Monde

De la Camorra à l'État islamique, les connexions troubles d'un couple italien

Repéré par Robin Panfili, mis à jour le 09.02.2017 à 17 h 20

Repéré sur La Repubblica, The Daily Beast, Il Mattino

Mario Di Leva et Annamaria Fontana ont été arrêtés pour trafics d’armes et d'hélicoptères vers l’Iran et vers des partisans de l'État islamique en Libye.

Mario Di Leva et Annamaria Fontana lors de leur arrestation, le 31 janvier 2017 I CARLO HERMANN/AFP

Mario Di Leva et Annamaria Fontana lors de leur arrestation, le 31 janvier 2017 I CARLO HERMANN/AFP

Après des mois, voire des années d'enquête, d'écoutes administratives et de perquisitions, la police italienne a finalement obtenu le feu vert pour arrêter Mario Di Leva, 69 ans, et sa femme Annamaria Fontana, 63 ans. L'arrestation a eu lieu le 31 janvier 2017, dans le quartier de San Giorgio a Cremano, situé dans la banlieue de Naples, sous le regard de curieux et sous les insultes de riverains à l'encontre du couple.

Le couple –tout comme leur fils Luca di Leva, présumé gérant du bar-restaurant Sheik Narghile Arabian appartenant à ses parents; Andrea Pardi, responsable d'une société de vente et de réparation d'hélicoptère à Rome; et Ali Mohamud Shaswish, un ressortissant libyen– a été mis en détention pour trafic d'armes et vente illégale de matériels militaires en violation du droit international. Ils sont par ailleurs soupçonnés d'avoir participé au recrutement de mercenaires entre la Somalie et l'Italie.

Mais, aujourd'hui, bien plus que leurs liens avec la Camorra, une ramification d'organisations mafieuses qui sévit en Campanie et dans la région de Naples, ce sont leurs connexions avec l'État islamique et différents trafics d'armes qui leur sont reprochés, rapporte The Daily Beast qui a enquêté sur le sujet. À vrai dire, depuis quelques mois, en Italie, les liens présumés entre des organisations mafieuses et l'organisation terroriste ne faisaient plus vraiment de doutes. Une enquête du quotidien italien La Stampa avait révélé, en octobre 2016, les connexions entre la Ndrangheta, la mafia calabraise, et l'État islamique dans un trafic d'armes et d'œuvres d'art pillées en Libye.

L'arrestation du couple et de ses présumés complice ne fait donc que confirmer les doutes émis au cours de ces derniers mois, écrit The Daily Beast.

«Ces arrestations renforcent les inquiétudes des forces de l'ordre en Italie et dans le reste de l'Europe sur des liens étroits entre le crime organisé et des terroristes responsables d'actes de violence dirigés ou inspirés par l'État islamique. Ces inquiétudes s'étaient multipliées lorsque la police a découvert que Anis Amri [autour de l'attentat sur un marché de Noël de Berlin en décembre 2016 faisant douze morts] a passé du temps dans le pays de la Camorra.»

Le début d'un vaste coup de filet?

Le couple formé de Mario Di Leva, surnommé «Jaafar» depuis sa conversion à l'islam dans les années 1980, et d'Annamaria Fontana, surnommée la «Dama in nero» («La femme en noir» en français) depuis sa conversion à l'islam il y a un peu plus de dix ans, est au centre de l'enquête. Car, en plus de leurs liens anciens avec la Camorra, les autorités italiennes leur prêtent aujourd'hui des liens avec l'Iran –et l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad en personne– et des partisans de l'État islamique en Libye.

D'après les informations obtenues par la police italienne et les services de lutte antiterroriste et relayées par le quotidien italien La Repubblica, le couple serait au cœur d'un réseau œuvrant pour l'approvisionnement en armes de l'État islamique en Libye: missiles sol-air, missiles anti-char, fusils semi-automatiques, mais surtout de plusieurs hélicoptères. Des hélicoptères militaires ou des hélicoptères de secours transformés, par la suite, en hélicoptères d'attaque. Le couple est également accusé d'avoir expédié des pièces détachées pour hélicoptères d'une valeur d'un million d'euros en direction de l'Iran entre 2011 et 2015 violant ainsi l'embargo des Nations unies sur de telles exportations.

Ces arrestations pourraient n'être que le début d'un vaste coup de filet, ajoute The Daily Beast. Les autorités italiennes, qui enquêtent depuis longtemps sur les échanges et les différents trafics (armes, drogues...) entre la Camorra et d'autres groupes criminels, disent avoir dans leur viseur d'autres suspects. En attendant, si tout se passe comme prévu, le couple, qui a clamé son innocence au moment de l'arrestation, comparaitra devant un tribunal dans l'année à venir.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte