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De plus en plus d'hommes politiques indiens ont des déboires avec la justice

Temps de lecture : 2 min

La corruption, ce mal politique.

Narendra Modi, le premier ministre indien. Source : Wikipédia https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Narendramodi.jpg
Narendra Modi, le premier ministre indien. Source : Wikipédia https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Narendramodi.jpg

En 2014, 17% des candidats aux élections législatives indiennes avaient été ou étaient poursuivis par la justice. Aujourd’hui, le chiffre a doublé et concerne des élus. 34% des membres du Parlement ont ainsi été poursuivis au moins une fois par la justice. Milan Vaishnav essaie d’expliquer cette tendance dans son livre When Crime Pays: Money and Muscle in Indian Politics, qu'évoque un article de The Economist.

Les causes seraient diverses. D’abord, la lenteur de la justice indienne. Celle-ci aurait à gérer 31 millions d’affaires et mettrait donc parfois plus d’une décennie à traiter certains cas. Résultat, de nombreux malfaiteurs passent entre les mailles du filet. Un climat d'impunité qui encouragerait aux délits et certains hommes politiques ne dérogent pas à la règle.

Ensuite, après l’indépendance de 1947, les criminels avaient l’habitude de soudoyer les politiques afin de se faire oublier et/ou de préserver de bonnes relations. Mais le déclin de l'hégémonique Parti du Congrès à partir des années 1980 change tout. Les scélérats décident qu’ils ne sont jamais mieux servis que par eux-mêmes et investissent de plus en plus le champ politique.

Enfin, les fondement civilisationnels de l’Inde seraient aussi la cause de cet attrait pour la corruption. Max Jean Zins notait ainsi dans un long article sur le sujet (disponible sur le web en fichier word):

«Dans le système hindou, les notions de bien et de mal n'ont rien à voir avec celles de la culture chrétienne. La culpabilité n'existe pas. Au contraire, il faut bien faire tout ce qui est nécessaire pour réussir, y compris dans le cadre de la corruption.»


Une publicité indienne visant à réduire la corruption

La pauvreté en Inde n’ayant cessé d’augmenter, les habitants du pays reconnaissent dans les criminels des sortes de Robin des Bois. Lorsque des décrets sont par exemple votés pour construire une école ou une route, il peut être difficile de trouver les fonds nécessaires. Les malfaiteurs ont l’habitude de trouver de l’argent par tous les moyens possibles; un résultat qui satisfait les plus pauvres.

Toujours d’après The Economist, si on analyse les résultats des trois dernières élections générales, un escroc avait 18% de chances d’être élu contre 6% pour quelqu’un ayant un casier vierge. Le Premier ministre indien, Narendra Modi, a donc décidé de prendre des mesures. Fin 2016, il avait ainsi retiré les grosses coupures de la circulation pour lutter contre la corruption.

Cette bataille visant à éliminer le crime financier et à avoir des hommes politiques fiables et «propres» divise. Si certains préfèreraient garder le système tel qu'il est afin de préserver leurs intérêts, d'autres aimeraient changer les choses, quitte à ce que le gouvernement se durcisse. Max Jean Zins écrivait à ce propos, dans son article:

«Une partie des couches moyennes indiennes est intéressée par la lutte contre la corruption. Elle acquitte ses impôts, travaille, fait avancer le pays; elle en a assez de devoir payer en plus pour que l'État fonctionne correctement. (…) Pour éliminer la corruption, elle aspire à un gouvernement autoritaire. C'est un débat de société.»

Slate.fr

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