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Admettons le crime contre l’humanité du colonialisme

Claude Askolovitch, mis à jour le 17.02.2017 à 10 h 22

Un «crime contre l’humanité», la colonisation? Evidemment, dans le sacrifice des esclaves razziés par la France républicaine pour construire un chemin de fer, dans l’idéologue de la domination, dans la chosification des indigènes. Puisque l’affaire Macron nous y oblige, regard sur le passé.

Photo émise en 1931 de la locomotive «Mikado» du chemin de fer Congo–Ocean /  AFP

Photo émise en 1931 de la locomotive «Mikado» du chemin de fer Congo–Ocean / AFP

Les politiques qui fustigent Emmanuel Macron en pensant capter le pays devraient entendre un poète disparu, qui parlait il y a 67 ans de notre colonialisme; ses mots font pièce à leur ignorance. Martiniquais, Aimé Césaire était de France, de langue, peut-être de rêves, certainement de blessures, absolument d’intelligence. Il n’avait pas les délicatesses hypocrites de notre âge. On ne faisait pas encore commerce d’une identité blessée, pour faire croire à la France qu’on l’insulte quand on lui dit son passé. Césaire avait vécu ce dont il parlait.

En 1950, Césaire publie un Discours sur le colonialisme, qui, cinq ans après la fin du nazisme, arrache aux civilisés leur masque de bienséance, et révèle leur figure de sang:

«Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour: les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets. On s’étonne, on s’indigne. On dit: «Comme c’est curieux! Mais, Bah! C’est le nazisme, ça passera!» Et on attend, et on espère; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’oeil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens; que ce nazisme là, on l’a cultivé, on en est responsable, et qu’il est sourd, qu’il perce, qu’il goutte, avant de l’engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne. Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est que l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique.»

On imagine l’effet de ces phrases, sur nos bourgeois d’aujourd’hui, qui frémissent devant la «repentance», et qui profanent pour se rassurer. Ils pensent enterrer nos vieilles horreurs sous le Mal absolu, et lancent le mot «Auschwitz» comme un exorcisme, quand ils vitupèrent Macron pour une phrase prononcée en Algérie, sur le «crime contre l’humanité» qu’a été la colonisation. Ils affirment que sans chambre à gaz, le crime ne serait pas contre l’Homme? Il ne serait, alors, de crime contre l’humanité que génocidaire? La destruction des juifs d’Europe est une abomination que l’on exploite trop volontiers, avec ruse ou naïveté, méchanceté parfois, pour empêcher l’histoire.

Un crime contre l’humanité avant le terme 

Laissons Macron, qui se défend bien tout seul, dans l’équilibre qu’il veut expliquer entre la barbarie du colonialisme, et ce qu’il amena de civilisation, «par effraction», dans les territoires conquis. Ceci est une autre histoire. Il n’est pas sûr qu’une campagne présidentielle soit le lieu adéquat de la pédagogie. Mais on nous y emmène. Restons avec Césaire, plutôt, et ce qu’il répondait, par avance, aux effarés contemporains.

Il citait aussi, Césaire, cette phrase de Hitler: «Nous aspirons, non pas à l'égalité, mais à la domination. Le pays de race étrangère devra redevenir un pays de serfs, de journaliers agricoles ou de travailleurs industriels. Il ne s'agit pas de supprimer les inégalités parmi les hommes, mais de les amplifier et d'en faire une loi.»

La phrase aurait pu s’appliquer à toute l’histoire des colonisations. Prendre une terre et en extraire le suc, et en exploiter ses hommes, en faire nos choses, nos outils, nos soldats, nos coolies, nos porteurs, nos bâtisseurs de ponts, les instruments de notre gloire. Entrée en Afrique noire, au XIXe siècle en prétendant abolir l’esclavage, la France le rétablit prestement et subtilement, en mettant en place le travail forcé. Il s’agissait d’offrir, au colonisateur, qu’il s’agisse de l’administration ou des entrepreneurs venus exploiter les terres conquises les moyens de son développement.

Ses formes étaient variées. L’indigène pouvait être réquisitionné, tout simplement, aux fins d’intérêt général. Dans la revue «Civilisations», en 1993, l’historien Babacar Fall décrivait le procédé:

«L'administration s'est appuyée sur les chefs indigènes pour procéder à la réquisition des travailleurs pour la coupe, le transport et la pose des poteaux télégraphiques. Les réquisitionnés ont servi également à des corvées de halage des chalants et de déchargement des navires des commerçants européens ou libano-syriens. Avec l'ouverture des chantiers ferroviaires, la même procédure a permis d'apporter une solution à la question de la main-d'oeuvre. Jusqu'en 1919, le recours à la réquisition de la main-d'oeuvre reste de rigueur. La majorité des travailleurs recrutés est mobilisée par voie de force.»

 

«Les théoriciens de la colonisation estimaient que les indigènes étaient à peine arrachés de la barbarie, qu'ils constituaient des peuples indolents, imprévoyants»

Babacar Fall

L’indigène pouvait aussi être soumis à un impôt physique, l’amenant à travailler pour régler sa dette à l’Etat. On appelait «prestation» cette renaissance de la «corvée» de l’ancien régime. On lui imposait aussi ce qu’il devrait cultiver, s’il était paysan. Babacar Fall, encore:

«Les théoriciens de la colonisation estimaient que les indigènes étaient à peine arrachés de la barbarie, qu'ils constituaient des peuples indolents, imprévoyants. Leur économie agricole très primitive les prédisposait à ces attitudes. Aussi, la métropole devait, en vue de faire progresser rapidement l'agriculture de ces régions, employer la pression administrative pour imposer certaines cultures industrielles dites obligatoires qui avaient, selon elle, une vertu éducative».

L’indigène corvéable à volonté, était aussi soumis à un entrelac de punitions, de contraintes, de pratiques restrictives, de châtiments sans appel. Le code de l’Indigénat, inauguré en Algérie, listait en 1880 les infractions suivantes, applicables aux seuls autochtones: «Réunion sans autorisation, départ du territoire de la commune sans permis de voyage, acte irrespectueux, propos offensant vis-à-vis d’un agent de l’autorité même en dehors de ses fonctions»

Ce fut un crime contre l’humanité, avant même que le terme soit inventé. Apparu en droit après la deuxième guerre mondiale, cernant initialement le génocide juif, son acception a été étendue. Aux termes de l’article 212-1 du code pénal français, sont notamment constitutifs du crime contre l’humanité «la réduction en esclavage», «la persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable» ou «les actes de ségrégation commis dans le cadre d'un régime institutionnalisé d'oppression systématique et de domination d'un groupe racial sur tout autre groupe racial». On a ici, exactement, ce qui encerclait les indigènes des colonies françaises.

L'Algérie: lieu de l'extrême illusion des colonialistes

La France, par ruse ou surmoi, atténuait sa violence en soignant le décor; elle entendait civiliser en brimant. Elle installait -en Algérie- des copies de France dans des villages d’européens, laïques et républicains. Elle choisissait -partout- parmi les serfs, les plus prometteurs, dont on ferait des contremaîtres, et plus encore, des maîtres, et pour certains, nos égaux: ceux -là, privilégiés du talent, justifieraient le sort des relégués. C’était un artefact.

Césaire le savait. Il était, nègre des colonies caraïbes, témoin de la fin d’une époque, quand le colonialisme avait épuisé toutes ses ruses et allait chuter. Césaire était l’ami de Senghor, lui sorti du Sénégal pour être initié à notre grammaire; Senghor qui avait été le protégé de Blaise Diagne, député et ministre au temps de Clemenceau et Poincaré, le premier noir africain ainsi élevé; Diagne qui avait organisé le grand massacre de ses compatriotes, en 14-18, mobilisant les africains dans les tranchées d’une terre grasse qui ne leur était rien. Diagne espérait que le sang des tirailleurs leur garantirait la liberté. C’était duperie. On le savait.

Quatre ans après le livre de Césaire, le colonialisme tomberait en Algérie dans les meurtres et les bombes du FLN, contrés par la torture et le baroud des paras. Cela ne pouvait que mal se terminer, et singulièrement en ce lieu: c'est en Algérie que l’illusion des colonialistes français s’était exprimée jusqu’à sa perfection. Poser une France, peuplée de braves gens qui seraient des dupes, sur la domination, le rapt, le mépris et l’inégalité. Que le peuple pied-noir, se croyant chez lui, étant chez lui, s’était retrouvé soudain en danger, tué dans les attentats, poussé à l’extrémisme, conforté dans sa colère -et puis finalement lâché, expulsé, inconsolé, c’était la conséquence logique et la faute absolue de l’Etat français, tous régimes confondus, jusqu’à ce que De Gaulle impose la simple vérité. L’Algérie avait été volée à elle-même, et ses plus chers enfants, malgré eux, étaient des receleurs.

Dire cela n’est insulter personne; ni les footballeurs algérois d’El Biar, qui battaient le grand Reims dans un match de coupe en 1958, alors même que leur stade était endeuillé d’un attentat; ni l’instituteur Louis Germain, qui donnerait au jeune Albert Camus, le meilleur de la France; ni Cheikh Raymond Leyris, virtuose juif de musique arabe, dont l’assassinat par le FLN marquerait la fin du judaïsme algérien, balayé avec son protecteur français d’un pays dont il était depuis toujours. On sait tout cela. De cette injustice, le colonialisme fut la cause. Comme il fut la cause des villages razziés et détruits au temps de la conquête, de l’humiliation indigène, des massacres de Sétif, en 1945, le jour de la victoire contre le nazisme!

Dirait-on que l’hitlérisme devrait être pardonné pour la Volkswagen, ou Mussolini pour les Marais Pontins assainis?

Il est plaisant de voir ceux qui défendent le colonialisme aller chercher ses victimes et ses dupes -pied-noirs et harkis- pour le défendre. Plaisant aussi de voir décliner par des niais contemporains un argument qu’on n’oserait employer pour d’autres régimes. Dirait-on que l’hitlérisme devrait être pardonné pour la Volkswagen, ou Mussolini pour les Marais Pontins assainis? Mais Florian Philippot, perroquet de la République frontiste, défend le colonialisme au nom du bitume et du tableau noir, et a proclamé sur twitter, là où il débat, et puis à la télévision, où il s’ébat, ceci, en français expédié:

«Crimes contre l'humanité M.Macron les routes, les hôpitaux, la langue française, la culture française? Stop à cette repentance permanente!»

A lui aussi, Césaire avait répondu.

«On me parle de progrès, de "réalisations", de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes.

Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées.

On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer.

Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris, sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse.

Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme.»

Campement des travailleurs Saras et de leurs familles (1930) Via Wikimédia. 

Congo-Océan

Césaire citait ces ceux mots, Congo-Océan. Ils ne disent pas grand-chose à nos contemporains. Ils ont été pourtant une honte française, et la preuve du crime. En juillet 1914, quand s’approche la Grande Guerre, la France veut relier le coeur de son Afrique, Brazzaville a, à la côte Atlantique, Pointe-Noire. Il y a quelques 500 kilomètres de chemin de fer à construire, pour ce qui sera l’armature de l’Afrique Equatoriale française. Les travaux démarrent en 1921. Ils seront la mort de 17000 africains. Les travaux ont été partiellement confiés à la Société de construction des Batignolles. Ils butent sur le massif du Mayombe, une montagne humide, spongieuse, infernale bientôt. Les travaux de terrassement se font à la main, à la pioche, jusqu’à l’épuisement des ouvriers. Le gouverneur général Antonetti pousse les feux. L’administration coloniale doit fournir l’entreprise en main d’oeuvre. Elle recrute, par force, autour du chantier, puis bientôt sur un périmètre plus large: les hommes savent que l’on meurt pour le chemin de fer. On finira par razzier des travailleurs à des centaines de kilomètres du Congo, en Oubangui-Chari, au Tchad et au Cameroun. Les ouvriers meurent sur le trajet vers le chantier. Ils meurent en travaillant. Ils meurent dans les camps où on les loge…
 

Il faut accepter le sacrifice de 6 à 8000 hommes, disait Monsieur Antonetti, ou renoncer au chemin de fer!

En 1928, le journaliste vedette de l’époque, Albert Londres, explore l’Afrique française pour «le Petit parisien». De cette série d’article, il tirera un livre, Terre d’Ebène, publié en 1929 et sous-titré, «La traite des noirs ». Les pages qu’il consacre au chantier du Congo-Océan sont hallucinantes:

«J'ai vu construire des chemins de fer; on rencontrait du matériel sur les chantiers. Ici, que du nègre! Le Nègre remplaçait la machine, le camion, la grue; pourquoi pas l'explosif aussi?...

Pour porter les barils de ciment de 103 kg, "les batignolles" n'avaient pour tout matériel qu'un bâton et la tête de deux Nègres! Epuisés, maltraités, loin de toute surveillance européenne, blessés, amaigris, désolés, les Nègres mouraient en masse (…) C’était la grande fonte des Nègres…! Les huit mille hommes promis aux Batignolles ne furent bientôt plus que cinq mille, puis quatre mille puis deux mille. Puis dix-sept cent! Il fallut remplacer les morts, recruter derechef. À ce moment, que se passa-t-il?

