France

Les propositions de NKM ont du bon

Giuseppe de Martino, mis à jour le 30.11.2009 à 11 h 59

La semaine de Giuseppe de Martino.

Capture d'écran du clip de Yeasayer - "Ambling Alp

Capture d'écran du clip de Yeasayer - "Ambling Alp

Je n'ai pas toujours compris le rôle de notre secrétaire d'Etat au Numérique, j'avais par contre bien aimé (si, si) Eric Besson dans le même rôle car il avait envie d'avancer, se rappelait de mon prénom d'une réunion à l'autre et, surtout, avait mis en place un Plan numérique qui avait l'immense mérite d'écrire noir sur blanc ce qui devait être fait pour «donner une chance à la France sur l'échiquier numérique».

Mais quand NKM a été nommée, nous nous étions interrogés sur son rôle et avions même commis une lettre qui n'aurait pas du être rendue publique même si certains points soulevés n'étaient pas si crétins que ça (c'est mon avis et je le partage). Une polémique assez stérile s'en est suivie, ça a été une parfaite «one day story» et nous n'avons jamais obtenu une réponse formelle aux points «crétins».

C'est donc aujourd'hui le moment de me rendre à Canossa pour rendre hommage à la ministre (on dit ministre quand on parle à une Secrétaire d'Etat comme on dit Colonel quand on parle à un Lieutenant Colonel, la comparaison est stérile voire crétine mais...). En effet avec son Cabinet (top la Dir Cab d'ailleurs) elle vient de rendre publiques  - un peu en catimini mais bon il doit y avoir une raison - ses propositions pour favoriser l'épanouissement des nouveaux modèles économiques en matière de musique sur Internet.

Après avoir consulté successivement les diffuseurs de musique sur Internet, les représentants des sociétés de gestion collective des droits d'auteur, les producteurs phonographiques et les producteurs de spectacle, notre secrétaire d'État ministre a voulu trouver des pistes d'action en phase avec les nouveaux modes de consommation qui permettent de renforcer l'attractivité de l'offre en ligne tout en garantissant une juste rémunération de la création musicale.

«Convaincue que la crise qui frappe actuellement l'industrie musicale est en fait une révolution des modes de production et de consommation, la secrétaire d'État en appelle à l'imagination et à la coopération entre les acteurs du web, des télécoms, et ceux de la filière musicale pour inventer de nouvelles solutions».

On le dit ici (et ailleurs) souvent: ensemble tout devient possible! Euh concrètement si le monde de la culture et le monde de l'internet pouvaient se donner la main, on regarderait moins la télé, on piraterait moins (oui !), on gagnerait tous plus de sous (sûrement mais faut pas le dire trop fort).

Donc la secrétaire d'État ministre, après avoir entendu tous ces gens qui pour la plupart gardent bien leurs mains dans leurs poches pour ne pas avoir à les donner («les» = «les mains», les poches étant vides d'après eux), formule une série de propositions principalement fondées sur l'encouragement à l'innovation et sur l'adaptation aux attentes des consommateurs.

Ce qui est un peu étonnant c'est que ces propositions concrètes - certaines frappées au coin du bon sens, d'autres un peu utopiques (on va y revenir) - ont été assez peu reprises par la presse spécialisée, qui préférait mettre en avant le possible télescopage avec les conclusions de la mission Zelnik.

Pourtant la secrétaire d'État Ministre a parfaitement pris la mesure des deux défis à relever:

  • Saisir l'outil Internet pour ce qu'il est: le plus puissant moyen de diffusion jamais inventé par l'homme.
  • Canaliser cette puissance pour qu'elle ne détruise pas l'économie de la création, mais au contraire qu'elle la renforce.

Elle a du piquer nos notes, c'est sûr.

En tous cas le contexte pour la musique est bien connu. Je cite à tour de bras le texte de la secrétaire d'État ministre: «L'industrie musicale souffre depuis plusieurs années d'une baisse sans précédent de son chiffre d'affaires, comme de ses profits». «Pourtant, jamais n'a-t-on consommé autant de musique qu'aujourd'hui. Et jamais l'offre n'a-t-elle été si importante, en nombre de titres disponibles et ainsi qu'en moyens de se les procurer.»

En points positifs, on est d'accord avec elle lorsqu'elle souligne:

  • Une forte progression de la consommation de musique en ligne sans téléchargement, dite en «streaming», qui a la confiance des investisseurs, comme le montrent les augmentations de capital régulières auxquelles procèdent des sites comme Deezer ou Dailymotion.
  • Une très bonne tenue du spectacle vivant.
  • Une diversification de l'offre: plusieurs grandes plateformes concurrentes entre elles coexistent, comme celle de la FNAC, de Virgin, d'Apple et de puissants nouveaux arrivants, tels qu'Amazon, alors que des acteurs de taille plus modeste mais historiques ou spécialisés, arrivent à tirer leur épingle du jeu (ah bon?).

