Les minarets et les peurs suisses
Les électeurs suisses ont sanctionné le symbole d'une volonté d'enracinement de l'islam dans le paysage européen.
- manifestation contre le résultat du référendum, dimanche à Berne. REUTERS/Michael Buholzer -
Par une majorité de 57,5 % des votants, les électeurs suisses ont accepté, dimanche 29 novembre, d'introduire dans la Constitution fédérale un article visant à interdire la construction de minarets sur tout le territoire. Ainsi ont-ils approuvé une initiative populaire lancée par la seule Union Démocratique du Centre, parti d'extrême droite, souverainiste et populiste. Ce résultat dément tous les sondages des instituts, puisqu'on estimait que jamais la barre des 40% de «oui» ne serait atteinte. Le vote extrémiste avait été une fois de plus sous-estimé par les sondages. La participation s'est élevée à 53,4%, un taux plutôt élevé pour les votations suisses.
Ce scrutin faisait suite à des semaines de campagne agitée, où les arguments des partisans de l'initiative populaire reposaient sur un amalgame entre la construction de minarets, l'islam et l'extrémisme islamiste, et ceux des opposants qui rappelaient l'importance de la cohabitation pacifique des religions et la garantie de liberté confessionnelle donnée par la Constitution. La majorité des cantons alémaniques a dit «oui» à l'interdiction des minarets, à l'exception de Bâle-Ville (51,6% de «non»). En Suisse Romande, les cantons de Genève (avec la plus forte proportion de «non»: 59,7%), Vaud (53,1%) et Neuchâtel (50,8%) l'ont rejetée. En revanche, Fribourg, le Jura et le Valais l'ont acceptée.
On peut d'abord s'indigner devant le piège de cette démocratie directe à la suisse: 100.000 signatures de citoyens — pour une population de 7, 5 millions d'habitants — suffisent à déclencher une procédure de référendum par «oui» ou par «non», inadaptée pour trancher une question aussi complexe touchant aux minarets, c'est-à-dire à la visibilité de l'islam dans l'espace public. On s'étonne que les autorités fédérales suisses n'aient pas fait le nécessaire pour bloquer cette initiative dès le départ en la déclarant anticonstitutionnelle, parce que contraire à la garantie de la liberté religieuse. On aurait épargné à la Suisse le climat malsain et insidieux qui a présidé à cette campagne électorale.
Le principal sujet de stupéfaction, c'est bien la fin d'une tradition d'hospitalité qui, en Suisse désormais, s'arrête à l'islam. Tous ceux qui avaient milité contre ce projet — gouvernement (Conseil fédéral) et partis de gauche, Eglises, organisations de défense des droits de l'homme, etc — se disent aujourd'hui aussi surpris qu'horrifiés par le résultat du vote de dimanche. Pour eux, une telle interdiction de construction des minarets est discriminatoire. Elle menace la paix confessionnelle du pays et ne favorise pas du tout l'intégration des musulmans à la société suisse, par tradition multiculturelle.
Ce sont bien des peurs irrationnelles qui l'ont emporté. La Suisse ne compte que quatre minarets, dont aucun n'est utilisé pour l'appel public à la prière. La communauté musulmane en Suisse ne compte également que 400.000 membres. Essentiellement d'origine turque ou balkanique, cette minorité se distingue par sa modération et sa volonté de se fondre dans une société laïque. Mais la question du minaret est fortement symbolique: à tort ou à raison, elle représente une volonté d'enracinement durable dans le paysage européen et même d'influence et d'expansion.
Ce «non» aux minarets semble ainsi dépasser le vote traditionnel d'extrême droite. Il traverse toutes les catégories et représente un courant d'opinion qui dénonce, avec l'islam, un retour du religieux intolérant, notamment en matière des droits de la femme. Une opinion alimentée par les peurs que nourrissent les médias. Il y a fort à parier qu'une telle procédure référendaire sur un autre sujet également symbolique comme la burqa se solderait, en Suisse ou partout ailleurs en Europe, par un résultat identique.
La communauté musulmane est aujourd'hui sous le choc. Elle se dit stigmatisée par des messages démagogiques. Vivant à Genève, enseignant à Oxford, Tariq Ramadan a jugé «catastophique» le résultat de ce référendum, même s'il convient que les Suisses ont exprimé un «questionnement profond» sur la place de l'islam en Europe. Les réactions sont nombreuses dans les pays musulmans qui voient dans cette initiative suisse une «insulte» faite à l'islam, un signe de haine et d'intolérance pour la communauté musulmane.
