Monde

Le «Kremlingate» de Trump est-il un nouveau Watergate?

Claire Levenson, mis à jour le 16.02.2017 à 12 h 04

Les inquiétudes autour des connexions russes de Trump et de ses proches sont déjà comparées au scandale qui a mené à la démission du président Richard Nixon.

Donald Trump et Michael Flynn lors d'un événement de campagne à Virginia Beach, le 6 septembre 2016. ALEX WONG / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Donald Trump et Michael Flynn lors d'un événement de campagne à Virginia Beach, le 6 septembre 2016. ALEX WONG / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Pendant la Convention républicaine, en juillet dernier, le général Michael Flynn, qui vient de démissionner de son poste de conseiller à la sécurité nationale à la Maison-Blanche, avait déclaré «Si je faisais un dixième de ce qu'[Hillary Clinton] a fait, je serais en prison», avant de lancer «Enfermez là!» en chœur avec la foule. À plusieurs reprises, Donald Trump a dit que l'affaire de l'utilisation par Clinton d'une messagerie privée pour ses emails en tant que secrétaire d'Etat était «plus importante que le Watergate».

Or, quelques mois plus tard, Flynn a été forcé de démissionner après avoir menti au FBI et au vice-président Mike Pence sur la nature de certaines de ses conversations avec l'ambassadeur russe aux Etats-Unis, avec lequel il avait parlé de la possibilité de lever les sanctions imposées par l'administration Obama. 

C'est désormais ce scandale, ainsi que l'interception de nombreuses communications entre des membres de la campagne de Trump et les renseignements russes cet été, qui est comparé au Watergate, l'affaire d'espionnage politique qui a mené à la démission du président Richard Nixon en août 1974.

Sur Facebook, le journaliste Dan Rather, qui était reporter pour CBS pendant le Watergate, a écrit:

«Le Watergate est le plus gros scandale que j'ai vu dans ma vie, jusqu'à aujourd'hui peut-être. C'est celui qui nous a amené le plus près d'une crise constitutionnelle grave, jusqu'à aujourd'hui peut-être. Sur une échelle de 10 de l'Armageddon gouvernemental, je mettrais Watergate à 9. Je pense que ce scandale russe est actuellement entre 5 et 6, mais son intensité s'accroît d'heure en heure.»

Plusieurs journalistes ont noté que le «Kremlingate», comme l'affaire est parfois nommée en ligne, est potentiellement pire que le Watergate, s'il était avéré que des proches de Trump ont travaillé avec les Russes pour influencer l'élection américaine. «Une campagne présidentielle en collusion avec un gouvernement étranger qui attaquait secrètement les élections américaines, ça serait plus gros que le Watergate», écrit ainsi David Corn, du magazine Mother Jones.

Le Comité national démocrate, dont certains emails ont été hackés cet été, a aussi déclaré, dans un communiqué:

«C'est déjà plus gros que le Watergate. L'intégrité de notre démocratie nécessite une enquête immédiate, indépendante et transparente sur les liens entre Donald Trump, son équipe et le gouvernement russe.»

En décembre dernier, le FBI et la CIA avaient révélé qu'il était hautement probable que les renseignements russes aient hacké les comptes emails du Comité national démocrate et du directeur de campagne d'Hillary Clinton pour influencer l'élection. Or, selon des révélations récentes du New York Times, au moment de ce piratage, de nombreuses communications téléphoniques entre des proches de Trump et des membres des renseignements russes ont été interceptées, même si leur contenu ne révèle jusqu'ici pas de coopération particulière au niveau de la campagne. L'autre motif d'inquiétude est l'existence d'un dossier, assemblé par un agent secret britannique, qui indique que la Russie disposerait d'informations compromettantes sur le président américain. 

S'il est encore trop tôt pour connaître l'ampleur de ce scandale, certains voient déjà plusieurs parallèles avec le Watergate. «Les deux cas impliquent une intrusion dans les opérations internes du Parti démocrate afin de faire élire un président républicain», écrit Brent Budowsky dans The Hill. 

Il y a aussi, dans les deux cas, un rapport très tendu de la Maison-Blanche avec la presse. «Trump s'énerve contre les “médias bidons” sans répondre aux questions. Il me rappelle Nixon qui, en 1974, a dit que le Watergate “n'aurait été rien du tout” sans tous ces journalistes “qui [le] détestent”» écrit Nicholas Kristof dans le New York Times.

Mais jusqu'ici, alors que tous les éléments du dossier russe ne sont pas encore connus, l'ampleur des deux affaires reste peu comparable. L'historien Louis Liebovic, qui a écrit un livre sur le Watergate, trouve en effet le parallèle fallacieux:

«Le scandale du Watergate est la culmination de près de quatre ans d'actes illégaux mis en place pour faire du tort à des gens que Nixon n'aimait pas. Il ne s'agit pas juste du cambriolage du Watergate. Ceux qui évoquent maintenant le Watergate connaissent mal l'histoire.»

En effet, en quelques mois, les hommes du président Nixon avaient, entre autres, mis sous écoute leurs opposants et des membres de l'administraton, pénétré dans le bureau du psychiatre du lanceur d'alertes Daniel Ellsberg pour trouver des documents compromettants à son égard et utilisé l'agence de collecte des impôts (l'IRS) pour harceler des opposants. C'est la tentative de cambriolage (et de mise sous écoute) du bureau du Parti démocrate qui est la plus connue, mais le scandale est d'une ampleur bien plus grande (soixante-neuf personnes avaient été inculpées).

Malgre la complexité de l'affaire, la référence au Watergate est souvent utilisée aux Etats-Unis de manière polémique: alors qu'actuellement, ce sont les conservateurs qui critiquent l'opposition pour son utilisation du terme, la situation était il y a peu inversée. En effet, lors de l'affaire de l'attaque terroriste de l'ambassade de Benghazi, en Libye, les Républicains avaient accusé Hillary Clinton d'avoir minimisé la menace terroriste dans le pays. De nombreux Républicains parlaient alors de Benghazi comme du «Watergate d'Obama».

Claire Levenson
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