LGBTQ

Emmanuel Macron se trompe d'«humiliés»

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 16.02.2017 à 14 h 48

Repéré sur L'Obs, Buzzfeed

Le candidat à la présidentiel a défendu la Manif pour tous, en expliquant que l'on a «humilié cette France-là».

Emmanuel Macron, le 14 février à Alger. STRINGER / AFP

Emmanuel Macron, le 14 février à Alger. STRINGER / AFP

Alors qu'il fait encore face aux critiques venant de la droite après ses propos sur la colonisation, Emmanuel Macron doit déjà affronter une nouvelle polémique. Dans une interview accordée à L'Obs, le candidat du mouvement En Marche explique admirer «l'entrepreneur culturel» Philippe de Villiers, et confie «parler» avec le polémiste conservateur Éric Zemmour malgré ses désaccords. Surtout l'ancien ministre est revenu sur le mariage pour tous et les erreurs commises, selon lui, par François Hollande et son ancien gouvernement:

«Une des erreurs fondamentales de ce quinquennat a été d’ignorer une partie du pays qui a de bonnes raisons de vivre dans le ressentiment et les passions tristes. C’est ce qui s’est passé avec le mariage pour tous, où on a humilié cette France-là. Il ne faut jamais humilier, il faut parler, il faut “partager” des désaccords.»

Sur internet, des membres de la communauté LGBT ont pris la parole pour lui expliquer qu'il se trompait d'humiliés, notamment via le hashtag #TeamHumiliés, lancé par deux journalistes du Monde.fr, Marie Slavicek et Jean-Guillaume Santi.

Le journaliste de Libération Florian Bardou, également contributeur chez Slate.fr, a publié plusieurs tweets pour rappeler aux candidats que les humiliations avaient été subies par la communauté LGBT et non par les membres de la manif pour tous.

Maelle Le Corre, également journaliste, a alors fait la liste des «humiliations» subies par les homosexuels lors des débats politiques et des manifestations en 2012.

En 2013, avant l'ouverture du mariage à tous les couples, nous avions consacré un article à la violence du débat: «Les homosexuels ressentent cette violence de façon beaucoup plus forte que les autres», nous confiait alors le socilogue Eric Fassin«Là où pour une partie majoritaire de la population, il y a un débat sur le politique, la place de la religion etc, pour une autre partie, minoritaire, des gens peuvent se dire “on parle de moi, c’est à moi qu’on s’en prend". C’est une violence objective, mais aussi subjective.» 

Nous rapportions notamment l'histoire de Betty, alors étudiante de 19 ans, homosexuelle qui expliquait que «le fait même de débattre de l’aptitude des homos à adopter ou à se marier, c’est violent. Ça te montre que tu n'es pas accepté, que les gens ne te croient pas leur égal. Moi je serais moins capable d’élever des enfants que d’autres? Déjà, on était des sous-citoyens pour le gouvernement, puisqu’on n’a pas les mêmes droits, mais manifestement, le reste de la population est d’accord. C’est discriminatoire et surtout c’est blessant. C’est dire que qu’on vaut moins que les autres. Le plus dur, c’est ce jugement de valeur».

Terrorisme, polygamie

Très vite après la publication de l'article de l'Obs, de vieux articles ont été repartagés pour rappeler par exemple le jour de 2012 où le député UMP Nicolas Dhuicq a comparé, à l'Assemblée, les enfants de couples homosexuels à des terroristes en devenir. Ou encore celui où le député UMP Philippe Cochet a affirmé que les partisans du mariage pour tous «assassinent des enfants». Les médias ont aussi été ramenés à leur façon de couvrir le débat, en filmant les manifestants anti-mariage pour tous plus que les pro, ou en publiant des éditos annonçant l'arrivée de la polygamie.

Les propos d'Emmanuel Macron ne sont pas les premiers à heurter les partisans de l'ouverture du mariage à tous, et à raviver les plaies. Jean-Luc Mélenchon, dans un entretien avec Famille Chrétienne début février, avait été largement critiqué pour avoir évoqué un «malentendu» à propos l'opposition d'une partie des Français à la loi Taubira. Alexis Corbière, le porte-parole du candidat à l’élection présidentielle, avait alors dû le défendre et expliquer à Buzzfeed France que l'interview avait été sortie de son contexte:

«Ses positions sont très claires, en défense de l’homoparentalité. Ici, il discute -pas dans l’invective et l’insulte- avec des gens qui ont pu manifester ces fois-là pour leur expliquer quelle est notre position et en quoi il n’est pas vrai qu’il faut nécessairement un couple hétérosexuel pour élever des enfants.»

Mise à jour: la création du hashtag #teamhumiliés a été par erreur attribuée à Florian Bardou.

 

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