Monde

«L'État islamique sait qu'on ne s'attend pas à ce qu'un enfant de 10 ans soit un terroriste»

Repéré par Boris Bastide, mis à jour le 12.02.2017 à 15 h 20

Repéré sur Washington Post

L'organisation islamiste cherche de plus en plus activement à recruter en Occident des adolescents.

Le temple sikh d'Essen en Allemagne, attaqué par trois adolescents de 16 ans I Marcel Kusch / dpa / AFP

Le temple sikh d'Essen en Allemagne, attaqué par trois adolescents de 16 ans I Marcel Kusch / dpa / AFP

Ce vendredi 10 février, quatre personnes ont été arrêtées dans l'Hérault alors que, selon les autorités, elles s'apprêtaient à commettre un attentat. Parmi les suspects, une adolescente de 16 ans qui aurait prêté allégeance à l'État islamique quelques jours plus tôt. En septembre dernier déjà, trois adolescents avaient été arrêtés, dont un à Paris qui s'était proposé pour une action terroriste. Alors ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve s'inquiétait «des appels au meurtre lancés par un certain nombre d'acteurs en Syrie qui utilisent des moyens cryptés pour appeler des Français de plus en plus jeunes à passer à l'acte».

Sur France info, le journaliste Clément Le Goff expliquait alors: «Ce sont des proies plus faciles, plus influençables. 17 mineurs français se trouveraient actuellement dans des zones de combats, mais il est de plus en plus difficile pour eux d'y accéder alors Daech semble changer de stratégie.» Le site ajoutait qu'à fin septembre 2016, 37 mineurs français avaient été mis en examen pour des affaires liées au terrorisme: 12 filles et 25 garçons.

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L'Allemagne aussi, rapporte le Washington Post, dans un long papier, est confrontée aux mêmes problèmes. Ces douze derniers mois, au moins dix mineurs ont été impliqués dans cinq projets terroristes, dont un garçon de 12 ans d'origine irakienne dont la bombe n'a pas explosé. L'article du quotidien américain détaille l'histoire d'une cellule constituée de trois adolescents âgés de 16 ans responsable en avril 2016 de l'attaque d'un temple sikh à Essen. L'incident fera trois blessés grave. «Nos enfants, qu'arrive-t-il à nos enfants?», s'est écriée dans la presse la mère de Yusuf, le leader présumé de la cellule.

La radicalisation de l'adolescent est d'abord liée à une série de rencontres avec des groupuscules islamiques avant de migrer en ligne où il fait la connaissance de ses futurs associés en ligne. La propagande à destination d'un si jeune public a beaucoup évolué ces derniers mois. «Le nombre de vidéos et de matériels de propagande de l'État islamique visant les enfants a explosé, explique Daniel Koehler, spécialiste allemand des questions de radicalisation. Nous n'avons jamais rien vu de cette échelle et de cette qualité. Ils savent qu'en Occident, on ne s'attend pas à ce qu'un enfant de 10 ans puisse être suspecté de terrorisme.»

Grand Theft Auto, façon djihad

Vidéos d'exécutions par des enfants, jeu inspiré de Grand Theft Auto incitant au crime sous la bannière État islamique, surveillance active des connexions aux sites de propagande en ligne pour en faire une base de recrutement… Daech a sorti les grands moyens. Et la réponse étatique est complexe. En Allemagne, l'âge légal à partir duquel les autorités peuvent amasser des données en ligne sur un suspect a été abaissé à 14 ans. Pour certains observateurs, ce n'est pas assez. «En France, la loi applicable aux majeurs s'applique aussi aux mineurs. Ce qui change, c'est la réponse judiciaire, la peine encourue», expliquait en septembre dernier à Europe 1 Marie-Pierre Hourcade, la présidente de l'Association française des magistrats de la jeunesse et de la famille.

Surtout quand on vient aux mineurs, il est difficile aujourd'hui de réaliser la portée du danger. Dans le cas de Yusuf, il s'était réjoui publiquement des attentats du 13-Novembre déclarant qu'il voulait lui-même mourir et s'était vanté de détenir une arme, conduisant la police à fouiller son domicile, en vain. Un peu plus tard, il montra à ses camarades de classe comment il avait fait exploser une petite bombe artisanale. Il sera de nouveau signalé aux autorités puis simplement interrogé par la police. Trois mois plus tard, il passe à l'acte avec ses deux camarades, heureusement sans faire de victimes.

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