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- Par Alexandre Lévy
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Ancien rédacteur au Monde.fr, Alexandre Lévy est journaliste à Courrier International. Il est l'auteur du livre «Le gang des barbares». Sur Slate.fr, il traite notamment les sujets liés à la justice et à la police.
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Alexandre Lévy
Ancien rédacteur au Monde.fr, Alexandre Lévy est journaliste à Courrier International. Il est l'auteur du livre «Le gang des barbares». Sur Slate.fr, il traite notamment les sujets liés à la justice et à la police.
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Le spectre des «milices de Sarkozy»
Histoire d'un vrai-faux «bug», créé par Jean-Luc Mélenchon, après le déplacement de Nicolas Sarkozy en banlieue.
Jean-Luc Mélenchon ne met pas en doute l'intégrité et le professionnalisme des médias. Mais il s'étonne qu'ils aient pu laisser sous silence une info aussi «énorme», à savoir l'annonce par le chef de l'Etat lors de son déplacement en banlieue le 24 novembre de la création de «milices» composées de citoyens bénévoles dans les quartiers. Pourtant, s'insurge le président du Parti de gauche, il suffit de lire le discours que le chef de l'Etat y a prononcé à cette occasion:
Des réservistes expérimentés seront recrutés comme délégués à la cohésion police-population. Ils s'appuieront sur des "volontaires citoyens de la police nationale", c'est à dire des habitants dont je veux engager le recrutement pour qu'ils s'impliquent dans la sécurité de leur propre quartier.
Alors, Jean-Luc Mélenchon a pris sa plume et appelé, sur son blog, à une «action urgente» sur le sujet:
Il s'agit là du système expérimenté par Silvio Berlusconi en Italie et que l'on appelle «les chemises jaunes» du nom de la couleur de la chemise de ces miliciens. (...) Qui peut être d'accord avec ça? Imaginez-vous concrètement ce que cela veut dire comme pouvoirs exorbitants accordés à ces personnes? Il faut rapidement que nos parlementaires et nos élus locaux s'opposent à cette absurdité. Les milices locales sont la fin du maintien de l'ordre républicain. Aucune des imperfections et lacunes béantes de ce dernier ne justifie que l'on régresse à cette logique milicienne qui va déclencher des abus prévisibles et des inquisitions intolérables dans un pays libre.
L'indignation du président du Parti de gauche se répand alors rapidement. Les lecteurs de son blog, les militants, puis les médias et réseaux proches de la «gauche de la gauche» s'en font l'écho dans des termes sans équivoque. On y rappelle le passé vichyste de la France, les risques d'affrontements dans les quartiers et, une fois de plus, on s'étonne du peu de réactions suscitées par cette annonce. «Sarkozy annonce la création de milices de maintien de l'ordre. Tout le monde s'en fout», titre Bellacio. Invité sur France Inter dimanche soir dans l'émission «Demain la veille» (dont Slate est partenaire), Jean-Luc Mélenchon évoque le sujet provoquant l'émoi des journalistes. «Je ne l'ai vu nulle part», réagit Jean-Marie Colombani. «Ça a fait figure de révélation», s'en vante le sénateur le lendemain sur son blog.
En fait, sur ce coup, les médias n'y sont pour rien. Si personne n'en a parlé, c'est que Nicolas Sarkozy n'a pas prononcé la phrase que lui attribue Jean-Luc Mélenchon lors de son déplacement en banlieue en novembre. Ni dans les commissariats, ni dans la rue, ni lors de la table ronde organisée au Perreux. Il a certes beaucoup parlé de vidéosurveillance, de lutte contre les trafics, de «sanctuarisation» des écoles et de ces voyous qui font la grasse matinée, qui roulent en Porsche et arborent des montres de luxe. Mais pas un mot sur les «citoyens volontaires» sensés rapprocher la police aux habitants des quartiers sensibles.
«Nous sommes à l'origine d'un bug», reconnaît mardi Laurent Mafféïs, l'assistant de Jean-Luc Mélenchon, qui promet une rapide mise au point sur le site du sénateur de l'Essonne. En cause, une «compilation de discours de Nicolas Sarkozy», selon Mafféïs. La phrase en question figure bel et bien dans un discours de quinze pages du chef de l'Etat, mais prononcé le 8 février 2008 lors de la présentation du plan «Espoirs banlieue» piloté par Fadela Amara. «Sur le fond, notre indignation reste la même et nous comptons demander des comptes au gouvernement sur cette initiative», précise l'assistant de Jean-Luc Mélenchon.
