.

Et les enfants ont aussi de sinistres devoirs à faire. Pour 2016, les Nations Unies ont consigné 362 cas d'enfants soldats en Syrie, dont 274 attribués à l’État islamique. L'organisation aurait utilisé ces enfants dans des raids, des combats, mais aussi des exécutions d'ennemis et d'otages. Les experts sont formels: d'enfant à bourreau, le chemin sera toujours parti d'un banc d'écolier.

Robbie Gramer
Robbie Gramer (1 article)
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