Nucléaire: le dangereux mécano du président
L'Elysée vient de commettre en quelques semaines trois erreurs consécutives dans la filière nucléaire.
- La centrale de Golfech, REUTERS/Regis Duvignau -
Quand on fait une bêtise, il y a deux solutions. La bonne, s'arrêter. La mauvaise, continuer. L'Elysée a choisit la seconde en forçant le constructeur de centrales nucléaires Areva à vendre une de ses filiales stratégiques dans des conditions hautement contestables. Le chef de l'Etat a décidé de céder cette firme, Areva T&D, spécialisée dans les équipements de réseaux électriques, au tandem Alstom-Schneider, alors que les cadres supérieurs de cette maison y sont violemment opposés et à un prix inférieur à des offres concurrentes. Motif: cette solution est française. On imagine facilement les grognes à venir, les recours avec en prime la crainte des syndicats de suppressions d'emplois.
Cela commence à faire désordre dans la filière nucléaire française. Après 20 ans de sommeil, cette technologie voit l'avenir s'ouvrir, à cause du besoin mondial croissant d'énergie et à cause de la rentabilité encore peu évidente des technologies alternatives (solaire, éolien, géothermie, etc). On compte au moins 250 projets de construction de nouvelles centrales nucléaires dans le monde. La France est très bien placée, elle dispose d'un parc de 58 centrales fiables, sans incident notoire, et son industrie, à commencer par Areva, a préservé son savoir faire pendant la traversée du désert. Voilà au moins un secteur d'avenir pour le pays.
Qu'il faille réorganiser la filière, la consolider, la préparer, pourquoi pas. Le débat pourrait s'ouvrir. Mais rien de tel. Tout se passe à l'Elysée dans le plus grand secret, entre le président et le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant. Et ce tandem vient de faire successivement trois couacs très inquiétants.
D'abord, la nomination de Henri Proglio, pdg de Veolia, à la tête de l'EDF. Mi septembre, Nicolas Sarkozy était contre tout rapprochement avec Veolia. En quatre jours, il a été «retourné», par une offensive puissante de Guéant, Borloo, de la CGT et de Proglio lui-même. Finalement, sans qu'on sache pourquoi, un rapprochement entre EDF et Veolia n'est plus interdit. Rappel: le gouvernement avait contraint Suez à se défaire de son eau et de son environnement pour pouvoir fusionner avec GDF. Pourquoi accepter avec Veolia? Pour quoi faire?
Avant même d'être nommé, Henri Proglio déclare que la création d'Areva a été «une erreur» et qu'il faut redessiner la filière. Finalement, il se rétractera. Mais ses déclarations n'ont pour le moins, pas créé un bon climat de coopération entre les partenaires français.
La semaine passée, Claude Guéant convoque dans son bureau Suez-GDF, Areva et Total qui se sont liés pour répondre à un appel d'offre de centrales à Abou Dhabi. Le projet français serait en mauvaise place face aux Coréens, dit-on, car trop cher de 30%. Le secrétaire de l'Elysée ajoute EDF dans le consortium - EDF qui pourtant avait refusé de venir au lancement du projet - et lui confie la direction d'ensemble. Proglio devient, comme il le souhaitait, le «chef de file». On imagine franchement mal comment va s'effectuer concrètement la coopération de Suez et d'EDF. En outre, en quoi cela va faire baisser le prix de l'offre française? Mystère.
Troisième couac: Areva T&D. Areva a besoin de fonds pour grossir face à la demande mondiale; son PDG Anne Lauvergeon a trouvé des groupes étrangers candidats à entrer, de façon très minoritaire, à son capital. Mais l'Elysée refuse et force le groupe à se défaire d'Areva T&D. Cette firme avait été acquise à Alstom qui la négligeait et Areva l'a développée comprenant que la gestion «intelligente» des réseaux électriques était déterminante pour l'avenir. Pour se recapitaliser, Areva doit se défaire de sa belle filiale. Mais à qui la vendre? Patrick Kron le PDG d'Alstom est candidat associé à Schneider avec pour idée de se séparer les activités et de se les répartir. Un charcutage qui provoque l'ire des syndicats et des cadres. En face, General Electric et Toshiba, qui offrent une valeur supérieure, même si le tandem français aurait accepté de s'aligner.