Sans doute faut-il s'attendre à ce que le paragraphe introduit dimanche dans la Constitution suisse soit déféré à la Cour européenne des droits de l'homme. Mais les premières difficultés qui attendent le gouvernement helvétique sont d'ordre diplomatique: il va devoir calmer les inquiétudes des gouvernements et des milieux d'affaires des pays musulmans, avec lesquels la confédération entretient des rapports réguliers et traditionnellement bons.
Henri Tincq
Image de une: manifestation contre le résultat du référendum, dimanche à Berne. REUTERS/Michael Buholzer
Mis à jour le 30/11/2009 à 14h38













































Dans "Les Fleurs du Mal", ce passage de "L'examen de minuit" :
"Nous avons, pour plaire à la brute,
Digne vassale des Démons,
Insulté ce que nous aimons
Et flatté ce qui nous rebute ;
Contristé, servile bourreau,
Le faible qu’à tort on méprise ;
Salué l’énorme bêtise,
La Bêtise au front de taureau..."
Entendant ce matin, après l'extrême-droite suisse, la droite française (X. BERTRAND) demander qu'on stigmatise les musulmans en interdisant un simple symbole architectural, je n'ai pu m'empêcher de songer à Baudelaire et à sa dénonciation de la lâcheté démagogique ! Les disciples de Tariq RAMADAN seront seuls satisfaits, puisqu'ils pourront avec quelque raison plaider que l'Islam est victime de l'intolérance des Européens... Hélas!
Si les minarets sont une offense à la laïcité, que dire alors des millions de clochers qui fleurissent dans notre beau pays de cocagne et en Suisse et qui participent à la beauté de notre patrimoine historique?
Que dire de nos belles cathédrales, de nos temples, de nos synagogues ?
Devra-t-on détruire la Giralda de Séville, les minarets de la mosquée bleue d’Istanbul, de la mosquée Al-Azhar du Caire, de la Koutoubia à Marrakech ou même celui de la grande mosquée de Paris ?
Outre les limites que vous évoquez de la démocratie "directe", qui ferait probablement rétablir la peine de mort si on l’appliquait par exemple sur ce sujet en France, le résultat désastreux du referendum suisse montre aussi à quel point, en ces périodes de crise comme dans les années 1930, le spectre de la xénophobie et de son cousin germain (sans jeux de mot…) le racisme est à l’affût de la moindre faiblesse de la démocratie dans la défense des valeurs fondamentales morales et politiques.
On nourrit tous les extrémismes en s’attaquant aux symboles religieux.
Pourquoi stigmatiser sur ces ouvrages architecturaux qui n’envahissent pas, que je sache, les belles vallées helvètes pas plus que les campagnes françaises ?
Il serait cocasse que certains émirs, qui laissent leurs fortunes dormir dans des coffres suisses, aillent chercher refuge en des lieux moins hostiles à l’Islam.
Mais au delà de cette galéjade, quelle désagréable odeur de rejet de l’autre, de ses coutumes, de ses rites au moment où, sous le voile pudique d’un débat démocratique, formule magique agitée comme un hochet à n’importe quelle occasion, on nous entraine dans l’hexagone sur un débat à propos de l’identité nationale en ne manquant pas de brandir le spectre de la burqa ou du niqab portés en France par 400 femmes en France (ou même 2000 comme l’affirme selon le Figaro un rapport du ministère de l’intérieur) ?
A part l’appartenance civique et administrative à un pays qui se traduit par la possession d’une carte d'identité nationale que les forces de police sont autorisées à contrôler, l’état laïc et républicain se fourvoie lorsqu’il se met à légiférer sur l’histoire, la culture, les religions et les coutumes, bref sur ce qui fait la richesse et la diversité en devenir perpétuel d’un grand pays démocratique qui inscrit aux frontons de ses édifices publics la devise Liberté, Egalité Fraternité.