Ceci: dès qu’un Blanc se mettait en route, un même cri se répandait: "La machine!". Tous les nègres savaient que le Blanc venait chercher des hommes pour le chemin de fer; ils fuyaient. "Vous-mêmes, disaient-ils à nos missionnaires, vous nous avez appris qu’il ne fallait pas se suicider. Or, aller à la machine, c’est courir à la mort". Ils gagnaient les bois, les bords du Tchad, le Congo belge, l’Angola (…) Nous nous mettions à la poursuite des fugitifs. Nos tirailleurs les attrapaient au vol, au lasso, comme ils pouvaient! On en arriva aux représailles. Des villages entiers furent punis. (…) Il faut accepter le sacrifice de 6 à 8000 hommes, disait Monsieur Antonetti, ou renoncer au chemin de fer!"

Le sacrifice fut plus considérable. A ce jour, ce pendant il ne dépasse pas dix-sept mille. Et il ne nous reste plus que trois cent km de voie ferrée à construire!»

Quelques mois plus tôt, l’écrivain André Gide, un des maîtres à penser de l’époque, défenseur de la liberté de conscience et d’un individualisme d’esthète, est entré en indignation. Le journal socialiste «Le Populaire», puis la NRF, ont publié son Voyage au Congo, un récit faussement poétique, en réalité d’une âpreté à vif, sur l’Afrique française qu’il vient de parcourir, entre mai 1926 et juillet 1927. Lui aussi a rencontré le drame du Congo-Océan.

«Le chemin de fer Brazzaville-Océan est un effroyable consommateur de vies humaines. Voici Fort-Archambault tenu d’envoyer de nouveau mille Saras. Cette circonscription, est particulièrement mise à contribution pour la main-d’œuvre indigène. Les premiers contingents envoyés par elle ont eu beaucoup à souffrir, tant durant le trajet, à cause du mauvais aménagement des bateaux qui les transportaient, que sur les chantiers mêmes, où les difficultés de logement et surtout de ravitaillement ne semblent pas avoir été préalablement étudiées de manière satisfaisante. La mortalité a dépassé les prévisions les plus pessimistes. À combien de décès nouveaux la colonie devra-t-elle son bien-être futur?»

Toute cette histoire est arrivée

De retour en France, Gide a alerté. Londres a embrayé. «L’esclavage, en Afrique, n’est aboli que dans les déclarations ministérielles d’Europe», lance-t-il. On débat. On sait, dans la République, ce qui se passe en notre nom. Les lobbies coloniaux se déchainent contre Londres et Gide. On oubliera? En 1930, la société des Nations, cette préfiguration de l’ONU, a débattu du travail forcé. La France a été interrogée. Elle est, dans sa gloire coloniale, une accusée?

Il faut une guerre mondiale encore, où la liberté française est repliée dans les colonies, à Brazzaville justement, puis à Alger, il faut les engagements de De Gaulle, il faut la Libération, pour qu’un peu de dignité édulcore le colonialisme. En 1946, une loi de la République, votée à l’unanimité, abolit le travail forcé. Ce n’est qu’alors que la France n’est plus esclavagiste. Un député a porté cette loi. Il se nomme Félix Houphouet Boigny. Il vient de Côte d’Ivoire; il est de cette élite dont la France pense qu’elle garantira son éternité africaine, instituteur formé ensuite à une médecine au rabais, dans des études incomplètes -celles auxquelles peuvent prétendre les indigènes. Il est plus fort que ce plafond de verre, entré en politique, élu. «Houphouet» crée ensuite un parti politique, le Rassemblement démocratique africain, et devient un personnage de la République, puis celui qui conduit la Côte d’Ivoire à l’Indépendance, sans couper le lien avec l’ancienne métropole, dans ce qui deviendra la « Françafrique ». Une autre histoire, toujours marquée par le colonialisme, mais autrement? Le sujet est ailleurs; il faut un élu venu d’Afrique pour que la splendide France, en 1946, cesse d’être criminelle contre l’humanité, sans le savoir, ce qui ne change rien.

Toute cette histoire est arrivée. Nul aujourd’hui n’en est responsable. La seule faute, chez ceux qui nous dirigent ou prétendent nous diriger, serait de l’enterrer dans des démagogies de circonstances; de prétendre que l’on blesse les français, d’hier ou d’aujourd’hui, quand on met des mots sur l’histoire. Il est absurde qu’un Fillon, qui sait par son ascendance vendéenne ce que les persécutions signifient, ne le comprenne pas; il est idiot que par réflexe, par fétichisme, par paresse, on continue un discours cadenassé, quand il serait si simple de nous rendre fiers, nous français, d’être les descendants de Gide, de Césaire ou d’Albert Londres.

Claude Askolovitch
Claude Askolovitch (136 articles)
Journaliste
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