Le ridicule succès de l'initiative
C'est peut-être un peu tard. Parce que cette initiative ne date pas d'hier, ni de 2008 mais de 2006 (bien avant donc des «chemises jaunes» de Silvio Berlusconi...). En revanche, elle est bien de Nicolas Sarkozy même si aujourd'hui il semble s'être quelque peu désintéressé de l'idée qu'il a introduit alors qu'il était ministre de l'Intérieur. Dans un document interne de la Direction générale de la police nationale (DGPN), il est précisé que cette initiative a été annoncée le 12 janvier 2006 par Nicolas Sarkozy; son «expérimentation» est lancée le 1er juillet de la même année.
Sous forme de FAQ, cette note présente le «service volontaire citoyen» aux différents corps de la Police nationale. Sa mission est de compléter la mission des forces de l'ordre classiques par la prévention et de renforcer les liens de ces dernières avec la population. Les «volontaires citoyens» n'ont aucun pouvoir de police et ne sont pas rémunérés. Les modifications apportées le 5 mars 2007 à la loi sur la sécurité intérieure de 2003 donnent une base législative au dispositif. A partir de cette date, le Service volontaire citoyen (SVC) est officiel et il fait l'objet d'une rubrique particulière sur le site du ministère de l'Intérieur. Sa description est une version très light du PCSO britannique (Police Community Support Officer) qui, lui, peut se targuer d'un véritable uniforme. Son homologue français se contentera d'un coupe-vent bleu et d'un badge, les deux étant facultatifs. Le recrutement est désormais ouvert sur tout le territoire.
Mais, visiblement, on ne s'est pas bousculé au portillon. L'expérimentation de 2006 avait pour objectif de recruter un millier de bénévoles sur une vingtaine de départements. A peine un tiers se sont manifestés. A partir de 2008, Michèle Alliot-Marie, qui a hérité du projet, a bien voulu donner un coup d'accélérateur en communiquant davantage sur le projet, mais l'affaire est restée anecdotique. Par manque de candidats mais aussi par la méfiance et, parfois, l'hilarité qu'elle a provoquée au sein des forces de police.
La sinistre mémoire des milices
Et, pendant toutes ces années, l'existence de ce que Mélenchon appelle les «milices de Sarkozy» n'a provoqué de réactions massives, y compris dans les milieux les plus anti-sarkozystes. Idem pour le discours de 2008; l'Internaute magazine a bien ouvert un sondage sur cette question des volontaires citoyens, mais l'affaire a fait un flop. Une quarantaine de personnes se sont prononcées, dont 20 contre et 18 pour. Les quelques articles de presse qui en parlent, notamment dans la presse régionale, racontent la motivation de papys qui veulent surtout se «rendre utiles en aidant les gens».
Mais les «auxiliaires de police» n'ont jamais bonne presse. Et il n'y pas que Vichy ou les rondes plus récentes des «chemises jaunes» en Italie... Il y a aussi les droujinniki russes, récemment remis au goût du jour par le régime actuel, et plus généralement cette mémoire encore vive de près de cinquante ans de régimes totalitaires à l'Est de l'Europe où des «citoyens responsables» étaient capables d'envoyer un voisin au Goulag (et s'approprier son appartement au passage) en rapportant à la police qu'il était un fan des Beatles. Les temps ont bien changé depuis. Mais ça ne dissipe pas l'inquiétude d'Hélène Franco, membre du bureau politique du Parti de gauche et animatrice de la Commission justice et libertés. «On malmène ainsi la République», dit-elle en craignant que les citoyens volontaires ne se généralisent et que surtout, à la faveur de la crise, le pouvoir ne soit tenté de les rémunérer. Elle aussi, elle tient ses informations du blog de Jean-Luc Mélenchon. «Je lui fais confiance», dit la juriste.
Alexandre Lévy
Image de une: «The local militia» CC Flickr James Wheare
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Comments
Malaise
Et dire qu'il y en a encore qui se demandent qui "malmène la République" !
Marianne Arnaud
Il fallait que ça tombe sur lui!
C'est le problème quand on laisse ses réflexes conditionnés prendre le pas sur la réflexion, tout agrégé de philo qu'on soit. Comme quoi, des années "d'idéologisme" laissent toujours des traces....
Cet épisode permet d'illustrer une fois de plus la facilité et la rapidité avec laquelle une rumeur peut se répandre sur l'Internet. Et nous oblige d'autant plus à exercer notre sens critique et d'analyse sur toute information, qu'elle circule sur le net, ou qu'elle soit diffusée par un média historique.
Droite décompléxée et après
En réalité cet épisode permet d'illustrer une fois de plus la facilité et la lenteur avec laquelle un discours prononcé mais pas écouté peut se répandre sur l'Internet . Le discours du 8 février 2008 a mis presque deux ans à être entendu, et ne s'est répandu que grâce à une confusion.
Le 8 février 2008 on était en pleine époque de la "droite décomplexée "et ce discours passait bien, maintenant on est dans l'après et c'est sûr que Sarkozy ne se risquerait pas dans ce terrain là des Sarko-Rangers, mais le discours a bel et bien été prononcé ("volontaires citoyens de la police nationale") n'est-ce pas ?