La France a une longue, complexe et quelquefois douloureuse histoire avec les migrations et la colonisation. Oublierons nous les flux migratoires que nos aïeux organisaient lorsqu’il s’agissait d’aller se faire tuer sur les champs de bataille pour la plus grande gloire de ce qui était alors, pour tous ces étrangers d’aujourd’hui, la mère patrie décrétée d’office par la République ?
Le débat sur l’identité que l’on semble vouloir enfermer contre son gré dans une définition ne sert-il pas que pour exclure ceux qui ne répondraient pas aux critères définis ?
N’imitons pas nos voisins suisses en laissant couvrir la république d’une burqa d’intolérance ni se vêtir d’un sectarisme habillé pour la circonstance en laïcité alors même que nous devons élargir notre vision de citoyen à minima à l’échelle européenne et même au niveau mondial lorsqu’il s’agit des grands défis à relever pour éviter que nous détruisions notre environnement.
Je note que les Chrétiens doivent se cacher en Egypte et dans tout l'Islam, l'Islam ne s'engage pas à la réciprocité ou elle est présente. L'Europe est de tradition Chrétienne et donc je comprends les Suisses. Je sais bien qu'en France les laics tiennent le pavé mais de mon point de vue je ne suis pas favorable au grand melting pot des peuples et des cultures, ce qui n'empèche pas de vivre cote a cote en se respectant en appréciant nos différences. Ou est le problème...Je comprends que c'est un peu en contradiction avec les règles de notre République néanmoins elle n'est pas une loi universelle, la preuve.
Je crois qu'on peut analyser ce résultat de 2 façons. Soit une analyse posée et réfléchie. 57,5 % de 53,4% de Suisses ne font pas La Suisse ; ça ne fait que 30,70 %. Soit la réaction émotionnelle qui fait hurler avec les loups : c'est tragique, c'est catastrophique !
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Je suis toujours étonné des positions intransigeantes, défendues par les personnes s'estimant pourtant tolérantes, républicaines et respectueuses de la démocratie. Vous écrivez : Le vote extrémiste avait été une fois de plus sous-estimé par les sondages.
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Vote extrémiste ! Vous notez les amalgames fait pendant cette campagne par certains et vous en faite un à votre tour. En quoi le fait d'exprimer par son vote, une opinion différence du politiquement correct, fait de vous un extrémiste !
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A ce que je sache, l'UDC ne pèse pas 57,5% en Suisse. Pourquoi stigmatiser LES Suisses.
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D'autant que - si les fameux sondages n'avaient pas anticipé le résultat moralement et politiquement correct espéré - ceux qui ne se sont pas déplacés l'auraient peut-être fait ! Stigmatiser LES Suisses par ce vote, c'est aller vite en besogne.. Qui pointe la responsabilité des sondeurs ?
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En quoi est-ce un piège, cette démocratie directe ! Seriez-vous contre le référendum d'initiative populaire ? C'est effectivement risqué et parfois gênant. Faut-il museler le peuple et contrôler les votes et opinions ? Mais qui dit démocratie directe implique d'accepter le risque de résultats électoraux inattendus. Et accepter de tels résultats, c'est aussi faire preuve de démocratie. Il est vrai qu'on a refait voter la France et l'Irlande pour l'Europe car les résultats initiaux n'étaient pas bons ! Pas terrible comme exemple de respect démocratique.
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Je vous recopie : Le principal sujet de stupéfaction, c'est bien la fin d'une tradition d'hospitalité qui, en Suisse désormais, s'arrête à l'Islam.
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Fin d'une tradition, encore un raccourci et une généralisation inadaptés. Face aux discours alarmistes et inconsidérés, effectivement, un certain nombre de pays musulmans prendront – un temps - leurs distances. Une position plus nuancée, calmerait le jeu. Il faut raison, garder.
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Stupéfaction car le résultat est politiquement incorrect ! La faute à qui ? Un, aux sondeurs et leurs sondages ratés ; deux, au politiquement correct qui empêche les sondés de s'exprimer librement mais le font en votant – d'où les surprises ; trois, aussi à CERTAINS DE CEUX qui bénéficient de cette fameuse hospitalité et qui refusent tout effort d'intégration.