L'Elysée a tranché en faveur des groupes français, malgré les nombreux inconvénients à venir. Ce choix est compréhensible au nom de la politique industrielle nationale. Mais pourquoi aller au devant d'autant d'ennuis, pourquoi tout simplement ne pas renoncer à une mauvaise vente?
Aucun de ces choix n'est explicite et, du coup, on se demande ce qui motive vraiment toutes ces décisions dans la filière nucléaire française. Un goût nouveau et amateur pour jouer au mécano industriel? Ou est-ce pour faire plaisir aux amis Henri Proglio et Patrick Kron? On n'ose le penser.
Eric Le Boucher
Lire également: Areva: la femme reste-t-elle l'avenir du nucléaire?, Areva: reculer pour mieux sauter et Jean-François Copé: le nucléaire, un choix indispensable mais exigeant.
Image de Une: La centrale de Golfech, REUTERS/Regis Duvignau
Mis à jour le 23/08/2010 à 19h17










































Ah mais malheureusement, il faut oser le penser. C'est du Sarko tout craché !! (bon, c'est aussi de la Politique, mais Sarko est passé maître dans l'art d'échanger soutiens contre postes...).
Quand à la "politique industrielle nationale", c'est une autre façon de nommer le protectionnisme industriel français, non ? Qui ne nous a pas toujours si bien réussi...
Enfin bon, c'est pas comme si l'on était surpris par tout cela, ce n'est qu'une pierre de plus dans le jardin des mauvaises décisions du pouvoir en place.
Au passage, Slate devrait penser à faire relire ses articles avant de les publier. Je ne suis pas un intégriste (surtout sur web) de la correction, mais entre les doubles-triples espaces récurrents, les virgules ou apostrophes manquants, les "La France est bien très placée" "le gouvernement avait contrait Suez", etc., il y a des améliorations faciles à faire. Un simple passage de l'article entre les mains d'un modérateur ou d'un autre journaliste permettrait d'éviter des fautes qui nuisent à la crédibilité du journal.
L'appel d'offres en cours est semble-t-il en très mauvaise position.
Mais l'expérience montre que ce n'est pas en bouleversant la gouvernance d'un consortium qu'on améliore l'offre
Et vous avez bien raison, plus il y a de monde plus c'est cher!
Si M Sarkozi voulait gagner ce dossier, il fallait partir du bon pied et s'inquiéter auprès du client de ses préférences.
C'est le BABA du métier. Un commercial junior le sait
Aujoud'hui bien malin est celui qui comprend qui fait quoi en France
C'est un joyeux b....
D'accord avec M. Leboucher. Je me pose néanmoins une question : pourquoi a-t-il décidé cela ? On ne voit pas de logique industrielle. Bouygues est actionnaire d'Alstom mais c'est léger. A la réflexion je décèle une explication: N. Sarkozy aime le réseau, côtoyer des gens importants, il cède facilement et sans crainte des conséquences à celui qui parle le plus fort, ou qui paraît le plus fort. C'est un faux dur. Concentré qu'il est sur sa réélection, il a besoin de satisfaire les puissants pour se sentir puissant et se les mettre dans la poche. Ce n'est pas de l'économie qui le guide, pas son pays, seulement son égo.
M Le Boucher a bien le droit d'être pronucléaire, par contre, surtout en tant que journaliste, il ne devrait pas écrire des choses complètement fausses.
Exemples :
- le nucléaire "voit l'avenir s'ouvrir(...) on compte au moins 250 projets de construction de nouvelles centrales nucléaires dans le monde".
FAUX. Me Le Boucher ne semble pas au courant que la majorité de projets annoncés (avec fracas il est vrai) ont été annulés (discrètement il est vrai). Cf en fin de message.
- "La France (...) dispose d'un parc de 58 centrales fiables, sans incident notoire"
FAUX. Même M Fillon s'est ému du taux de disponibilité catastrophique du parc français dont l'état est de plus en plus dégradé. Et les incidents sérieux se succèdent (en particulier des barres de combustible suspendues au dessus du coeur, à 3 reprises en quelques mois)
- "Areva" a préservé son savoir faire pendant la traversée du désert"
FAUX : il suffit de constater le flop total du chantier EPR de Finlande où AREVA se ridiculise aux yeux du monde entier (M Le Boucher vit-il sur Mars ?)
- "Areva a besoin de fonds pour grossir face à la demande mondiale"
FAUX : Areva a besoin de milliards parec qu'elle est lourdement endettée et au bord du dépot de bilan, absolument pas pour "répondre à la demande mondiale" qui n'est pas au rendez-vous et à laquelle, si elle existait, Areva serait totalement incapable de répondre (en particulier : les jeunes ingénieurs refusent de travailler dans le nucléaire ; une seule usine dans le monde, située au Japon, peut forger les cuves pour les réacteurs;)
Le seul point sur lequel M Le Boucher a raison, c'est que l'industrie nucléaire française est dans l'impasse. Tant mieux !
Stéphane Lhomme
Réseau "Sortir du nucléaire"
NB : LES ANNULATIONS DE PROJETS NUCLEAIRES
- le 5 décembre 2008, l'Afrique du Sud annule les 12 réacteurs (dont des EPR) qu'elle prétendait construire
- le 25 mars 2009, Tepco (Japon) "repousse" la construction d’un réacteur
- Le 23 avril, AmerenUE annule un projet d'EPR dans le Missouri
- Le 29 juin, l'Ontario annule le remplacement de deux réacteurs
- Le 30 juin, Exelon annule un projet de deux réacteurs dans le Texas
- Le 22 juillet, la Russie annonce qu'elle réduit de moitié ses projets de construction de réacteurs
- Le 23 juillet, Bruce Power annule le projet de six réacteurs en Ontario
- Le 7 août, la Bulgarie a annulé les deux réacteurs prévus
- Le 10 août, TVA a annulé 3 des 4 réacteurs prévus en Alabama
- 20 nov 2009 - La Turquie annule un projet d'une 1ère centrale nucléaire
Au moins on connait la couleur de vos opinions.
Merci pour cette transparence!
Mais quel courage de partir en guerre contre les centrales, , bien au chaud, éclairé par de belles ampoules, avec un ordinateur bien connecté etc.....
Je vous recommande d'aller passer un peu de temps dans un endroit (un pays pauvre de préférence) et vous verrez combien vous dépendez de ce que vous cherchez à démolir.
Par contre, a part les critiques, quelles propositions ?
Un ordinateur qui fonctionne avec le vent?
Des bougies?
Des centrales à charbon?
Au plaisir de lire votre plan
J'ai bien peur que celui-ci ne soit pour vous, monsieur Le Boucher.
"Patrick Kron le PDG d'Alstom est candidat associé à Schneider avec pour idée de se séparer les activités et de se les répartir. Un charcutage qui provoque l'ire des syndicats et des cadres. En face, General Electric et Toshiba, qui offrent une valeur supérieure, même si le tandem français aurait accepté de s'aligner."
Excusez-moi, mais moi pas comprendre.
Quand l'Etat se mèle de mécano industriel on peut être sur d'une chose : la facture du fiasco sera pour le contribuable.
Notre histoire récente est pleine d'exemples de ces mariages forcés qui faisaient le bonnheur des grands corps de l'Etat et qui finirent dans le ruisseau ou devant un tribunal de faillites.
Alors M. Kron ingénieur des Mines, administrateur d Bouygues (celui dont le fils du président est le filleul) ; pas la peine d'aller chrecher loin le mecano des copains fonctionne à plein régime.
Pourquoi met on toujours "ancien" devant le mot régime ? Rien n'a changé dans notre fonctionnement. Le pouvoir fait et défait ce qu'il veut quand il veut et avec les amis qu'il préfère.
C'est la démocratie "à la française"
.. c'est souvent une catastrophe, car leur culture manageriale et scientifique est inexistante , et leur sens stratégique est particulièrement déficient: et ce n'est pas Guaino, la voix de son maître, qui peut conseiller utilement le "monarque"!!