AlfredoGarcia
To write or not to write ?!
Un article aussi long sur un sujet dépourvu d'un intérêt réel, simplement dans le but de discréditer la ou les "gauches".
Ce n'est pas digne de Slate.fr
Il serait bon que vos auteurs, lorsqu'ils n'ont rien à dire, soient autorisés à se taire en attendant des jours meilleurs : des jours mieux inspirés.
Comme nous tous ici.
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Ce qui est... n'est pas ! Car il s'agit toujours d'autre chose ; autre chose et autre part... et puis, ailleurs aussi.
encore un retard à la détente
La gauche ne lit pas les discours à l'instant T, autre point identique: l'identité nationale que le Président avait déjà évoqué en février 2009.
Il est vrai que la gauche a plus de lecture interne et doit regarder devant ,derrière, sur les côtés pour voir qui va "fusiller"qui.
Ce parti devrait se saborder pour être enfin crédible car magouiller pour être élu première secrètaire et cela sans que les militants demandent sa démission montre l'étendu du désastre.
Sauf si ma mémoire fait défaut mais les militants avaient voté pour le non cumul il semble que les éléphants s'en moquent alors que font les militants bafoués???RAS
A la gauche un parti de tontons et de tantes flingueurs.Triste pour ceux qui y croient mais également pour la France.
Deux heureux de cette carence politique, le Président et l'UMP.
MAYOMBE
carence politique
Cette carence politique je vois plutôt du côté de la droite, à 8 ans au pouvoir est nécessiteuse encore d'un discours aussi pathétique.
AlfredoGarcia
la médiocratie...
"Des réservistes expérimentés"
Mais rien que ça c'était à mourir de rire...
Les réservistes aujourd'hui c'est les bras cassés de la nation, à l'issue de mon service militaire (un des derniers) alors que j'étais plutôt bien vu de ma hiérarchie on ma vivement déconseillé de faire partie de la réserve et je devais considérer comme une fleur le fait que l'on ne me m'y inscrive pas...
"ces voyous qui font la grasse matinée, qui roulent en Porsche et arborent des montres de luxe."
Nicolas Sarkozy !
Quoi ? C'est pas la bonne réponse ??
Ah non c'est vrai il se lève tôt...
Un peu d'histoire...
*La retranscription qui va suivre est une oeuvre de pure fiction et tout lien avec la réalité n'est qu'involontaire*
La Milice Volontaire pour la Sécurité Nationale (MVSN) était un corps militaire de la France républicaine. Sa création est le résultat de la volonté politique de son président, exprimée en 2006. Initialement conçue comme une milice et utilisée exclusivement par l'UMP (elle obéissait seulement au ministre de l'intérieur désigné parmi les membres de ce parti), avec la « constitutionalisation » du présidentialisme et en désaccord avec l'opposition, elle finit par se confondre avec la police et la gendarmerie.
Les "Réservistes expérimentés" étaient les adhérents aux milices du régime présidentiel de Nicolas Sarkozy, organisés depuis le 24 novembre 2006 en Faisceaux de combat équipés de karsher.
Ce sont eux qui ont permis l'accession de Sarkozy en 2012, en contrôlant l'entrée des centres de vote et en refoulant la "racaille" dont il fallait débarasser le pays.
Fin 2010, ils étaient 17 000. En 2012, lorsque Monsieur Sarkozy est réélu avec 90% des votants et 10% des inscrits, on dénombrait 700 000 "Réservistes expérimentés", regroupées alors dans l'UMP.
Ils employaient des méthodes expéditives (coups de bâtons, incendies…) et faisaient boire de l'huile de ricin aux protestataires.
*La retranscription qui a suivie est une oeuvre de pure fiction et tout lien avec la réalité n'est qu'involontaire*
Pour une fois, ..
au lieu de commenter le blog et le buzz de M. Melenchon, une analyse de la politique sécuritéire fascisante de M Sarkosy aurait été la bienvenue, avec une réelle reconnaissance pour la piqure de rappel (en ces temps de vaccination) administrée par M. Melenchon. ""Les modifications apportées le 5 mars 2007 à la loi sur la sécurité intérieure de 2003 donnent une base législative au dispositif. A partir de cette date, le Service volontaire citoyen (SVC) est officiel et il fait l'objet d'une rubrique particulière sur le site du ministère de l'Intérieur. Sa description est une version très light du PCSO britannique (Police Community Support Officer) qui, lui, peut se targuer d'un véritable uniforme. Son homologue français se contentera d'un coupe-vent bleu et d'un badge, les deux étant facultatifs. Le recrutement est désormais ouvert sur tout le territoire."" Autant dire que M Sarkosy peut créer des milices quand et comme il le voudra, l'arsenal législatif est disponible, il n'y aura pas de débat parlementaire, etc.....