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Ca n'a aucun rapport avec l'hospitalité. Ne trouvez vous pas surprenant que certains qui bénéficient de cette hospitalité aient des demandes voire des exigences qui vont à l'encontre des valeurs du pays hospitalier ! Ainsi lorsque DES musulmans et non LES musulmans exigent par exemple la non mixité des piscines municipales, la séparation hommes femmes, etc. … ou le port de voile, burka, et autres, n'y a-t-il pas de quoi se sentir bousculés, voire dépassés, compte tenu de votre histoire, vos valeurs, vos combats passés ?
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Quand on parle de tolérance, d'intégration, les gens bien pensants qui se disent " horrifiés " oublient que tout le monde doit faire un effort dans l'intégration ; celui qui reçoit doit comprendre l'autre et ses valeurs, mais celui qui est reçu doit faire de même et ainsi on arrive à un compromis. A défaut, vous percevez comme envahisseur quiconque, venant chez vous ne respecte pas vos valeurs, refuse de moduler les siennes et vous les imposent.
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Je ne partage pas votre point de vue. Je trouve que vous vous rejoignez un peu vite ceux qui critiquent ce vote en brandissant la morale, le politiquement correct et la pseudo bienséance. Vos généralisations et amalgames me désolent.
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Les mots que l'on emploie - à tort et à travers - font du dégât. Haine et intolérance ! Rien que ça. Ces deux mots ne stigmatisent-ils pas ceux qui sont visés ? Ceux qui ont mal voté – pour vous - sont taxés de haine et d'intolérance ! De la part de gens se disant tolérant ! Un comble.
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Vous écrivez plus loin : Il y a fort à parier qu'une telle procédure référendaire sur un autre sujet également symbolique comme la burqa se solderait, en Suisse ou partout ailleurs en Europe, par un résultat identique.
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Les Européens sont-ils donc devenus tous haineux et intolérants ? Si oui, c'est une chose très grave Si non, c'est qu'il y a un vrai problème qui couve et qui risque d'exploser si on ne le traite pas réellement. Est-ce que l'Islam et son intégration dans le mode de vie européen pose problème ? Cette religion place Dieu au centre de la vie quotidienne. Ne se heurte-t-elle pas à nos modes de vies actuels ou Dieu est plutôt une question privée et personnelle ?
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On a supprimé dans le Traité de 2005, sous la pression de la France, la référence aux origines chrétiennes de l'Europe. Or, c'est une réalité et une vérité qui ont façonné nos mentalités. La vérité historique est que l'Europe est une création liée au catholicisme. Il y a donc un choc indéniable de mentalités et de religions.
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Ceci alimente aussi les peurs. Par nature, on a peur de ce que l'on ne connait pas, de l'autre, de l'étranger. Si, à plus forte raison, l'étranger a des exigences non négociables, on se sent en danger. Le refus d'hospitalité est opposé à quiconque impose ses valeurs et nient les vôtres. Il faut donc des compromis des deux côtés.
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Quand on écoute M. Tariq Ramadan en prenant note de ses refus de réponse sur les questions contraires à notre mode de pensée catholique et européen (voile, burka, mixité, droit des femmes, etc ..), il y a sincèrement de quoi se méfier d'un Islam défendu par des gens qui ont cette position.
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On n'entend guère les musulmans modérés s'opposer aux discours des plus véhéments. Pourtant, cette responsabilité leur incombe.
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Enfin, et pas des moindres, qui sommes nous, pour critiquer un vote démocratique d'un pays certainement parmi les plus démocratique au monde ? C'est vrai qu'en France, les politiques se permettent de critiquer les décisions de justice ! N'est-ce pas une forme d'ingérence de notre part ?
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Oui, ce vote pose de multiples questions : la place de l'Islam en Europe, son adaptation et son euro compatibilité européenne. Egalement les limites à la manipulation des foules, du politiquement correct, de la culpabilisation de masse des dits " mal pensants ". Stigmatiser et culpabiliser les gens qui s'expriment ouvertement les amène à se taire. Ils s'exprimeront en votant, avec des résultats surprenants. On ne règle pas un problème en jetant l'anathème sur ceux qui ne sont pas d'accord. Ca fait peut-être du bien à l'égo d'insulter une personne estimée non politiquement correcte, de la traiter de haineuse, de fasciste, de populiste, de raciste, etc. et ça permet de se faire bien voir, mais ça ne fait pas avancer le problème ni les solutions nécessaires. Bien au contraire, ça agrandit les fossés et augmente les incompréhensions.