En points négatifs, on retient comme elle que:

  • Les distributeurs de musique en ligne sont face à une équation économique complexe. La multiplicité des interlocuteurs rend compliquée, même pour de grands groupes et à fortiori pour de nouveaux entrants, l'acquisition de droits sur une majorité de catalogues. Les négociations séparées avec les détenteurs de droits et les avances énormes réclamées par ces derniers sont des difficultés imparables. En outre les marges à la vente sont insignifiantes quand elles ne sont pas négatives.
  • Une offre légale numérique qui reste «dégradée» par rapport à l'offre physique. Le prix est souvent cité comme une des raisons principales du peu d'appétence des internautes pour l'offre légale de musique en ligne. Mais on peut ajouter d'autres éléments.

D'une part, dans la majorité des cas, l'acheteur de musique en ligne téléchargera un fichier d'une qualité suffisante pour une écoute sur ordinateur, mais très éloignée de la qualité audiophile, pourtant techniquement accessible en numérique. D'autre part, les paroles, les photographies, le livret qui accompagne l'objet physique ne sont plus accessibles légalement sur Internet, sauf cas très rares. «Tout ceci concourt à donner à certains internautes l'image d'une offre légale qui est trop chère pour ce qu'elle propose».

Bon. Donc il faut se bouger et la secrétaire d'État ministre propose quelques pistes dans l'ensemble plutôt logiques.

Favoriser le rapprochement entre l'industrie musicale et le secteur du numérique par:

  • la mise en place d'un fonds de soutien aux services de musique en ligne innovants (au pays de Colbert et des subventions du CNC, c'est naturel);
  • une aide à la modernisation des outils de perception des sociétés de gestion collective (là on pousse un peu quand même, nos amis de la SACEM n'ont sûrement pas besoin de quelques billets supplémentaires: ils ont suffisamment d'argent pour se moderniser, non?)
  • la simplification des démarches des sites de musique vis-à-vis des ayants droits en créant un guichet unique de négociation de l'accès aux catalogues et de rémunération des sociétés de gestion collective pour les acteurs du numérique proposant des services de musique en ligne (oulala, ça paraît tellement simple qu'on oublie la vingtaine de sociétés de gestion collective se disputant âprement le gâteau en France donc le guichet unique, je ne miserai pas un kopeck dessus).
  • la création d'un statut proche de celui de radiodiffuseur pour les web radios et pour les sites de streaming. Il s'agit pour la secrétaire d'État ministre, de sécuriser les revenus des artistes comme c'est le cas déjà pour les diffusions radio, et d'ouvrir tous les catalogues à ces sites, en échange par exemple d'engagements sur les quotas de diffusion. Mouais. L'ouverture des catalogues, on la réclame depuis des années mais on nous oppose régulièrement les minimas financiers garantis. Les engagements sur les quotas de diffusion auront du mal à remplacer l'argent sans risque.
  • engager une négociation cadre entre les diffuseurs de contenus culturels sur Internet et les fournisseurs d'accès, afin de mettre en place des forfaits d'utilisation de la bande passante plus adaptés aux modèles économiques des sites de streaming légaux et des web radios. Pourquoi pas!

Adapter l'offre à la demande des internautes consommateurs, et la rendre plus intuitive et attrayante par:

  • une déduction d'impôts sur le revenu pour tout paiement d'un abonnement d'un an à un service de musique en ligne, à titre transitoire. Pourquoi pas là aussi, de toute façon, il faut tenter des trucs!
  • l'abandon des mesures techniques de protection «anti copie», qui pénalisent avant tout les acheteurs de musique légale.

Enfin, développer le marché de la musique en ligne, en France et à l'international par la mise en place d'un guichet d'aide à l'export numérique pour les producteurs et les artistes français (au pays de Colbert et des subventions du CNC c'est naturel, bis).

Bref, pas mal de pistes et pour ça Madame la secrétaire d'État ministre, merci et enfoncez le clou auprès de la Mission Zelnik s'il vous plaît.

Bon, allez jeter un œil sur ça. La preuve que musique et internet peuvent faire bon ménage! Des boxeurs, un cheval, de la peinture jaune et des naturistes dans le désert = le clip le plus barré de l'année...

Si vous aimez du un peu plus classique, la même démonstration avec Charlotte Gainsbourg qui fait du tennis mais qui avec ses cuisses de serin et son maquillage charbonneux a des faux airs d'Edie Sedgwick:

 

Après, en musique, vous pouvez aussi apprécier ce style, une génération qui  n'a pas connu le minitel et les années fastes de l'industrie musicale.

Dans les divers , on peut regarder aussi Ma Télé Cartonne, c'est de la télé avec des bouts de ficelle et du carton:

 

Mais on parlera télé et Internet une autre fois...

Enfin un peu de politique avec une vraie pub pour aller vivre dans les Hauts de Seine. Le tout début avec la poignée de main pleine d'allégresse non feinte (non, non) Santini-Frédo fait chaud au cœur.

Et puis ne ratez pas Politique A Domicile:


 

NKM sera -t-elle invitée un jour? Sûrement! On filmera un dîner chez Pascal Nègre ou un apéro avec la Quadrature?

Giuseppe de Martino

Image de Une: Capture d'écran du clip de Yeasayer - "Ambling Alp

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